Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

International - Article paru le 3 octobre 2008 dans l'Humanité

 

Les pays ACP craignent de payer pour la crise



Accra . Réunis dans la capitale ghanéenne pour leur 6e sommet, les dirigeants de 79 pays parmi les plus pauvres du monde s’inquiètent de voir se réduire l’aide et l’investissement en leur direction.

C’est sous le signe de l’inquiétude que s’est ouvert hier à Accra, au Ghana, le 6e sommet des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les dirigeants de ce groupe, créé en 1975 et composé de 79 pays dont certains des plus pauvres au monde, craignent que la crise financière qui secoue l’Occident n’ait de graves répercussions sur leurs économies. « Les conséquences pour les pays ACP, et notamment pour ses membres les plus vulnérables, seront catastrophiques », a prévenu hier le ministre mauricien des Affaires étrangères, Arvin Boolell.


Les pays pauvres victimes de la crise


En principe, ces pays sont plus protégés que d’autres, en raison de leur faible insertion dans le système économique mondial. « Nous ne sommes pas concernés par la crise internationale car nous n’avons pas de subprimes dans nos banques », a ainsi commenté Abdellatif Jouhari, gouverneur de la Banque centrale marocaine. Par ailleurs, une partie importante d’entre eux ont une économie qui repose pour l’essentiel sur l’exportation de matières premières, notamment énergétiques, qui, en raison de leur caractère indispensable et de l’appétit des pays émergents, sont moins sujettes à une baisse du pouvoir d’achat des consom- mateurs occidentaux que les produits de consommation courante.

En réduisant le pouvoir d’achat des Américains et des Européens, la crise risque néanmoins de freiner les exportations en provenance des pays pauvres, ont estimé les experts de l’Afrique centrale et orientale, réunis récemment. C’est le cas notamment des pays, comme le Kenya avec les fleurs, dont le revenu à l’exportation est généré pour l’essentiel par la vente de matières premières agricoles. L’inquiétude concerne aussi les investissements. Selon un rapport des Nations unis publié fin septembre, alors que les investissements directs étrangers dans les pays en développement ont connu une hausse de 21 % en 2007, ces derniers pourraient baisser de 10 % cette année au niveau mondial. Dans le climat actuel, les investisseurs délaissent les marchés risqués des pays pauvres, pour tenter de trouver des placements plus sécurisés, réduisant d’autant la capacité d’investissement des pays pauvres.


La priorité : renflouer la bourse


C’est surtout au niveau de l’aide au développement que les pays ACP craignent de devoir payer le prix d’une crise dont ils ne sont pourtant aucunement responsables. Les pays en développement « se demandent pourquoi on n’arrive pas à trouver les 20 millions de dollars de plus promis à l’Afrique alors qu’on arrive à trouver 700 mil-liards de dollars pour rétablir le secteur financier », a résumé Kemal Dervis, administrateur du programme des Nations unies pour le développement (PNUD), lors de la réunion organisée fin septembre par l’ONU pour tenter de relancer l’aide au développement. Déjà en baisse de 4,7 % en 2006 et de 8,4 % en 2007, l’aide publique au développement pourrait être une nouvelle fois sacrifiée dans des budgets de pays riches occupés à renflouer les Bourses. Même l’aide humanitaire d’urgence devrait souffrir de la baisse de fonds des pays riches.

Cette probable réduction de l’aide est d’autant plus inquiétante pour les pays ACP qu’ils ont déjà été durement frappés par la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Leurs budgets, déjà maigres, se sont trouvés réduits par les tentatives de certains d’entre eux de réduire l’impact de ces hausses sur les populations en renonçant aux taxes douanières. À Accra, ils devraient donc demander aux pays riches de les aider à développer des sources d’énergie de substitution et à réduire l’impact de la flambée des prix alimentaires en développant localement des unités de transformation des produits agricoles.

Camille Bauer

Publicité
Tag(s) : #Economie
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :