Au printemps 2008, une centaine de travailleurs au noir a occupé, sous l'œil des caméras, plusieurs grands restaurants parisiens, avec le soutien de la CGT. Ce fléau, pour l'économie et l'Etat du travail au noir, risque de grandir dans un climat de récession. "Les employeurs vont être de plus en plus incités à recourir à une main d'oeuvre bon marché et flexible", déplore Bruno Arbouet, directeur général de l'Agence nationale des services à la personne.

Le problème durable du travail au noir, sous-jacent au manque de main d'œuvre dans la restauration-hôtellerie, le bâtiment, les sociétés de nettoyage ou de sécurité privée, a ressurgi brutalement avant d'être un peu oublié. Depuis l'action médiatisée de la CGT, près de 1.000 salariés ont été régularisés. Régine Gillet, juriste au cabinet Victoria RTG, rappelle que la loi de novembre 2007 permet "aux employeurs de déclarer les salariés qui travaillent sans papiers ou souvent avec de faux papiers sans mettre en danger leurs droits. Les salariés doivent aussi faire la démarche, ils ne risquent pas de perdre leurs droits."

Filière organisée

Le travail au noir ne se cantonne pas seulement au secteur du bâtiment, de l'agriculture, et de la restauration-hôtellerie. "On l'observe dans les services funéraires ou les transports routiers fréquemment", remarque Chantal Brillet, inspectrice du travail, et membre de l'office central de lutte contre le travail illégal, au cours de la conférence de presse sur le travail au noir organisée au salon des services à la personne, vendredi 21 novembre. Pour autant, les inspecteurs du travail (1.360 aujourd'hui et 2.000 à terme) sont face à un fléau qu'ils ne peuvent circonscrire. "Le travail illégal ne représente que 5 % des verbalisations des inspecteurs du travail. Nous manquons de moyens, les tribunaux sont embouteillés et nous travaillons contre des filières très organisées." Mais quand les employeurs utilisent du travail dissimulé, ils le paient très cher. Le redressement Urssaf s'accompagne d'une procédure pénale.

La gendarmerie et la police participent activement à suivre les entreprises qui embauchent au noir. Cela étant, "l'inspection du travail n'organise pas une chasse aux immigrés clandestins qui représentent, hélas, la grande partie des travailleurs au noir. Nous savons que le plus souvent ces salariés sont victimes car dans une situation d'économie de survivance", affirme Chantal Brillet, inspectrice du travail.

50 milliards d'euros de recettes en moins pour l'Etat

Les coûts sociaux du travail illégal sont également considérables. Les travailleurs se privent d'une protection sociale (retraites, accident du travail, chômage…) et l'Etat de recettes fiscales (impôts et cotisations) évaluées à 50 milliards d'euros soit 3,3% du PIB en 2005 selon l'Insee. Emmanuel Dellacherie, sous-directeur des politiques de recouvrement et de contrôle à l'Acoss (caisse nationale de l'Urssaf) rappelle que les redressements Urssaf au titre du seul travail illégal ont plus que doublé en un an, passant de 17,6 millions d’euros en 2005 à 40,7 millions en 2007.