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Augmenter les retraites, une réponse à la crise


C’est la question qui « tue » chez les retraités américains, et que les actuels et futurs retraités français peuvent se réjouir de ne pas avoir à se poser  : « Combien ton fonds de pension a-t-il perdu dans la crise financière ? » Outre-Atlantique, les salariés n’ont, le plus souvent, pas d’autre choix, pour préparer leur retraite, que de placer leur épargne, via des fonds de pension, sur les marchés financiers.

Selon une estimation officielle du bureau du Congrès (Parlement des USA), ces fonds ont perdu quelque 2 000 milliards de dollars dans les dix-huit derniers mois. Résultat, d’après un récent sondage, plus de la moitié des Américains craignent d’avoir à travailler plus longtemps pour compenser la baisse de valeur des placements destinés à assurer leur pension. Et certains, déjà à la retraite, envisagent de reprendre le collier pour pouvoir boucler leur budget (voir notre reportage).

Avoir échappé à ce scénario catastrophe ne suffit pas, pour autant, à faire le bonheur des retraités de ce côté-ci de l’Atlantique.

LE NIVEAU DES PENSIONS RECULE RÉGULIÈREMENT

Certes, comme beaucoup d’observateurs l’ont noté, la supériorité du système par répartition se trouve, aujourd’hui plus que jamais, démontrée  : au lieu d’être indexées sur les rendements aléatoires de la Bourse, les pensions sont ici financées par un prélèvement sur les richesses créées par le travail.

Les cotisations des actifs font les pensions des actuels retraités. Directement, sans passage par la case spéculation. Problème : depuis une quinzaine d’années, et les réformes Balladur (1993) et Fillon (2003), la retraite solidaire à la française est sérieusement mise à mal. Les gouvernements successifs ayant refusé d’ajuster le financement du système pour suivre l’augmentation des besoins liée aux évolutions démographiques – cela afin de satisfaire le MEDEF et sa plainte constante sur le « coût du travail » –, le niveau des pensions recule régulièrement, comparé à celui des salaires. Du même coup, les assurés sont incités à recourir de plus en plus à l’épargne, et ses formes de placements financiers plus ou moins « sécurisés ».

Le pouvoir d’achat des retraites n’est même plus garanti  : le décrochage risque de prendre en 2008 une ampleur sans précédent, le gouvernement Fillon ayant concédé une revalorisation de 1,37 %, alors que la hausse des prix suit un rythme supérieur à 3,5 %. Les retraités encaissent plus sévèrement que d’autres la valse de certaines étiquettes  : tarifs des soins et des médicaments, cotisations des mutuelles santé, prix de l’essence et du fuel, etc. Et pire est à venir si le projet de budget 2009 de la Sécu et le projet de loi Bachelot sur l’hôpital ne sont pas corrigés. Dans cette catégorie de la population comptant quelque 13 millions de personnes, le ras-le-bol d’être traité, finalement, comme une charge au lieu de se voir reconnus, non seulement leur participation à la vie sociale, mais leur rôle économique, monte régulièrement.

En témoignent la fréquence, de plus en plus rapprochée, et le succès croissant de leurs mobilisations à l’appel des syndicats. La journée d’action de ce 16 octobre devrait confirmer la tendance. Les manifestants réclameront une augmentation immédiate des pensions – fixée par la CGT à 200 euros – ainsi qu’un minimum de retraite égal au SMIC. Satisfaire ces revendications ne serait pas seulement faire oeuvre de justice sociale. Ce serait consolider la répartition en enrayant la baisse de son rendement.

« RÉORIENTER L’ARGENT VERS DES DÉPENSES UTILES »

Cela reviendrait aussi, comme le souligne la syndicaliste Françoise Vagner, à apporter une partie de l’indispensable « réponse sociale à la crise financière », en réorientant l’argent vers des dépenses utiles, capables de stimuler l’économie réelle, au lieu de le laisser filer dans le chaudron de la spéculation. Il y a quelques mois, pour donner à croire qu’un tel effort serait hors de portée, le ministère du Travail faisait savoir que relever d’un point supplémentaire les pensions coûterait 1,25 milliard d’euros. Qui oserait maintenant la même démonstration, au moment où l’État se dit prêt à dégager sans condition jusqu’à 360 milliards d’euros pour sauver des banques privées ayant dramatiquement fauté ?

Yves Housson
(Article publié dans l’Humanité du 16 octobre 2008)

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Tag(s) : #Economie
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