International - Article paru le 25 octobre 2008 DANS L'Humanité
Cuba et l’Union européenne réconciliées
Diplomatie . Le chef de la diplomatie cubaine, Felipe Pérez Roque, et le commissaire européen, Louis Michel, ont signé la reprise de la coopération.
Après cinq ans de mise en sommeil de leurs relations diplomatiques, Cuba et l’Union européenne ont repris jeudi officiellement leur coopération. Un accord en ce sens a été signé à La Havane par le commissaire européen au Développement, Louis Michel, et le chef de la diplomatie cubaine, Felipe Pérez Roque. « Il s’agit d’une avancée très importante dans les relations entre Cuba et l’UE. Il reste encore des choses à faire et des questions à régler, mais cela représente une avancée », a déclaré au moment de la signature Pérez Roque aux côtés du commissaire européen. Ce dernier a parlé de « nouveau départ » et souligné devant la presse l’importance « que ce dialogue puisse porter sur tous les sujets, y compris les sujets les plus difficiles, mais dans le respect de chaque partie ».
L’UE avait coupé tous les ponts
La signature de cet accord-cadre fait suite au déroulement la semaine dernière à Paris de la première réunion ministérielle entre Cuba et l’UE depuis 2003. Cette année-là, emboîtant le pas des États-Unis dans ses tentatives de déstabilisation de la Grande Île caraïbe (gel des accords migratoires conclus avec La Havane, accusations lancées par Washington sur une prétendue production cubaine d’armes biologiques), l’UE avait coupé tous les ponts. Elle imposa notamment des sanctions en guise de protestation contre l’arrestation de 75 dissidents cubains, dont une vingtaine ont été relâchés depuis.
Ces sanctions allaient de l’arrêt de rencontres d’officiels de haut rang et des projets de développement en passant par le gel des contacts culturels. Avec en prime l’encouragement des États européens à inviter des « dissidents » cubains lors des réceptions annuelles organisées pour les fêtes nationales. Les visites bilatérales ont repris en 2005, sous l’impulsion de l’Espagne, et, depuis, en pratique l’UE a instauré une politique « conditionnelle » à l’égard de Cuba, exigeant de l’île des réformes avant d’accroître sa coopération. Un chantage auquel La Havane a refusé de se soumettre, invoquant le principe de non-ingérence et le rejet de la politique de la carotte et du bâton.
32 millions d’euros d’aides
Arrivé mercredi soir à Cuba, pour une visite de quarante-huit heures, Louis Michel devait par ailleurs se rendre dans une zone dévastée par les ouragans Ike et Gustav, fin août-début septembre, et proposer une « aide immédiate » de 2 millions d’euros, puis de 30 millions d’euros l’an prochain. C’est le moins, tant les dégâts matériels sont énormes, de l’ordre de 5 milliards de dollars. Les structures agricoles ont été dévastées (la canne à sucre et aussi le tabac), tandis que l’approvisionnement en vivres est devenu critique. La reconstruction en cours suscite une vaste mobilisation dans toute l’île en direction des régions occidentale et orientale durement touchées.
Bernard Duraud
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