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Tribune libre - Article paru le 18 octobre 2008

l’Humanité des débats.

Un besoin mondial de social


Par Claude Quémar, président du Collectif pour l’annulation de la dette du tiers-monde France.

Pourquoi doit-on craindre que les pays du Sud paient la crise au prix fort ?

À la lecture du discours de Toulon de Nicolas Sarkozy, une chose saute aux yeux : seule est digne d’intérêt la crise au Nord. 85 % de la population mondiale, sans doute parce qu’« elle ne se projette pas dans l’avenir » (réminiscence du discours de Dakar ?), disparaît de cette analyse de la crise mondiale.

Les rares allusions sont caricaturales. Le rêve d’une « mondialisation heureuse » a « commencé à devenir réalité : les frontières se sont ouvertes, des millions d’hommes ont été arrachés à la misère, mais le rêve s’est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l’épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim ». On appréciera à sa juste valeur (boursière) le glissement du « terrorisme » au « dumping ». Quant à l’ouverture des frontières, elle est manifeste à Lampedusa, aux Canaries, à la frontière sud des États-Unis…

Si le président français aspire à « refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail », c’est pour rappeler illico que le travail doit coûter moins cher à l’entreprise. On cherchera vainement le mot « salaire » dans ce discours. On n’y trouvera pas non plus l’idée d’une autre répartition des richesses tant au Nord qu’à l’échelle mondiale.

Les images récentes des émeutes de la faim sur tous les continents nous avaient déjà donné un avant-goût de cette crise : la spéculation sur les matières premières, y compris agricoles, avait déjà largement prouvé que ce système ne saurait se fonder sur la satisfaction des besoins fondamentaux. Sortir de la crise, pour les pays du Sud, c’est donc bien sortir de cette logique mortifère qui transforme en marchandise toute production humaine, la main-d’oeuvre, les éléments naturels, la monnaie. L’enjeu est de taille mais l’urgence est là. De ce point de vue, l’alternative concrète est celle de la rupture. Ce n’est pas en adossant leurs économies à celles des puissances du Nord, en finançant la dette états-unienne par l’achat massif de bons du Trésor, en investissant dans les produits dérivés que les pays du Sud pourront répondre à la crise en donnant à cette réponse un contenu socialement émancipateur.

La question est crûment posée : ou bien pour relancer leurs économies, les capitalistes feront payer la crise à leurs travailleurs, mais aussi aux producteurs des pays du Sud ; ou bien une autre logique s’applique. La période ouverte depuis quelques années, qui s’était traduite par une hausse sensible des cours des matières premières, avait permis de commencer à desserrer l’étau autour des économies du Sud. Nous pouvons craindre que, pour sortir de la crise actuelle, les dirigeants des pays du Nord et les institutions internationales ne fassent de nouveau payer le prix fort au Sud : pression à la baisse sur les cours, hausse des taux d’intérêt, diminution des investissements, y compris baisse annoncée de l’« aide »…

Les débats en cours en Amérique du Sud intéressent l’humanité entière. Le retard pris dans le lancement effectif de la Banque du Sud est inquiétant. Surtout quand, dans le même temps, les politiques traditionnelles s’appliquent : signatures d’accords bilatéraux sur les investissements, négociations sur des traités de libre commerce, participation aux négociations au sein de l’OMC, paiements anticipés au FMI, à la Banque mondiale et au Club de Paris, occupation militaire d’Haïti…

Une partie de la réponse à la crise se joue aujourd’hui à Caracas, Quito et La Paz… Face à la tentation de jouer chacun sa carte en faveur de ses propres entreprises privées, en investissant dans des projets gigantesques peu respectueux de l’environnement et des populations, le projet d’intégration doit se donner un contenu social : souveraineté alimentaire, réforme agraire, santé, limitation de l’épuisement des ressources naturelles… Nicolas Sarkozy, pour revenir à lui, a saisi l’enjeu : « L’anticapitalisme n’offre aucune solution à la crise actuelle. » Pour l’immense majorité de la population mondiale, il est clair que, comme souvent, il faut prendre le contre-pied de ces affirmations.

(www.cadtm.org)

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Tag(s) : #Economie
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