La bulle pétrolière se dégonfle à vitesse accélérée !
La flambée fantastique des cours au printemps dernier était, comme nous l’avions alors relevé, essentiellement d’origine spéculative.
Le cours du brut s’est effondré de façon spectaculaire depuis le début de l’été. Il plafonne aujourd’hui à moins de 47 dollars le baril sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), l’une des principales Bourses mondiales du pétrole. Son recul vient ainsi de dépasser les 100 dollars sur ce marché après le record du 11 juillet dernier à 147,21 dollars. Oubliés les doctes démonstrations du printemps qui annonçaient une longue période de pétrole cher, voire très cher. D’aucuns comme Arjun N. Murti, analyste chez Goldman Sachs, évoquaient très sérieusement la possibilité « très prochaine » d’un brut à plus de 200 dollars le baril (1). Et nous étions à peu près les seuls à pointer le rôle essentiel de la spéculation dans l’explosion des cours.
Tous les observateurs « autorisés » invoquaient la raréfaction de la ressource pour chanter l’avènement de l’ère du pétrole cher. Ils instrumentalisaient accessoirement des enjeux environnementaux bien réels, pour justifier la formidable hausse des prix. Le seul problème, pointions-nous alors, est que la baisse des réserves pétrolières n’interviendra pas avant plusieurs décennies et ne pouvait donc expliquer le phénomène à l’instant présent (2).
La vraie raison de la hausse était bien d’abord spéculative. Et elle était en cela très liée à la crise qui secoue la planète financière depuis l’été 2007. La bulle immobilière se dégonflant à grande vitesse, les grands opérateurs financiers ont tenté de « se refaire », à la manière de vulgaires joueurs de casino, en misant sur les marchés des matières premières en général et du pétrole en particulier. Au risque de provoquer un fort regain d’inflation. Celle-ci, se combinant avec le brutal ralentissement de la croissance, allait envenimer encore la crise en propageant un phénomène de stagflation (mélange de hausse des prix et de baisse de l’activité).
La chute des cours d’aujourd’hui est alimentée par la perspective d’une récession sévère de toutes les économies développées (États-Unis, Europe, Japon). Mais cette descente rapide n’est pas plus salutaire que la hausse vertigineuse des mois précédents. Des prix très bas pénalisent en effet les pays producteurs, les plus peuplés, en particulier ceux qui comme le Venezuela tentent de redistribuer une part de leurs bénéfices pétroliers vers leurs populations. Et le pétrole « trop bon marché » n’incite pas les grandes compagnies, obnubilées par la rentabilité financière (et donc le court terme), à faire des efforts suffisants d’investissements dans de nouvelles capacités d’extraction ou pour se recycler sur d’autres types d’énergie. Ce qui, à terme, pourrait conduire à une nouvelle flambée des cours.
L’enjeu du moment est donc de se libérer de ces fluctuations erratiques dont les conséquences sont toutes très
dommageables pour la planète et la société humaine, en dépassant les logiques de marché et en faisant donc peu à peu de l’énergie un véritable bien commun de
l’humanité.
(1) Le Monde du 9 mai 2008.
(2) L’Humanité du 17 avril 2008 : « L’inflation est une métastase du cancer financier ».
Bruno Odent
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)