Face à la crise
Immobilier : effondrement historique des crédits et des ventes
Le volume des prêts accordés aux particuliers pourrait chuter de près d’un quart en 2008. Des chiffres même pas atteints lors de la crise du début des années 1990.
« Jusque-là, nous parlions d’atterrissage en douceur ; là, l’atterrissage se fait de manière un peu plus sportive et nous n’avons pas encore touché le sol. » La parabole est signée de l’économiste Michel Mouillart, un des meilleurs connaisseurs du secteur du logement en France. Professeur à Paris-X Nanterre, il vient de signer une étude détaillée sur le marché des crédits immobiliers. Le constat : un effondrement jamais vu depuis la mise en place de statistiques sur le sujet, il y a plus de trente ans, dépassant même le sévère coup de frein constaté au début des années 1990.
Ainsi, au troisième trimestre de cette année, alors que la crise financière n’avait même pas encore atteint les sommets observés au début de l’automne, le marché des crédits immobiliers a en effet fortement chuté, de 26,3 % en valeur, comme le rapporte l’étude menée pour l’Observatoire crédit logement et l’institut CSA, et rendue publique cette semaine. Au total, sur les neuf premiers mois de l’année, la production de crédits immobiliers aux particuliers marque un recul de 16,4 %, comparée à 2007. La baisse s’accélère, donc. En cause évidemment : la crise financière mondiale qui a contraint les banques à fermer le robinet du crédit, en tout cas à en restreindre l’accès. Facteur aggravant, les mêmes banques, pourtant secourues à grands coups de milliards, révisent chaque mois leur taux à la hausse. Ainsi, pour la première fois depuis 2002, ceux-ci ont repassé, en moyenne, lors du troisième trimestre, la barre des 5 %.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : les ventes, depuis le début de l’année, sont en chute libre. Selon la note de conjoncture des Notaires de France, publiée jeudi, le nombre des transactions (neuf et anciens) pourrait baisser de 25 % en 2008, passant de 870 000 en 2007, à 650 000 cette année. Et dans la seule construction neuve, c’est pire : - 33,9 % au 26 août selon la Fédération des promoteurs cons- tructeurs.
« La suite de l’histoire est déjà écrite, commente une note de l’institut d’études Xerfi, publiée jeudi : l’affaissement des autorisations de construire se traduira dans les prochains mois par de nouveaux reculs de mises en chantier. Après avoir atteint le niveau record de 435 365 unités en 2007, celles-ci reviendront vers le seuil des 350 000 cette année et viendront mourir sur la barre des 300 000 l’année prochaine. » Loin de l’objectif présidentiel des 500 000 mises en chantier, censé répondre aux besoins nés de la crise du logement. L’analyse de Xerfi ne s’arrête d’ailleurs pas là. Pour l’institut d’études, « il faut s’attendre à une montée en flèche des défaillances : les créations d’entreprises se sont multipliées ces dernières années et les entrepreneurs (de bâtiment - NDLR) font état d’une trésorerie qui se dégrade et de délais de paiement qui s’allongent. (…) Avec ces perspectives assombries, il est clair qu’il ne faudra pas compter sur la filière pour créer de nouveaux emplois d’ici la fin d’année et encore moins en 2009 », conclut Xerfi.
Alexandre Fache
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