Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Tribune libre - Article paru le 23 septembre 2008 dans l'Humanité

Pour le droit à la mobilité des migrants

Par Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherches CNRS-CERI, présidente du comité scientifique de Soutien, solidarité et actions en faveur des émigrants (SSAÉ).

Les flux migratoires se sont mondialisés. On compte aujourd’hui près de 200 millions de migrants dans le monde, soit près de 3 % de la population : selon les Nations unies (1), en 2005, on comptait 191 millions de migrants dans le monde, 115 millions dans les pays développés et 75 millions dans les pays en développement.

Les migrations se modifient, d’abord dans la structure et dans la façon qu’ont les pays d’accueil, et récemment de départ, de les gérer. On parle aujourd’hui de circulation migratoire : beaucoup de migrants aspirent à circuler sans nécessairement souhaiter se sédentariser définitivement. Plus les frontières leur sont ouvertes, plus ils circulent et moins ils s’installent car ils peuvent aller et venir. Ceux qui se sédentarisent de façon aléatoire sont ceux pour qui les frontières sont fermées et sont entrés clandestinement ou ont un statut précaire : s’ils repartent chez eux, ils ne pourront plus revenir.

Longtemps considérés comme peu productifs, les transferts de fonds des migrants sont considérés aujourd’hui comme un facteur essentiel du développement des pays d’origine. D’après la banque mondiale, les envois de fonds sont passés de 102 milliards de dollars en 1995 à 300 en 2006. Les États d’accueil essaient de coopérer avec les régions de départ pour favoriser investissements productifs et créations d’entreprises. Les États de départ commencent à changer de discours sur les effets négatifs de l’émigration et certains favorisent l’exportation de leur main-d’oeuvre. 14 milliards d’euros ont été envoyés par les migrants travaillant en Europe en 2005. Des associations de développement sont soutenues par des collectivités locales et l’Union européenne pour canaliser cette manne.

Le discours politique a changé : le rapport discuté par l’assemblée générale des Nations unies en septembre 2006 révèle les effets bénéfiques des migrations pour les sociétés de départ (transferts de connaissances et de technologies et stimulant de l’économie de la part des plus qualifiés dans les sociétés d’origine, même si l’exode des cerveaux persiste, limitation du chômage) et d’accueil (occupation de métiers délaissés par les nationaux, solution aux pénuries de main-d’oeuvre, apport démographique, accroissement de la consommation, créations d’entreprises dans des niches inexplorées, production culturelle). Les pays qui en tirent le meilleur parti sont ceux qui savent le mieux les intégrer, même si ce n’est pas pour un séjour définitif (lutte contre les discriminations, égalité de traitement, diversité des cultures), et qui savent limiter les effets pervers de la fermeture des frontières.

Un cadre normatif du droit de migrer se profile à l’échelle internationale avec l’entrée en vigueur en 2003 de la Convention internationale sur la protection internationale des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille, ratifiée par 37 pays. Des initiatives positives existent aussi, à l’échelon régional ou bilatéral. Les pays de départ et d’accueil semblent prêts à coopérer pour mieux gérer les flux qui, de toute façon, se poursuivront : à charge pour les États d’éviter que la mobilité ne soit perçue comme perturbatrice, voire subversive, vis-à-vis du pouvoir politique.

Les questions migratoires ne peuvent plus être abordées seulement d’un point de vue isolationniste et doivent prendre en compte leurs aspects internationaux. Et de penser les migrations dans un cadre assurant le codéveloppement.

Le SSAÉ (Soutien, solidarité et actions en faveur des émigrants) récuse la surenchère à la baisse à laquelle se livrent depuis plusieurs années les pays européens, dont la France, et condamne le durcissement répété de leur législation à la seule fin de dissuader les nouveaux entrants et détourner les flux chez les voisins. Il s’agit moins pour le SSAÉ d’obtenir, de l’opinion publique, une condamnation essentiellement morale de ces politiques répressives que de rendre accessibles les faits, les analyses, les témoignages permettant de comprendre la réalité des migrations, pour que s’élabore une véritable politique alternative de l’immigration.

(1) Nations unies. Assemblée générale. Migrations internationales

et développement.

Rapport du secrétaire général, mai 2006, 99 pages, p. 32.

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :