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Société - Article paru le 19 décembre 2008 dans l'Humanité


Editorial par Patrick Apel-Muller

Une dérive liberticide du gouvernement Sarkozy-Fillon !



Le pouvoir Sarkozy termine l’année en claudiquant. Les moulinets contre les capitalistes immoraux n’agitent plus l’air et le temps est aux plans de licenciements, aux arrêtés des comptes qui témoignent des gâchis monstrueux du système, aux cadeaux en tous genres pour les banquiers ou pour les vedettes du CAC 40. Et cela se voit.

Un sourd mécontentement court le pays. Le président qui sait humer l’air du temps en a pris la mesure. Contraint de fléchir devant les lycéens et de différer la discussion de son projet sur le travail du dimanche, il entend caporaliser la vie publique. Sa captation de l’audiovisuel public, d’abord saigné par la fin de la publicité, puis directement placé sous la férule présidentielle, témoigne de l’entreprise de berlusconisation de l’information. Mais, désormais, l’actualité fourmille de pressions ou de menées liberticides.

Un jour, le pouvoir veut mettre en place le fichier Edvige qui criminalise les militants politiques ou associatifs et passe au crible leur vie et leurs préférences sexuelles. Un autre, il piétine ses proclamations sur les droits du Parlement en voulant limiter le droit d’expression de l’opposition. Une association de mal-logés est condamnée pour avoir témoigné dans la rue de la misère de centaines de milliers de Français. Un invraisemblable scénario est échafaudé pour faire trembler les chaumières devant « des terroristes d’ultra-gauche » qui s’avèrent des jeunes gens comme tant d’autres, mais dont les vies ont été malmenées par les rouages juridico-policiers. Même les explosifs découverts dans un grand magasin parisien ont une étrange allure de provocation. Des lycéens syndicalistes sont interrogés par des policiers à fins d’intimidation, commme à Avion. Un journaliste connu a droit au grand cirque de l’interpellation et de la garde à vue. Un manifestant qui a eu le malheur de rappeler sur une pancarte le présidentiel « casse-toi, pauv’con » est condamné, et même les petites caricatures vaudoues d’un éditeur valent des poursuites qu’on croyait réservées aux critiques de Mahomet. N’a-t-on pas vu encore un ministre, Éric Woerth pour ne pas le nommer, conseiller sur un ton menaçant aux communistes de renoncer à manifester dans sa bonne ville de Chantilly ?

En quelques semaines, des cas significatifs se sont multipliés au point qu’on peut désormais dénoncer une dérive liberticide. À chaque accident mis en valeur par l’actualité, le président sort de sa manche de modernes lettres de cachet. Ici, il réclame l’asile forcé pour les sans-abri, là il dessine un avenir de prison ou de maison de redressement pour des enfants, là encore il veut transformer les soins psychiatriques en enfermement carcéral au bon vouloir des préfets. Décidément, « libéral » en politique est bien le contraire de liberté, n’en déplaise à quelques fumeuses dissertations.

Rien d’étonnant à ce que « les droits de l’homme » ne soient plus du goût du château, comme l’a fait connaître Bernard Kouchner, reniant des décennies de protestations aussi enflammées que péremptoires. Une tentation autoritaire se fait jour et s’accuse au fur et à mesure que « la victoire idéologique » sarkozyste dont se targuait François Fillon apparaît friable. Ni les bâtons brandis ni la pensée unique promise comme règle médiatique ne suffiront à étouffer la recherche d’alternatives à un système qui prend des allures de créature de Frankenstein, broyant tout dans un appétit forcené de profits.

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Tag(s) : #Politique
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