Une LGV à très petite vitesse !
Marseille (Bouches-du-Rhône),
correspondant régional.
La ligne à grande vitesse qui devrait mettre Nice à trois heures et demie de Paris et dynamiser l’arc méditerranéen entre Barcelone et Gênes sera-t-elle mise en service, selon les prévisions de Réseau ferré de France (RFF), avant 2020 ? Sur le quai de la gare semi-désaffectée de Marseille-Blancarde, l’ancien cheminot et actuel président du groupe communiste au conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Jean-Marc Coppola, exprimait, à ce propos, son inquiétude, la semaine dernière : « J’ai l’impression de revivre l’époque où le TGV Méditerranée était dans une impasse. C’est irresponsable ! Alors que RFF et la SNCF sont prêts à s’engager, le débat est kidnappé par les opposants de droite à l’un des tracés et le préfet de région, mis sous pression, vient à nouveau de reporter la réunion du comité d’orientation. » Comité qui doit se prononcer dès à présent sur le tracé car il faut compter une bonne dizaine d’années avant que ne roule un TGV sur la nouvelle ligne.
Après plusieurs mois d’enquêtes et de débats publics, deux options ont été retenues. L’une, depuis la gare TGV d’Aix-Arbois, longe l’autoroute dans les Bouches-du-Rhône et dans le moyen Var viticole. Il a la faveur des élus communistes régionaux qui y voient un bon moyen de désenclaver l’est de PACA et une alternative au tout-routier, notamment en matière de fret. L’autre ferait passer le TGV par Aix, Marseille et Toulon. Ce dernier projet dit des métropoles, où résident 80 % des Provençaux, présente plusieurs inconvénients : il obligerait à des travaux pharaoniques pour construire une gare TGV à Marseille-Blancarde ; il sacrifierait la troisième voie TER Aubagne-Marseille et, surtout, il coûterait onze milliards d’euros contre huit milliards au parcours « dans les vignes ». Pourtant, c’est ce tracé que préconisent les poids lourds UMP des Bouches-du-Rhône et du Var ainsi que la CCI de Marseille, laquelle, par ailleurs, a la gestion de l’aéroport Marseille-Marignane 2, dédié aux compagnies low cost. « À les voir se démener pour ce tracé qui n’a pas la première préférence de RFF, c’est à se demander si la droite et le patronat ne sont pas en réalité opposés à la LGV elle-même ! » s’interroge ouvertement Jean-Marc Coppola. Comme pour confirmer cette mauvaise impression, le maire du village de Pourcieux (Bouches-du-Rhône), Jean-Raymond Niola, a annoncé la création d’un « comité des élus » opposés à… « tous les tracés ».
Au contraire, pour le président socialiste du conseil régional, Michel Vauzelle, « il faut faire un choix et vite ». Il a donc demandé au président de la République d’organiser une « réunion de crise » avec l’ensemble des collectivités concernées. D’après le maire (UMP) de Nice, Christian Estrosi, « Jean-Louis Borloo devrait prendre une décision avant le 31 décembre prochain ». Les collectivités devront alors mettre la main au portefeuille, à hauteur de 50 %. Or la plupart des grandes villes sont au bord de l’asphyxie budgétaire. D’où la proposition du PCF : « Que l’État prenne en charge la totalité du financement de cette LGV », dont le dossier avance actuellement à la vitesse d’un tortillard.
Philippe Jérôme
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)