Les conditions d’une agriculture de progrès
Jusqu’au 23 septembre se déroule à Annecy le conseil informel des ministres de l’Agriculture européens, appelé bilan de santé de la PAC Bruxelles avance au pas de charge dans sa volonté de
faire sauter les derniers verrous qui gênent une agriculture au prix mondial où seul le marché fait loi.
Intermittent du revenu, un agriculteur sur deux gagne moins que le SMIC. Une exploitation disparaît toutes les cinq minutes. Une installation de jeune pour trois départs en retraite, c’est du bilan de santé des paysans que devrait se préoccuper Mariann Fischer Boel, « commissaire politique » de l’Union européenne.
Pendant que les paysans étaient contraints aux jachères, que nous croulions sous les fleuves de lait et les montagnes de beurre, 860 millions de personnes souffraient toujours de la faim. Les peuples n’ont pas leur indépendance alimentaire et on ne mange pas à sa faim à nos portes.
Bruxelles elle-même est responsable de la situation. Dès 1992, l’ouverture des frontières visait à préparer les négociations du GATT. Le 30 juin 1993 l’accord de Blair House était ratifié. Les cargos américains et brésiliens pouvaient accoster en Europe.
Le 15 avril 1994, naissance de l’Organisation mondiale du commerce, Agenda 2000 à Berlin, l’Europe se couchait à nouveau devant les États-Unis. Le 26 juin 2003, le marathon de Luxembourg virait au sprint contre les paysans avec une PAC verte libérale.
L’Europe et les gouvernements malades de leurs dogmes libéraux n’ont eu cesse que de vouloir se délester au plus vite de leurs secteurs économiques pour eux « ringards » ou non rentables telle l’agriculture.
Au sein de l’OMC, les fermes du monde devenant le Brésil, l’Australie, la Nouvelle-Zélande.
La pensée libérale des quinze dernières années s’est traduite de l’Uruguay Round à Doha sur le dos des paysanneries par : diminuer les protections douanières, supprimer les aides à l’exportation, stopper les aides PAC.
Augmentation des quotas laitiers pour mieux les supprimer en 2015. Annonce de fin de gel des terres et suppression des droits de douane sur les importations de céréales, alors qu’un plan de relance protéines pour l’alimentation du bétail est nécessaire.
Découplage accentué des aides compensatrices, plus de prélèvements par la modulation au plus grand nombre… Quand les eurocentrales de distribution, vainqueurs toutes catégories des réformes libérales successives de la PAC, font 12 milliards d’euros de bénéfices par an.
Nourrir les hommes doit être la mission première des paysans, répondant au défi alimentaire de satisfaire 9 milliards d’humains en 2050 en redonnant du sens et des perspectives à ce métier pour les générations futures. Le Modef milite pour une autre PAC assise sur les fondamentaux : prix rémunérateurs, préférence communautaire, souveraineté alimentaire et production maîtrisée, aides directes plafonnées par actif, une agriculture à taille humaine, de terroir, de qualité, soucieuse de l’environnement.
Une PAC permettant aux paysans de vivre dignement en France, dans les départements d’outre-mer. Une PAC répondant aux aspirations des paysanneries sur le continent de la « vieille Europe ».
Aux luttes et revendications paysannes, il faut une traduction politique. La France doit porter l’exigence d’une nouvelle politique agricole commune, rémunératrice, solidaire et durable à l’occasion de la présidence de l’Union européenne.
Aux prétendues vertus du tout-marché qui ne sont pas celles des salariés de l’agroalimentaire, des pêcheurs, des paysans et des consommateurs, des réponses politiques sont attendues du gouvernement et du président en exercice de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy.
Dans la convergence, syndicalistes et forces de progrès ne peuvent s’en remettre à d’autres quant à l’expression des exigences populaires. L’agriculture de progrès à taille humaine répond aux besoins de notre pays, c’est en cela qu’elle est moderne. Elle s’oppose au conservatisme de l’agriculture ultra-productiviste, concentrée, polluante, dévoreuse d’énergie et de capitaux.
Cette agriculture de progrès s’inscrit comme pilier d’un monde rural économiquement et socialement réhumanisé. Il faut poser l’exigence d’une nouvelle ambition agricole en France, en Europe, dans le monde, par la rémunération du travail paysan et la souveraineté alimentaire. Des choix politiques s’imposent. Un nouveau développement international agricole et alimentaire est à l’ordre du jour : sortir l’agriculture et l’alimentation de l’OMC et confier à la FAO, dégagée de toute tutelle impérialiste, les échanges agricoles sur des bases de coopération alimentaire.
Il faut sortir la PAC des ornières du libéralisme et la reconstruire sur de nouvelles fondations.
Il faut redonner des perspectives à l’agriculture française.
Le Modef vient de proposer la tenue d’un Grenelle des prix agricoles auprès de Michel Barnier, ministre de l’Agriculture.
La responsabilité est entre les mains du gouvernement et du président de la République de répondre aux exigences paysannes, aux attentes populaires, de faire jouer à la France un rôle majeur, agricole et alimentaire, face au défi de la faim en ce XXIe siècle.
Par Xavier Compain, président du Modef.
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