Plus de logements sociaux pour moins de spéculation
Habitat . Samedi, se tenaient les 4es états généraux du logement et de la ville à l’initiative du PCF. En pleine crise financière et immobilière et alors que l’État se désengage.
Le krach des prêts immobiliers à risque, à l’origine de la crise financière, a confirmé le rôle que jouent le logement et la ville dans les logiques néo-
libérales. À Gennevilliers (Hauts-de-Seine), à l’initiative du PCF et de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), citoyens, représentants d’offices publics de l’habitat, syndicalistes et élus ont échangé tout au long de la journée de samedi, lors de ces 4es états généraux du logement et de la ville afin de replacer la crise de l’habitat dans une logique d’ensemble et d’aboutir à des propositions.
Un déficit de 900 000 logements
Le projet de loi Boutin, dit de « mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion », a servi de point d’appui à nombre de démonstrations sur le désengagement de l’État. Ainsi, à l’heure où le budget consa-cré au logement en 2009 subira vraisemblablement une baisse de 6,9 %, cette loi remettrait en question le maintien dans les lieux, accélérerait la spécialisation du parc HLM pour les plus démunis et assouplirait une nouvelle fois la loi SRU déjà mise à mal. Le ton fut donc vif tout au long de la journée pour rappeler que, aujourd’hui, « avoir un salaire ne garantit plus un logement », comme l’a explicité Jean-Pierre Giacomo, président de la CNL. « La totalité de la filière logement est une source de profits considérables. Or le logement représente 27 % du budget des familles et on constate une croissance exponentielle des impayés de loyers. » Dans le même temps, l’application d’un surloyer pour les locataires dépassant d’au moins 20 % le plafond de revenus autorisé pour accéder au logement social aboutirait à spécialiser le parc HLM en un « ghetto de pauvres » selon l’expression de la sénatrice communiste Odette Terrade. Sans garantir pour autant que ces locataires, poussés vers la sortie, puissent se payer le luxe du privé.
Pour un service public de l’habitat
De même, le maire adjoint de Bobigny, Jean-Thomas Laurent, constate que la rénovation urbaine et son corollaire la démolition ont souvent servi de fer de lance à une « politique d’épuration sociale » par la spéculation et le déplacement des plus pauvres. Jean-Baptiste Eyraud, le président du DAL, estime que la France « vit au-dessus de ses moyens en démolissant des loge- ments » dont tous ne souffrent pas de dégradation alors que le pays fait face à un déficit de 900 000 logements. Ce man- que d’allant quant à la cons-truction encourage ainsi les propriétaires privés à spéculer sur cette carence et donc à monter leurs prix.
Face à ce constat, une salve de propositions a été émise pour que l’État se réinvestisse dans sa mission d’assurer un toit décent à chacun. Ainsi, un pôle public financier et foncier permettrait d’enrayer la spéculation en taxant les plus-values et d’instaurer une politique de prêts bonifiés. L’idée d’un service public du logement émise en son temps par Bernard Birsinger a été soutenue avec force et réassortie d’un plan massif de construction de 130 000 logements sociaux de haute qualité environnementale par an et l’aide à la pierre. Le financement s’appuierait notamment sur les 128 milliards d’euros issus du livret A. Un projet aux antipodes de la politique de marchandisation du logement à l’oeuvre actuellement.
Lina Sankari
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