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Politique - Article paru le 21 octobre 2008 dans l'Humanité


« Il faut retrouver une déontologie dans notre métier »





Jean-Philippe Lamps, ancien conseiller clientèle au Crédit lyonnais de 1982 à 2007, est aujourd’hui élu CGT dans la région Ouest.

« Je travaille au Crédit lyonnais depuis 1982. Tout au long de ma carrière, j’ai vu le métier évoluer, tout simplement parce que les outils informatiques et les critères de rentabilité se sont transformés. Si le discours officiel de la direction est toujours de produire un service de qualité, en interne il est tout autre, et la qualité disparaît au profit de la quantité. Avec des tâches administratives supplémentaires et des objectifs irréalisables, certains de mes collègues franchissent la ligne jaune et profitent d’occasions ou d’opportunités faciles pour vendre n’importe quoi à leurs clients. Par exemple, il y a une dizaine d’années les commissions représentaient 10 % à 15 % du chiffre d’affaires des banques, aujourd’hui nous sommes autour de 35 % ou 40 %. J’ai toujours été en opposition à ce système mais je n’ai jamais été tenté de franchir cette limite, car à l’époque je m’occupais d’une clientèle haut de gamme. Dans ce cas, travailler honnêtement était aisé car la direction ne demande plus de faire de la production en nombre (placer une commission chère ou des petits services à des particuliers qui n’ont pas les moyens) mais plutôt de réaliser une production en capitaux, en volume. Dans ce cas de figure, on effectue un travail qu’on devrait apporter à tous les clients. Un travail de qualité, dans le respect de ses besoins. Ce qui n’empêche pas de gagner de l’argent. Qu’il y ait des objectifs dans une entreprise commerciale n’est pas trop choquant. Par contre, il faut qu’ils soient réalisables, accompagnés de conditions de travail satisfaisantes pour s’occuper correctement des clients. Aujourd’hui, tout le monde, y compris la direction, s’est rendu compte que certains clients sont plus taxés que d’autres. À cet effet, le Parlement a voté une directive sur les marchés d’instruments financiers (MIF). Selon la loi, les banques sont contraintes de déclarer à leurs clients l’ensemble des frais bancaires ponctionnés par leur établissement. Donc de s’assurer que le client a réellement besoin du produit vendu et est en capacité de comprendre ce besoin. Au final, Il s’agit de mettre une déontologie au métier.

La crise financière ne touche pas directement le Crédit lyonnais, puisque le Crédit agricole, lors du rachat, nous a dépouillés de toutes nos activités annexes tournées vers la finance pour nous concentrer sur la banque de détail uniquement. Mais cette crise va donner matière à la direction pour refuser des augmentations de salaires, pour geler les effectifs, voire les diminuer. »

Propos recueillis par C.M.

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Tag(s) : #Economie
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