Gérard Aschieri « Le gouvernement refuse l’effort pour la réussite de tous »
Secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri dresse un tableau « simple et désastreux » de la politique menée par le ministre de l’Éducation.
Alors que la crise financière fait rage, le gouvernement mobilise 360 milliards d’euros pour les banques, mais prétend que les « caisses sont vides » pour l’école. Y a-t-il une rupture de fond dans la priorité accordée par la nation à l’éducation ?
Gérard Aschieri. Sans conteste. Il n’y a pas si longtemps, Xavier Darcos et le gouvernement nous disaient que mettre de l’argent dans l’éducation, c’était alourdir la dette de nos enfants. Dans le contexte actuel, ce type de propos devient indécent. Parce que, pour le coup, nous alourdissons réellement la dette mais avec des conséquences que personne ne peut maîtriser. Ces 360 milliards d’euros sont sans doute destinés à éviter une catastrophe financière, mais on pourrait se préoccuper tout autant d’investir dans ce qui est l’avenir. Cette contradiction me semble de plus en plus insupportable. Par exemple, si les 600 millions d’euros perdus récemment par les trois traders de la Caisse d’épargne avaient été investis dans l’école, cela aurait permis de créer quelques milliers de postes, ce qui, sur le terrain, serait vraiment utile.
Cet argument des « caisses vides » couplé à une politique visant à supprimer 80 000 postes d’enseignants d’ici à 2012 sont-ils les principaux mots d’ordre de cette journée de mobilisation ?
Gérard Aschieri. Ils figurent en effet parmi les premiers. Mais, en même temps, derrière les suppressions de poste, il y a aussi une politique de mise en concurrence des individus et des établissements, avec un gouvernement qui refuse l’effort collectif nécessaire pour assurer la réussite de tous. Ce sont d’abord les inégalités qui vont s’accentuer avec ces choix budgétaires et la suppression de la carte scolaire. Il n’y a qu’à voir comment a été mise en place la suppression de l’école le samedi matin. Il y a de moins en moins de moyens pour faire face aux inégalités, car dans un contexte de suppression, l’école n’est plus en capacité de compenser les inégalités créées par la société. Le tableau à venir est simple et désastreux : plus d’élèves par classe, des remplacements moins bien assurés, une offre d’options beaucoup plus réduite, et une tentative d’externaliser hors de l’école des choses qui devraient relever de l’éducation. Résultat, il y aura des familles qui pourront payer ce que l’école ne leur donne pas et d’autres non. Le gouvernement promeut sa politique de soutien et d’accompagnement scolaires en disant : « Nous offrons dans l’école ce qui est payant à l’extérieur. » C’est une supercherie ! Car cela se fait au prix d’une réduction de ce que fait l’école pour tout le monde. En ce sens, la réforme de l’école primaire est très caractéristique. En réduisant l’horaire des élèves pour des programmes tout aussi chargés, nous allons intensifier le travail scolaire pour les enfants et à partir de là accroître l’échec pour certains. Or le soutien ne va pas compenser cela.
Justement, le 26 septembre dernier, Xavier Darcos annonçait la suppression de 3 000 maîtres spécialisés pour les élèves en difficulté (RASED), soit un tiers des effectifs actuels. Comment peut-il dans le même temps ambitionner comme il le prétend de « diviser par trois l’échec scolaire » ?
Gérard Aschieri. Toutes ces questions sont liées, puisque le gouvernement prétend que c’est le soutien qui va permettre de traiter le problème des élèves en difficulté. Sauf que les RASED étaient des gens qui avaient une qualification supplémentaire et qui travaillaient en équipe. Donc on va dire aux enseignants : « Vous allez faire du soutien pour les élèves en difficultés », mais en leur enlevant l’appui qu’ils auraient pu avoir à travers ces équipes. Les enseignants vont être seuls face à l’échec et ils vont devoir se débrouiller.
Autre actualité, la réforme des lycées dont Xavier Darcos doit annoncer les grandes lignes dans les jours prochains…
Gérard Aschieri. Cette réforme risque de faire disparaître ou de minorer certains enseignements. Quand on voit que, dans certaines versions, on envisage qu’une discipline comme l’histoire-géographie ne soit plus enseignée, c’est grave. Les sciences économiques et sociales sont également très menacées. Le deuxième aspect réside dans le fait que la modularité risque de faire disparaître des séries structurées. Une des craintes que nous pouvons avoir, c’est que, dans un système à la carte, il y ait des élèves qui arrivent à choisir le bon module et d’autres pas. Enfin, le groupe « classe » est menacé. Or, nous risquons d’avoir des élèves qui seront encore plus perdus dans ce cadre-là. Pour les enseignants, le travail sera encore plus difficile car, dans une classe, il y a toute une série d’interactions qui se nouent plus ou moins bien, mais qui sont souvent efficaces car on apprend avec les autres, avec la classe. Si l’on ajoute que les enseignements technologiques, synonymes de réussite pour un certain nombre de jeunes, sont eux aussi menacés, le tableau est sombre.
Enfin, comment accueillez-vous le service minimum dit « droit d’accueil » instauré par la loi du 20 août 2008 ?
Gérard Aschieri. Il y a deux aspects. D’abord, la restriction à l’exercice du droit de grève qui est patente. D’autre part, nous avions prévenu que les mairies auraient du mal si l’on veut des gens qualifiés face aux enfants. Ce que tend à prouver la réalité. Ne l’oublions pas, le droit à l’éducation est largement supérieur au droit à l’accueil.
Entretien réalisé par Sophie Bouniot
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