Premier rituel de la journée: accroher son nom au tableau, avant de participer aux ateliers libres (Photo
Laurent Saccomano)
De la petite à la grande section, la maternelle est le lieu des premiers apprentissages. C’est là que
se bâtissent les fondations de la scolarité d’un élève.
« Ici, raconte Eléonore on vient pour apprendre ». Pas plus haute que le bureau de sa maîtresse, a
trois ans, la petite fille a déjà une idée de ce qui l’attend.
Dans son école ZEP (zone d’Education Prioritaire) à Saint-André au Nord de Marseille, elle a pris pour habitude depuis la rentrée, de coller tous les
matins à son arrivée sur le tableau noir, l’étiquette qui porte son nom et sa photo. Comme Antony, trois ans, qui a du mal à se défaire de sa maman, elle a ses petites
manies. Ce matin, Corinne, la maîtresse de la petite section et directrice de cette école de quatre classes rassemble tout son petit monde sur des bancs autour du tableau. Tout
est petit à la taille des enfants. Aux adultes, Dalila l’ATSEM et à la maîtresse de se mettre à leur porté. C’est d’ailleurs tout le rôle de l’équipe, s’adapter en permanence
aux besoins de l’enfant. En petite section, les mamans sont accepter en classe, pour éviter les séparations trop brutales.
Un Accueil échelonné le matin pour échapper aux bousculades et aux pleurs. La première demi-heure est consacrée aux activités libres. Dessins, jeux de
construction, une mise en route en douceur dans cette classe qui ne peut pas accueillir d'enfants de deux ans, faute de structure adaptée. Sur les 22 petits inscrits que
compte la classe, 21 sont présents. La moyenne à ne pas dépasser en ZEP est fixée à 25. Une classe relativement homogène. Une école à l’image de ce quartier autrefois très
populaire, « bousculé par les récentes constructions de standing. Une mixité qui favorise les échanges fructueux », souligne L’enseignante.
La première année de scolarité dans la vie d’une enfant est une étape importante de son développement. « On apprend à se séparer de sa famille. La plupart
n’est pas allé en crèche. C’est en entrant dans les apprentissages, que l’on entre dans le système scolaire ». Pour l’enseignante être scolarisé, c’est aborder les
apprentissages premiers. Ce statut d’élève lui tient vraiment à cœur.
« On part d’un geste ample, pour aller vers un geste plus adapté. » A la maternelle, il n’y a pas que le jeu. Il y a le travail sur fiche, les
exercices de logique, la découverte du monde, des chiffres et des nombres. « C’est aussi le lieu de tous les dépistages. C’est à partir de là que peut se mettre en place un
travail avec les réseaux ».
Et ne dite surtout pas à un enseignant de maternelle qu’il fait du pré-scolaire. « Ici on pause les fondations de ce que sera la scolarité d’un élève ». On ne
donne pas une petite section de maternelle ou un CP à un enseignant débutant. C’est bien grâce à la maternelle que l’on parvient à gommer les inégalités à l’entrée au CP.
Enormément d’enjeux reposent sur les petites classes. Et tous ceux qui pensent que pendant l’heure de sieste, les enseignants et les tatas se roulent les pouces se rassurent.
C’est le temps où l’on règle les questions d’urgence, ou que l’on en profite pour faire un travail décloisonné. Tout le monde ne dort pas.
« Allez, on y va, au travail. C’est l’heure de l’appel. « Louis il est pas là, il est assent ». « Non, il est absent » reprend l’enseignante. «
Hier, est-ce que vous êtes venus à l’école ? Non hier, c’était mercredi ». Dans cette séquence on apprend la notion du temps. Toujours bien assis sur leur banc, les enfants font
des exercices de motricité, tout en apprenant à tourner la tête à droite, en haut à gauche. Comptine, gestuelle, on travaille sur l’oralité. On entraîne sa mémoire.
Puis tout le monde se lève pour la pause pipi, avec l’aide de Dalila.
Les enfants apprennent à vivre en collectivité. A respecter les autres et à être pour la première fois évalués. Le temps passe très vite en classe,
laissons les tous petits pour retrouver au premier étage la moyenne section.
Avec Evelyne les enfants ont déjà appris à écrire leur prénom. Là aussi après le temps libre, on passe aux ateliers obligatoires de numérisation et de
graphisme. « A cet âge, ils savent se situer dans la semaine. La notion du temps sert à se repérer dans l’ordre des lettres ». En moyenne section, le travail est déjà plus
abouti, les enfants commencent à gagner en autonomie. Des moyens/grands avec lesquels il est parfois difficile de jongler, à cause des différences de niveaux. Depuis que le
soutien scolaire a commencé, Evelyne prend en charge entre midi et deux, cinq enfants avec lesquels elle a entamé un travail personnalisé. Un petit plus. « Il n’y
pas qu’en ZEP que la maternelle est indispensable. C’est une formidable ouverture, sur les arts plastiques par exemple, mais surtout vers les autres ».
Encore plus grand, encore plus haut. Dans la classe de Cécile, en grande section, c’est la dernière étape avant l’entrée au primaire. Les enfants découpent
les syllabes des jours de la semaine. Ils commencent à mettre au point de nouvelles méthodes. Se rappeler que l’on peut reconnaître le chiffre 5 parce qu’il porte une
casquette.
La maternelle est faite de tous ces petits riens qui nous semblent tellement anodin. Un travail de titan pour les enseignants qui doivent s’adapter en
permanence à la demande des enfants. Dans la classe de Cécile, des petites mains se lèvent pour lire le mot sur le tableau. Une majorité de volontaires, qui manifestement
joyeusement leur désir d’apprendre.
Reportage
Catherine Walgenwitz
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