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Politique - Article paru le 21 octobre 2008 dans l'Humanité


La course aux fusions est relancée !

Banques . BNP Paribas absorbe Fortis, Caisse d’épargne et Banque populaire se marient… Les banques cherchent à se faire sans cesse plus grosses pour augmenter leur rentabilité.

Alors que les États opèrent une vaste campagne de recapitalisation du secteur bancaire, en Europe, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, les établissements les moins touchés par la crise travaillent sans relâche pour récupérer les miettes. Après la rafle de la banque espagnole Santander qui rachetait une partie de la britannique Bradford and Bingley (B&B), après avoir déjà acquis Alliance and Leicester et HBOS, c’est au tour des banques françaises de se mettre en chasse. Première à ouvrir le bal, la BNP Paribas, avec la reprise de Fortis, devient le premier géant bancaire européen. Suivi par le rapprochement à l’étude des groupes français Banque populaire et Caisse d’épargne. On assiste à la naissance de « géants européens comme Santander ou BNP Paribas (…) qui se partageront les dépouilles des banques défaillantes pour tenter de faire jeu égal avec les monstres qui se constituent également aux États-Unis », comme Bank of America ou JP Morgan, estiment les analystes de CM-CIC Securities dans une note. Malgré quelques réactions hostiles, les gouvernements européens ont toujours accepté de voir certains grands noms nationaux absorbés. Désormais, ils vont plus loin : lors de l’acquisition de Fortis par BNP Paribas, les États belge et luxembourgeois ont endossé les actifs douteux pour permettre le rachat.

Les lois du bouleversement bancaire

Loin de correspondre à un effet de mode, les fusions ont cours depuis une trentaine d’années dans le secteur bancaire au fil des lois de déréglementation et des crises financières. Après deux vagues de nationalisations (en 1945 et en 1982), pendant laquelle l’État contrôlait très largement plus de la moitié du secteur bancaire français, hors réseaux coopératifs ou mutualistes, le secteur a entamé un mouvement intense de restructuration, depuis la loi bancaire de 1984. Cette loi a lancé un vaste mouvement de regroupements et conduit in fine à la constitution de grands groupes financiers. Les suppressions de l’encadrement du crédit (1986) et du régime d’autorisation préalable à l’ouverture de guichets, ainsi que l’ouverture des marchés des capitaux, liés à l’Acte unique européen de 1992, furent les principales pièces d’un ensemble de mesures visant à relâcher les contraintes qui pesaient sur l’activité des établissements bancaires et sur leur développement. Au même moment, le lancement de nouveaux produits de placement et de financement - produits dérivés, comme les « swaps » et produits optionnels peu développés en France jusque-là - contribua largement à la croissance et à la sophistication du secteur bancaire.

La création des géants bancaires français

Dès 1987, les vagues de privatisations successives (1987, 1993,1999, 2001 et 2002) ont soumis ces banques à des efforts de rentabilité excessifs. En 1996, la fusion du Crédit local de France et du Crédit communal de Belgique donne naissance à Dexia. En 1998, le groupe Crédit mutuel prenait possession du groupe CIC, lors de sa privatisation. En 1999, la BNP qui dès sa naissance a eu pour mission sa croissance externe, prend le contrôle de Paribas et devient le plus grand groupe français bancaire. En 2003, c’était au tour du Crédit agricole de se rapprocher du Crédit lyonnais. À la fin 2007, les sept plus grands premiers groupes bancaires français collectaient environ 90 % des dépôts et octroyaient plus de 80 % des crédits. En outre, les groupes coopératifs et mutualistes se restructurent en profondeur afin de rationaliser leur organisation. Au cours des dix dernières années, le réseau Crédit agricole est passé de 59 à 40 établissements, celui du Crédit mutuel de 26 à 18, les Banques populaires de 43 à 30 et le réseau des Caisses d’épargne de 34 à 21. Avec l’arrivée de la concurrence internationale, fin des années quatre-vingt-dix, les groupes bancaires français créent ou rachètent de nouvelles filiales dont l’activité est tournée vers les marchés financiers. À l’exemple du groupe des Caisses d’épargne et des Banques populaires qui créent, en 2006, Natixis, une banque de financement et d’investissement, détenue à parité par les deux groupes. Mais ce phénomène de concentration a fragilisé la stabilité du système bancaire. D’une part, la course au gigantisme est facteur d’une diversification accrue vers des activités spéculatives. Cette recherche continue de nouveaux produits entraîne une aggravation du risque via un problème de surveillance prudentielle. D’autre part, la concentration pousse ces nouvelles puissances bancaires et financières à prendre davantage de risques, conscientes qu’elles bénéficieront in fine de la garantie implicite des pouvoirs publics. Selon le fameux principe libéral « too big, too fail », sous entendu plus l’établissement est gros est moins les pouvoirs publics peuvent se permettre de le laisser tomber.

Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Economie
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