Ecole. Témoignages
Alain Boudoulec, professeur des écoles à Paris 9e.
« Les classes surchargées, ce n’est pas seulement une crainte, c’est une réalité quotidienne. J’ai par exemple
29 élèves en CM2 cette année, ils devaient même être 30. Et pour mes collègues, c’est pareil. Résultat : impossible de mettre autre chose dans les classes que des bureaux. Il n’y a pas
d’espace pour d’autres travaux. Toute circulation devient difficile, dans ou à l’extérieur des classes. De même, face à de tels effectifs, on est obligé de hausser le ton constamment. On
devient autoritaire. Dans ce contexte, on essaye de faire notre travail au mieux. Mais, c’est sûr, nous vivons très mal les provocations incessantes du ministre. Faudra-t-il une grande grève
pour se faire entendre ? Sans doute, mais il faudrait pour cela que tous les syndicats se mettent d’accord. Ce qui a parfois du mal à se faire…
« Quand on veut tuer son chien… »
Mariette Bonhommeau, professeur au lycée professionnel Branly, à La Roche-sur-Yon (Vendée).
« Il y a vingt-cinq ans, on avait des choses à proposer aux élèves. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas. Surtout à 35 par classe !
Car le bac pro en trois ans, c’est ça : une dégradation des conditions d’enseignement. J’arrive à la fin de ma
carrière, et c’est un peu difficile de constater ce délitement. "Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage", dit le proverbe. Il s’applique parfaitement au discours ministériel.
On tape sur les enseignants pour mettre en oeuvre un projet qui n’est rien d’autre que du désengagement dans l’école. C’est triste. Au quotidien, toutefois, nous continuons d’y croire. Et nous
en sauvons, des jeunes ! Mais l’institution ne suit pas. »
« Oui, nous servons à quelque chose »
Isabelle Muller, enseignante en Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficulté (RASED), en Seine-et-Marne.
« Nous sommes très inquiets, car la suppression, pour l’an prochain, de 3 000 postes d’enseignants en RASED
(sur 9 000) n’est que le début d’un processus. C’est l’ensemble du dispositif qui est menacé. Cela traduit une méconnaissance complète des processus éducatifs et répond uniquement à une logique
comptable. Car, contrairement à ce que veut bien dire le ministre, nous servons à quelque chose. Aider les élèves les plus en difficulté ne peut se faire réellement dans le cadre de la classe,
surtout avec les effectifs qui sont chaque année plus chargés. C’est pourquoi nous sommes très mobilisés aujourd’hui, et même en tête de cortège ; c’est pourquoi aussi la pétition que nous
avons lancée (www.sauvonslesrased.org) a recueilli pas moins de 30 000 signatures en cinq jours. » Propos recueillis par A. F.
« Les classes surchargées, une réalité quotidienne »
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