Xavier Darcos au rattrapage !
Éducation . Bousculé par le mouvement de colère qui grandit dans le monde enseignant, le ministre a annoncé hier le report d’un an de sa réforme du lycée. Un premier recul largement salué.
On efface tout et on recommence ? Chahuté par un mouvement de colère qui va crescendo dans les lycées, Xavier Darcos se voit contraint d’opérer une spectaculaire volte-face. Alors qu’il
devait détailler aujourd’hui le contenu de la nouvelle seconde, le ministre de l’Éducation nationale a préféré - surprise ! - tout annuler et annoncer qu’il souhaitait « laisser plus
de temps pour la mise en oeuvre de la réforme ». Conséquence : celle-ci n’entrera pas en vigueur à la rentrée 2009, comme claironné jusqu’ici, mais sera repoussée à la rentrée 2010.
Un premier recul salué aussitôt par les acteurs du monde éducatif.
Une initiative du ministre
On se frotte les yeux : dans le communiqué publié en milieu de matinée, le ministre, jusqu’ici inflexible, se fait désormais le chantre du dialogue social. Lui qui n’a cessé ces derniers
temps de dauber sur les syndicats, assure désormais vouloir « prolonger » les discussions. Et cela « en abordant sans tabou tous les sujets, qu’il s’agisse de la place des
enseignants dans ce futur lycée ou de l’équilibre respectif des disciplines ». Bien évidemment, tout cela devrait « faire l’objet d’une large concertation avec les représentants des
enseignants, des lycéens et des familles »…
Selon le ministère, une première rencontre avec les syndicats doit avoir lieu au début de janvier pour fixer ce nouveau calendrier de discussions. Discussions qui ne porteront plus sur la seule réforme de la seconde, mais sur l’ensemble des trois années de lycée. « On a décidé de tout traiter en une fois pour être sûr que la réforme aboutira », précise-t-on au ministère. Elle commencera à s’appliquer en 2010 pour la seconde, puis en 2011 pour la première et, enfin, en 2012 pour la terminale.
Rue de Grenelle, on assure que ce revirement est une initiative personnelle de Xavier Darcos et non pas un
desiderata de l’élysée. « Le ministre a commencé à en parler vendredi au chef de l’État, et Nicolas Sarkozy a approuvé, assure-t-on au ministère. La décision a été confirmée samedi. » Évidemment, Xavier Darcos nie avoir agi sous la pression populaire. Et n’amorce pas,
non plus, le moindre début d’autocritique. S’il fait marche arrière, c’est, voyez-vous, que le « consensus » ( ?) sur la nécessité de réformer le lycée était « menacé par
les attaques répétées des opposants à tout progrès du système éducatif ». En conséquence, « dans ce contexte qui expose la sécurité des lycéens et des personnels, les conditions d’un
dialogue serein et responsable ne sont plus réunies ».
« Le résultat des mobilisations »
De fait, depuis la manifestation du 20 novembre qui a réuni 220 000 personnes dans les rues,
les assemblées générales et autres occupations de lycées n’ont cessé de se multiplier. Et les quelques gestes de détente de la part de Xavier Darcos, sur le service minimum d’accueil ou encore
la maternelle, n’auront pas suffis à enrayer une contestation de plus en plus dure. La semaine dernière, les chefs d’établissements des Bouches-du-Rhône sont même allés jusqu’à évoquer des
mouvements caractérisés par « une agressivité inconnue à ce jour ».
À l’heure du rétropédalage, l’UMP parle d’une « décision sage ». Tandis que le premier ministre François Fillon justifie ce retrait par « un besoin d’explication » et assure qu’« on n’est pas à trois mois près ». Dans l’opposition, le PCF y voit un « encouragement pour poursuivre l’action ». Notamment pour obtenir l’arrêt des suppressions de postes. Idem pour Bruno Julliard, secrétaire national du PS, en charge des questions d’éducation : « J’ai la conviction que toute réforme est vouée à l’échec si Xavier Darcos n’abandonne pas son projet de supprimer 13 500 postes. »
Côté syndical, on se réjouit évidemment de la décision du ministre. « C’est un succès, un résultat des
mobilisations, note le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri. Cela fait partie des gestes que le ministre avait besoin de faire pour renouer le dialogue. » Mais personne n’appelle
à la démobilisation. Au contraire. Les « réveillons revendicatifs » organisés à l’appel du SNES-FSU devaient avoir lieu hier soir dans des dizaines de lycées. Lucie Bousser,
présidente de l’UNL, qui reconnaît « une avancée », ne revient pas non plus sur son appel à une journée de manifestations jeudi prochain. Pas plus que la FDL, l’autre organisation
lycéenne, qui prévoit des journées d’actions aujourd’hui et jeudi. Avec un mot d’ordre : « Restez vigilant. »
Laurent Mouloud
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