Berlusconi mis au ban de l’école par sa réforme
ITALIE . La grève générale de l’Education nationale de jeudi a été très suivie, et la manifestation a rassemblé un million de personnes. Rome,
correspondance particulière. L’opposition ne l’inquiète pas. À la différence de 1994 et 2001,
Silvio Berlusconi se sent droit dans ses bottes, conforté par une large majorité. Le président du Conseil n’imaginait pas que l’opposition pût provenir non pas du Parti démocrate, mais de la
société elle-même. Des centaines de milliers de lycéens, étudiants, enseignants, chercheurs plus ou moins précaires, des parents d’élèves de l’école primaire se déversent dans la rue pour
protester contre la réforme de l’éducation nationale et la réduction des fonds pour les établissements du primaire et de l’université.
Jeudi dernier, la grève générale de l’éducation nationale, la première depuis plusieurs années, a été suivie par 50 à 70 % des personnels. Un million de manifestants, d’après les
syndicats, ont participé aux défilés dans la capitale, la plus grande démonstration de l’école publique des vingt ou trente dernières années. Les mobilisations ont commencé dès la rentrée de
septembre à l’école primaire. Des centaines d’écoles ont été occupées par des assemblées permanentes d’enseignants et de mères qui protestaient contre le décret déjà approuvé de la ministre de
l’Éducation, Mariastella Gelmini.
Cette reforme prévoit un retour au passé par la réintroduction de la « note de conduite », de la blouse et surtout du « maître unique », un seul enseignant
« prévalant » pour les classes primaires. Ce qui entraînera ,d’une part, la suppression de quelques milliers d’établissements scolaires et, de l’autre, la remise en cause des
activités de l’après-midi, un acquis des années 1970 et 1980, lié à l’entrée des femmes dans le marché du travail.
Plusieurs milliers d’enseignants précaires, qui gagnent 1000 euros par mois, voire moins, perdent tout espoir de voir leur situation régularisée. Autres mesures : la transformation en
fondations de droit privé des universités publiques, alors qu’elles sont déjà touchées par une diminution des crédits d’environ 2 500 millions d’euros par an, provoquant l’arrêt des concours de
recrutement pour devenir enseignant.
En revanche, le gouvernement financera les écoles privées. Cette situation ne favorise pas pour autant Walter Veltroni, le secrétaire du Parti démocrate, qui avait réuni près de deux millions
de personnes à Rome samedi 25 octobre pour démontrer qu’il est toujours le chef de l’opposition. Il vient d’abandonner la ligne du dialogue avec Berlusconi sur les réformes et a retissé
l’alliance avec l’Italie des valeurs (IDV) de l’ancien procureur anti-corruption et grand ennemi du Cavaliere Antonio Di Pietro. L’IDV est le seul parti de centre gauche représenté au Parlement
après l’échec dramatique de la gauche radicale aux dernières élections législatives.
Refondation communiste et le Parti des communistes italiens ont organisé eux aussi leur défilé qui a rassemblé 300000 personnes, le 11 octobre dernier. Entre-temps, la Confédération générale
italienne du travail (CGIL) a rompu l’unité syndicale dans l’emploi public, refusant d’accepter l’accord déjà signé par la CISL et l’UIL. C’est un nouveau revers pour Walter Veltroni, qui
pousse le syndicat traditionnellement lié à la gauche à l’unité d’action avec les autres. C’est aussi pour cela que Massimo D’Alema, ancien président du Conseil, mais surtout rival historique
de Veltroni au sein du Parti communiste italien puis des Démocrates de gauche (DS), revient sur le devant de la scène et prône une nouvelle alliance qui pourrait comprendre la gauche
radicale.
Une alliance peu probable pour le moment : lors de son récent congrès, Refondation communiste a choisi de privilégier l’enracinement social plutôt que l’entrée dans des coalitions avec un
rapport de forces défavorable.
Alessandro Mantovani
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