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Médias - Article paru le 16 décembre 2008 dans l'Humanité

 

Le calice jusqu’à la lie !



« Se soumettre ou se démettre », les mots de Gambetta à Mac-Mahon, en août 1877, doivent résonner dans la tête de Patrick de Carolis, à l’heure de tenir aujourd’hui un conseil d’administration décisif pour France Télévisions. Alors que la loi audiovisuelle est toujours en discussion à l’Assemblée nationale - elle le sera le 7 janvier au Sénat -, la date promise du 5 janvier, après 20 heures, pour la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, voulue par Sarkozy, approche. Trop vite pour la droite UMP qui est montée au créneau pour « inviter » le PDG de France Télévisions à « décréter » lui-même la fin de la publicité sur les chaînes publiques. Ce qui fit écrire, hier, à l’éditorialiste des Dernières Nouvelles d’Alsace, que « Patrick de Carolis est plus proche des racines que des ailes. C’est à un enterrement vivant qu’est convié le président de France Télévisions par l’État, son actionnaire de référence. Son propre enterrement ».

Hier, sur BFM-TV et RMC Info, Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée nationale, a jugé « parfaitement légal » et « normal » de confier à Patrick de Carolis le soin de décréter la suppression partielle de la publicité. « C’est dans ses compétences. Le texte traîne en longueur », a-t-il justifié. « La décision d’interrompre la publicité sur les chaînes publiques début janvier est déjà dans les têtes, elle est déjà enclenchée techniquement, financièrement, il faut bien qu’il y ait une solution à ce blocage parlementaire. » En contournant donc le Parlement.

Sur France Inter, la ministre de la Culture UMP, Christine Albanel, a elle aussi mis la pression. « On va demander à Patrick de Carolis de prendre cette décision, à la demande du gouvernement », en attendant que la loi soit définitivement promulguée. Une lettre en ce sens, annoncée par la presse mais non encore partie hier matin, devait arriver sur le bureau de Carolis. « On lui dit effectivement : "Faites-le", mais c’est surtout pour rappeler les garanties », à savoir le versement de 450 millions d’euros, voté en loi de finances, en compensation pour la fin des recettes publicitaires, a-t-elle précisé. En omettant de dire, que cette somme, décidée par la commission Copé, reste fortement minorée pour assurer un financement du service public qui permette son rayonnement et son développement.

Pour que la suppression partielle de la publicité soit effective le 5 janvier, le gouvernement dispose de deux possibilités, avait indiqué dimanche le ministère de la Culture. La première c’est « de passer par un décret modifiant le cahier des charges de France 2, France 3, France 4, France 5 », dans lequel serait inscrit l’arrêt de la publicité entre 20 heures et 6 heures du matin. L’autre solution, qui a été choisie, est que le président de France Télévisions, « suite à un courrier de son actionnaire (l’État) décide, en tant que président d’entreprise publique, d’arrêter la pub (…) de sa propre initiative, dans l’attente que la loi soit définitivement promulguée ». À l’insu de son plein gré, comme on dit !

Au micro de France Inter, Christine Albanel se défend de toute « espèce de dictature » dans la gestion de l’audiovisuel public. « Qu’il y ait des chaînes publiques avec des actionnaires qui prennent leurs responsabilités, ça ne veut pas dire du tout une espèce de dictature », a justifié la ministre de la Culture et de la Communication.

Dimanche, un sondage CSA pour le Parisien Aujourd’hui en France relevait que 74 % des Français estiment que la nomination du président de France Télévisions par le président de la République, une disposition votée par l’Assemblée nationale, est une mauvaise chose. Ils étaient 65 % à juger que « la suppression de la publicité sur les chaînes de France Télévisions après 20 heures est une bonne chose » (contre 32 % qui n’apprécient pas cette perspective). À 53 %, ils jugent que les programmes seront de qualité identique. Ils ne sont que 16 % à penser que les programmes seront de meilleure qualité !

Les sénateurs communistes Jack Ralite et Yvan Renar ont dénoncé « un nouveau et grave déni de démocratie ». « Le gouvernement vient de charger le PDG de France Télévisions de régler le problème de la suppression de la publicité le 5 janvier, écrivent-ils. C’est lâche et inadmissible. Puisqu’après avoir annoncé un décret, il se défausse et méprise le haut responsable de la télévision. C’est révélateur de ce que seront les rapports entre le président de la République et celui de France Télévisions quand il l’aura nommé et pourra le révoquer. C’est attentatoire au Sénat, à qui on dit : parlez toujours, ça ne nous intéresse pas. On a fait régler les choses sans vous. »

De son côté, le SNJ de France Télévisions s’insurge, lundi dans un communiqué, contre la volonté du gouvernement de demander à Patrick de Carolis de décider lui-même de la suppression partielle de la publicité à partir du 5 janvier. « Aujourd’hui, la peine infligée à France Télévisions est double. Non seulement le but de la réforme voulue par l’Élysée n’est pas de sauver l’audiovisuel public, non seulement le compte n’y est pas, mais l’on demande à son PDG d’être l’"exécuteur des basses oeuvres" », estime le SNJ.

« S’il accepte, c’est lui qui sera responsable d’être intervenu dans le champ parlementaire alors que le débat sur la loi n’est pas terminé. C’est lui qui aura pris le risque d’acter la suppression de la pub sans que la compensation soit garantie », ajoute le syndicat. Pour le SNJ, « cette "double peine" est un très mauvais signe pour les salariés de France Télévisions, qui se retrouvent complètement sous la tutelle du pouvoir ».

En attendant, en coulisses, les noms circulent déjà pour la succession de Carolis.


Claude Baudry

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Tag(s) : #Médias
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