Audiovisuel public : 2009, « une année terrible ! »
Après l’annonce en janvier 2008 par le président Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, « nous mani- festions nos inquiétudes. Aujourd’hui, nous manifestons nos angoisses », résume Jacques Fansten, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, sur la situation de l’audiovisuel.
En réaffirmant que le gouvernement pourrait avoir recours à un décret pour faire passer la loi sur l’audiovisuel public, la ministre de la Culture, Christine Albanel, avoue implicitement que la mise en place de l’arrêt de la publicité sur France Télévisions, prévu pour le 5 janvier, ne semble pas en mesure d’être tenue. D’où le souhait formulé que l’examen à l’Assemblée nationale de la réforme et la suppression de la publicité à France Télévisions s’achève au plus tard « à la fin du week-end prochain ». Une demande qui ne change pas le fond du problème. Et ne mettra sûrement pas de baume au coeur des organisations représentatives des auteurs producteurs quant à l’incertitude sur sa mise en place.
Réunies hier pour une conférence de presse, les organisations d’auteurs et producteurs (fiction, documentaire, spectacle vivant…), la SACD, la SCAM, l’USPA et le SPFA, tirent la sonnette d’alarme. Le retard pris dans l’examen du projet de loi est, selon eux, très inquiétant. Même s’il trouve normal que l’opposition joue son rôle en freinant l’adoption de la loi, Jacques Peskine, USPA, se demande à quoi rime tout cela : « Il me semble, au contraire, qu’il faut aller le plus vite possible. » Actuellement en discussion à l’Assemblée, le projet de loi sur le nouveau service public de la télévision prévoit un financement de 450 millions d’euros annuels pour les trois prochaines années, pour compenser la suppression des recettes publicitaires. « Une période trop courte et qui ne peut assurer la pérennité des financements », explique Jacques Fansten.
En outre, si 2008 a vu une baisse de 15 % à 20 % des tournages, les professionnels s’attendent à une « année terrible » pour 2009, en raison de l’arrêt des projets en développement au cours des derniers mois, suite aux incertitudes sur le secteur audiovisuel soulevées par l’annonce du chef de l’État.
L’aboutissement, ces dernières semaines, d’accords interprofessionnels sur la production audiovisuelle entre les quatre grands groupes audiovisuels (TF1, M6, Canal Plus et France Télévisions) et les représentants des auteurs et producteurs devrait aider « à consolider, dans un contexte d’incertitude sur l’économie du paysage audiovisuel et en particulier sur ses ressources publicitaires, le soutien à la création audiovisuelle ».
Mais au-delà de la nomination et de la révocation du président de France Télévisions, les créateurs s’inquiètent des
incertitudes régnant sur la télévision publique et des risques, face à la perspective d’« entreprise commune » défendue par la direction de France Télévisions, « d’une vision
figée du circuit des programmes ». Malgré les explications de Patrick De Carolis pour dissiper les doutes quant à la forme plurielle des « directions communes » prônées par
« la maison », l’inquiétude demeure pour les organisations d’auteurs et de producteurs.
Fernand Nouvet
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