Le Pakistan face au piège terroriste
Islamabad . À peine installé au poste de chef de l’État, Ali Asif Zardari fait face au défi lancé par les islamistes qui le somment de choisir entre l’allié américain ou le soutien aux taliban.
Cinquante-trois morts, tel est le bilan de l’attentat au camion piégé ayant visé l’hôtel Marriott d’Islamabad pourtant placé sous très haute sécurité. Parmi les victimes, majoritairement pakistanaises, l’ambassadeur tchè- que au Pakistan, Ivo Zdarek. L’explosion ayant eu lieu à l’heure de la rupture du jeune du mois de ramadan n’est pas fortuite. Elle relève de cette exploitation de la symbolique du sacré par le discours islamiste : un « moudjahid » qui se sacrifie à ce moment précis ira directement au paradis de Dieu ! D’autant qu’aux yeux des djihadistes les clients de cet hôtel haut de gamme, fréquentés par de riches Pakistanais plus ou moins proches des cercles du pouvoir, et ceux qui y travaillent ne sont que des mécréants méritant l’enfer !
Déclaration de guerre au pouvoir
Cet acte, premier d’une longue série d’attentats commis au Pakistan (plus de 15), est le plus meurtrier depuis la double attaque kamikaze, ayant ciblé la foule acclamant le retour de Benazir
Bhutto le 19 octobre 2007, qui avait fait 139 morts. Survenant quelques heures après le discours du président Ali Asif Zardari appelant à « éradiquer le terrorisme », alors que
l’armée pakistanaise est engagée dans une offensive contre les islamistes dans la zone tribale de Bajur à la frontière afghane mais surtout dans un contexte de relations tendues entre
Islamabad et Washington du fait des raids américains en territoire pakistanais, cette attaque est une véritable déclaration de guerre au tout nouveau pouvoir pakistanais. De plus, à
l’occasion du septième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, une vidéo diffusée par al Qaeda appelait au renforcement du djihad au Pakistan.
Appuis aux islamistes au sein de l’État
Pour Talat Massod, ancien général de l’armée pakistanaise et spécialiste des questions de défense, « le message est très clair, sans ambiguïté : si le gouvernement poursuit sa
politique, voilà ce qu’il obtiendra en réponse. Avec cet attentat, ils (les islamistes) démontrent qu’ils peuvent frapper n’importe où, n’importe quand, quels que soient les dispositifs de
sécurité. (…) Ils adressent aussi un message à la population pakistanaise : votre gouvernement et votre armée autorisent les Américains à attaquer notre territoire ». En clair, en
mettant la pression sur la population, mais aussi l’armée, les islamistes les somment de choisir.
Moins de trois semaines après son élection à la tête de l’État, le président Ali Asif Zardari, veuf de Benazir Bhut- -to, va devoir faire face à un sérieux défi. Certes, samedi, réagissant à l’attentat ciblant le Marriott, il s’est dit déterminé « à débarrasser le pays de ce cancer ». Assurant que « le gouvernement continuera de combattre le terrorisme et l’extrémisme sous toutes ses formes et ses manifestations et que de tels actes ignobles ne peuvent entamer la détermination du gouvernement à lutter contre cette menace ». Mais, il sait que le plus dur ne fait que commencer et qu’il aura fort à faire. En effet, il est admis que les islamistes comptent de nombreux appuis au sein de cet État dans l’État qu’est l’ISI (les services secrets pakistanais). C’est l’ISI qui, en liaison avec la CIA, était derrière la création des taliban au début des années quatre-vingt-dix après avoir aidé les moudjahidin afghans dans leur « djihad » contre « l’ennemi communiste » durant les années 1980 !
Le double jeu de l’ISI
Certains des hauts gradés à la retraite de l’ISI disposant encore d’une influence certaine avaient été d’ailleurs accusés nommément par Benazir Bhutto d’avoir planifié et organisé le
renversement et l’assassinat de son père, l’ancien premier ministre socialiste Ali Bhutto, en 1979, mais d’être également derrière les tentatives d’assassinat l’ayant ciblée à son retour au
pays, le 19 octobre 2007 ! Non parce que les services pakistanais soient infiltrés par les islamistes mais parce que, pour des raisons de stabilité et de politique internes et aussi
externes (le cas du Cachemire et les relations avec l’Inde), il existe tout un courant, au sein des classes dirigeantes civiles et militaires pakistanaises, qui craint qu’une implosion de
l’Afghanistan (pays multiethnique) ait de sérieuses conséquences sur l’intégrité territoriale pakistanaise, et ce, au moment où son puissant voisin, l’Inde, est en train d’asseoir sa position
dans le Sud-Est asiatique. D’où, du coup, ce double jeu de l’ISI consistant à laisser faire les taliban quand cela peut servir les intérêts des classes dominantes pakistanaises dans la région
ou à les neutraliser quand ils deviennent gênants. À la longue, l’ISI risque d’être piégé par son propre jeu.
Hassane Zerrouky
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