Face à la crise
Scénario noir pour la croissance française !
L’INSEE a publié sa note de conjoncture de décembre, qui fait état d’une croissance du PIB de 0,8 % en 2008, et annonce la récession début 2009.
« Récession », le mot n’est plus tabou chez les statisticiens de l’Institut national de la statistique (INSEE). « Toutes les économies avancées seront en récession début 2009 », a annoncé l’INSEE dans sa note de conjoncture publiée aujourd’hui. À commencer par la France qui, au troisième trimestre, s’était payé le luxe d’échapper à la récession ; du moins techniquement. L’économie française devrait connaître au quatrième trimestre 2008 un net ralentissement de son activité, avec une contraction de 0,8 % du produit intérieur brut (PIB). Une prévision bien supérieure au - 0,1 % estimé le 15 novembre dernier. « La faillite de Lehman Brother a entraîné un changement radical du comportement des entreprises, qui ont pris conscience de l’ampleur de la crise », explique Éric Dubois, chef du département de la conjoncture, pour justifier cette erreur de prévision.
Depuis le 15 septembre, date à laquelle la banque d’affaires a déposé son bilan, les entreprises réduisent leurs investissements compte tenu du durcissement des conditions de financement. Ainsi, en 2008 les investissements des entreprises françaises ont augmenté de seulement 1,8 % contre 7,3 % en 2007, avec un repli significatif lors du quatrième trimestre 2008 (- 1,6 %). Par ailleurs les industriels anticipent une forte dégradation de la demande. Ils ont donc éliminé leur stock au cours du dernier trimestre 2008. Le taux d’utilisation des capacités de production a continué de se replier. Dans ce contexte, les entreprises jouent sur leur variable d’ajustement préférée et licencient. En 2008, la France devrait perdre 71 000 emplois. Et l’année prochaine, le taux de chômage pourrait franchir la barre des 8 % dès le deuxième trimestre.
Mais la morosité ne gagne pas seulement les chefs d’entreprise, et les ménages adoptent également un comportement de crise. Face à la montée du chômage et à la baisse de valeur de leur patrimoine immobilier, les Français cherchent à se constituer une sorte de matelas de sécurité protecteur, et l’épargne de précaution se gonfle aux dépens de la consommation et de l’investissement, qui marquent le pas.
Ce ralentissement devrait malheureusement se poursuivre en 2009, « mais de façon atténuée dans l’hypothèse où les actions publiques permettent de commencer à restaurer la confiance et d’amorcer la normalisation sur les marchés financiers et bancaires », indique l’INSEE. L’institut prévoit un acquis de croissance à la fin du deuxième trimestre, de - 1,1 %. Autrement dit, si le troisième et le quatrième trimestre de l’année 2009 s’avèrent nuls, avec un premier trimestre à - 0,4 % et un second à - 0,1 %, alors le PIB reculerait de 1,1 % l’année prochaine. Un acquis de croissance comparable à celui de la zone euro, estimé à - 1,2 %.
Hier sur Europe 1, le premier ministre François Fillon estimait que « la France résistait plutôt mieux » que ses homologues européens.
« Pour 2009, nous espérons être très proches de l’équilibre (…). Le plan de relance que nous avons proposé est de nature à permettre le redémarrage de l’économie française en 2009 »,
a-t-il ajouté. Pourtant les statisticiens n’étaient pas convaincus. « Pour revenir à l’équilibre en 2009, il faudrait que la France réalise une croissance de + 1,4 % au troisième et
au quatrième trimestre », argumente Éric Dubois. Une douce illusion : dans leurs estimations, les analystes ont déjà pris en compte les effets du plan dit de
relance.
Clotilde Mathieu
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