L’UNEDIC veut réduire les droits de l'assurance chômage !
La tension monte dans les négociations sur l’assurance chômage. Avec l’irruption, mardi après-midi, de plusieurs milliers d’intermittents, précaires, saisonniers et chômeurs devant le siège du
MEDEF, les discussions, assez plan-plan jusqu’à présent, s’enflamment à une semaine de la date programmée pour la dernière séance, le 23 décembre. À l’intérieur, Gaby Bonnand, chef de file de
la délégation CFDT, pique une colère noire contre la CGT, coupable de vouloir mettre sur la place publique les effets des mesures envisagées dans la négociation (lire ci-dessous). Et de
l’extérieur, Laurence Parisot jette de l’huile sur le feu en minaudant à contretemps sur le sort réservé aux chômeurs âgés : pendant que la délégation patronale dans les négociations
UNEDIC semble prête à ne pas toucher aux droits des plus de 50 ans (une indemnisation garantie pendant 36 mois pour ceux qui ont travaillé 27 mois sur les trois dernières années), la présidente
du MEDEF fait semblant de s’interroger sur l’opportunité d’une mesure spécifique à leur égard : « J’ai toujours considéré que l’État et le patronat ont eu pendant des années un
comportement inadmissible vis-à-vis des seniors à travers, par exemple, les préretraites, lance-t-elle. Est-ce qu’en proposant une indemnisation plus longue pour les chômeurs âgés, on
n’affaiblit pas la stimulation nécessaire qu’ils doivent avoir pour trouver un nouveau job ? » Et surtout, d’une manière globale, les petits arrangements envisagés avant l’explosion
de la crise économique apparaissent jour après jour plus difficiles à défendre devant l’opinion publique.
Les contours du futur accord
Dans ce contexte, malgré les trésors d’ingéniosité déployés pour camoufler le sens des discussions en cours et leurs effets prévisibles sur les droits des chômeurs, les contours du futur accord
sur l’UNEDIC, construit sous couvert de « simplification administrative » autour de l’idée d’une « filière unique », sont désormais connus : montants des allocations
chômage inchangées (57,4 % du salaire brut), durées d’indemnisation raccourcies pour l’écrasante majorité des chômeurs, ouverture de droits pour une faible frange de précaires (ceux qui
pourraient justifier de 4 à 5 mois d’affiliation au régime, au lieu de 6 mois aujourd’hui), prime forfaitaire « unique » de 300 euros, à rembourser dans les deux ans, pour les jeunes
de moins de 25 ans ayant travaillé 4 mois sur un an, renvoi à une discussion ultérieure du cas des saisonniers dont les droits avaient été amputés dans la dernière convention d’assurance
chômage, réduction radicale des durées où le cumul entre l’allocation chômage et la rémunération d’une activité réduite (de 15 à 6 mois) et, enfin, mise en place, à compter du 1er juillet 2009,
d’un système de baisse « automatique » des cotisations deux fois par an.
Valse hésitation côté syndical
En dehors de la CGT qui conteste le tour pris par la négociation et continue de défendre une amélioration profonde de l’assurance chômage sur le principe d’« un jour travaillé, un jour
indemnisé » dans la limite de 30 mois, les délégations syndicales se gardent bien d’abattre leurs cartes. Mais dans l’accord du 11 janvier 2008 sur la modernisation du marché du travail,
la CFDT, FO, la CFTC et la CGC ont déjà accepté le principe de « mieux indemniser les allocataires pour des durées plus courtes », tout en promettant, mais sans plus de précisions, de
« permettre la prise en charge de nouveaux publics » par l’assurance chômage ou par la solidarité nationale. Alain Lecanu (CGC) réitère son acceptation d’une nouvelle réduction des
durées d’indemnisation, mais il veut porter le montant des allocations chômage au niveau de celles de la convention de reclassement personnalisée (CRP) : « Nous sommes pour accorder
80 % du salaire brut dans l’emploi perdu pendant 24 mois. » Dans un autre registre, Gabrielle Simon (CFTC) estime qu’en tant que signataire, son syndicat a déjà avalisé
« beaucoup de bidouillages » : « Cette fois-ci, on veut quelque chose de clair, avec beaucoup plus de chômeurs indemnisés », prévient-elle. Alors que le taux de
couverture du régime d’assurance chômage demeure toujours sous la barre des 50 % de chômeurs, la CFDT, qui salue les « progrès » dans la négociation », entend utiliser
l’argument pour tenter de contrôler les baisses de cotisations : « La systématisation ne nous convient pas. Nous nous sommes fixé l’objectif d’élargir le nombre de demandeurs d’emploi
à indemniser. Cela devrait être un des critères pris en compte avant de prendre des décisions sur les contributions. » Pour Joseph Bellanca (FO), « la question doit porter sur la
répartition de l’excédent car si on fonctionne à budget constant, on va faire payer à tous les privés d’emplois la maigre amélioration apportée pour certains d’entre
eux ».
Le patronat est ultra serein
De son côté, Patrick Bernasconi, chef de file de la délégation patronale, affiche un visage serein. « L’ambiance est constructive », se félicite-t-il. Et de préciser comment le
patronat entend « indemniser plus de chômeurs » : « On souhaite le faire, promet-il, mais il ne faut pas toucher à un équilibre global qui pénaliserait le régime. Peut-être
certains chômeurs sortiront-ils plus vite de l’assurance chômage, mais ça amènera à couvrir davantage de gens. » Le représentant patronal ajoute encore qu’il « ne sent pas une
pression énorme pour rediscuter des baisses de cotisations, à part dans la délégation CGT. » Idem pour la hausse des allocations : « On ne souhaite pas aller dans ce sens et très
honnêtement, je ne vois pas non plus de pression sur cette question… »
Thomas Lemahieu
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