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Tribune libre - Article paru le 10 décembre 2008 dans l'Humanité

 

Contre les droits, le pire, c’est le silence !



Par Nicole Borvo, responsable du pôle « Droits de la personne » au Parti communiste français.


Ce 10 décembre, la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à Paris par l’Assemblée générale des Nations unies a soixante ans.

Ce texte fondateur issu de l’élan libérateur de la victoire sur le fascisme a été un pas considérable vers la reconnaissance des droits de la personne et un formidable acte d’espoir.

Les tragédies, les massacres, les guerres du siècle précédent, l’Holocauste ont fait prendre conscience à la communauté internationale de son destin commun et l’ont conduite à consacrer l’universalité des droits.

Issus du travail commun des parties prenantes de la victoire sur le nazisme (Américains, Européens, Soviétiques), les trente articles de la Déclaration reconnaissaient indissociablement droits civils et politiques, droits économiques et sociaux pour lde la planète. Cette universalité n’en a pas moins été, dès 1948, un enjeu et la guerre froide a été le terrain d’affrontement de deux conceptions.

Dans ce contexte, le Parti communiste français a longtemps défendu la primauté des droits collectifs sur les droits individuels, ce qui l’a amené, malgré des interventions importantes, éminemment humaines, à ne pas condamner des atteintes aux libertés individuelles et politiques, souvent tragiques, dans les pays du camp soviétique. Le changement de cap a été clair à partir des années soixante-dix et s’est exprimé dans une déclaration des libertés (Vivre libres,1975). Ce choix se manifeste dans l’engagement pour la défense absolue des libertés individuelles et des droits civils et politiques, contre toutes les discriminations à l’égard des personnes, que ce soit pour des raisons de genre, d’origine, de culture, d’orientation sexuelle… Il se manifeste aussi par l’engagement féministe.


C’est cette conception de l’universalité des droits qui fonde le projet communiste, comme la proposition de construire un nouvel internationalisme.

Soixante ans après, l’universalité à l’échelle de la planète continue d’être un combat même si des pas considérables ont été faits.

Au 1er juillet 2008, 141 pays avaient supprimé la peine de mort en droit ou dans la pratique (ils étaient huit en 1948) ; la torture a été interdite avec la Convention internationale de 1984. Depuis 1948, la plupart des peuples des pays colonisés se sont libérés. Le peuple sud-africain a vaincu l’apartheid.


L’idée d’une justice internationale inaugurée avec Nuremberg a progressé et a permis la création de la Cour pénale internationale. Les femmes ont su conquérir l’affirmation du droit à disposer de leur corps et à être citoyennes.

Cette évolution ne peut cacher le chemin à parcourir pour la reconnaissance des droits, pour leur effectivité, comme elle ne peut cacher les régressions de ces dernières décennies. La misère et sa progression dans la mondialisation capitaliste bafouent le droit élémentaire de se nourrir et l’année 2008 a fait resurgir les émeutes de la faim. Des millions d’enfants meurent, des millions de filles sont privées d’école, mariées de force ou considérées comme des mineures toute leur vie. Les guerres de domination continuent avec leurs insupportables conséquences : populations déplacées, enfants-soldats, génocide comme au Darfour, viols, tortures, mutilations… Le mépris des peuples et l’absence de développement nourrissent les fractures sociales et, avec elles, les nationalismes, les intégrismes, des menaces permanentes pour la paix dans le monde. Soixante ans après la création de l’État d’Israël, les Palestiniens sont privés d’État et de droits. La question de la Palestine est au coeur d’une injustice insupportable à l’échelle du monde. La peine de mort continue d’être légitimée dans nombre de pays : États-Unis, Chine, Inde, Pakistan, Iran… Des femmes sont lapidées, des homosexuels pendus…


Les plus vieilles démocraties, qui se sont souvent arrogé le droit de donner des leçons au reste du monde, connaissent des reculs importants dans la dernière période notamment depuis 2001 au nom du terrorisme. Au premier chef les États-Unis qui ont légitimé la mise en cause de pans entiers de liberté avec le Patriot Act, Guantanamo, les tribunaux militaires d’exception ou la légalisation de la torture… Leur intervention en Irak a poussé au paroxysme la justification de ces régressions. L’Europe s’est inscrite dans cette logique. La France, souvent considérée comme la patrie des droits de l’homme par le monde entier, n’est pas, comme le dirait Stéphane Hessel, à la hauteur de sa réputation. Elle a, depuis 2002, multiplié les fichiers, développé la vidéosurveillance, mis à mal la présomption d’innocence, stigmatisé les étrangers, criminalisé l’action revendicative. Aujourd’hui, une nouvelle fois, elle est montrée du doigt par le commissaire européen aux droits de l’homme pour sa politique à l’égard des immigrés ou encore l’état de ses prisons.


Les régressions des droits sont significatives d’un état du monde en proie à une crise gravissime du système capitaliste dominant. Dans le combat pour l’émancipation humaine, l’efficacité de la défense des droits n’est pas à démontrer. Qu’il s’agisse du droit de manger, d’avoir un toit, de celui d’aller et venir ou de parler librement, chacun doit être conquis quelquefois au prix de sacrifices et de longues mobilisations. Aucun
n’est jamais octroyé. Contre les droits, le pire, c’est le silence. Aussi, le jour de ce soixantième anniversaire, les communistes réaffirment leur volonté de mener ce combat pour un autre monde : celui de l’effectivité des droits partout.

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Tag(s) : #Politique
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