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Université sous pressions


L’Université Nice-Sophia-Antipolis affaiblie par la concurrence


vendredi 19 septembre 2008, par Julien Camy / "le Patriote"



La rentrée universitaire 2008/2009 se fera sous le signe de la loi Pécresse, dite loi LRU qui accompagne les universités vers une soumission à des intérêts privés. Cela se ressent sur le personnel, de plus en plus précaire, mais aussi dans la recherche avec une perte prévu de 400 emplois. L’avenir de l’université de Nice, évincée du « plan campus », est tourmenté comme le budget des étudiants. Dans ce numéro, Le Patriote ouvre le dossier, avec des regards croisés sur une réalité complexe.

La loi Pécresse, dite loi LRU sur la Liberté et la Responsabilité des Universités a un an. Elle a tourné le dos au principe de la « collégialité » au profit d’un « management » par un Président, patron d’établissements soumis à la concurrence et devant être pilotés dans un monde toujours plus inégal. Non seulement cette loi a modifié la « gouvernance » des Université, mais elle s’accompagne d’évolutions menant vers une soumission à des intérêts privés, pouvant utiliser et orienter les moyens publics par des « contrats de recherche ». Ce n’est pas une « mixité » faisant primer la responsabilité publique, mais au contraire une mixité permettant aux intérêts privés de piloter le public. Quant aux personnels, outre que leurs recrutements seront plus soumis que jamais au bon plaisir des présidents d’Université, la précarité s’étend. Même pour la recherche, les prévisions du Budget 2009 prévoient une perte de 400 emplois. Les étudiants vivent eux une sélection sociale impitoyable. Du coût des inscriptions au budget du logement, 47% des étudiants ont l’obligation de travailler pour financer leurs études. Certes, le statut quo n’est pas possible. Mais les choix gouvernementaux tournent le dos aux exigences de l’heure. Face à « l’autonomie-concurrence » devrait prévaloir une « autonomie-épanouissement » donnant aux Universités les moyens de répondre aux besoins humains et matériels pour faire face à la demande d’éducation. Face à la précarisation devrait prévaloir une sécurisation des parcours professionnels de nouvelles générations de chercheurs et enseignants-chercheurs, ainsi qui la reconnaissance des personnels Biatoss (1). Face aux conceptions utilitaristes et étriquées des formations supérieures, il s’agit de répondre aux défis d’une civilisation de la connaissance. Dans ce numéro, Le Patriote ouvre le dossier, avec des regards croisés et différents sur une réalité complexe. Un dossier que nous poursuivrons dès les prochains numéros. Jean Paul Duparc (1) bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers et personnels de services

Deux regards sur une Université tourmentée.

L’université de Nice fait sa rentrée. Nous nous sommes entretenu avec Marc Monticelli, ingénieur CNRS au Laboratoire de Mathématiques, et l’un des animateurs de la CGT-FERC sur le campus universitaire, et Jean Claude Verez, Professeur associé d’Economie à l’Université de Nice Sophia Antipolis. Marc Monticelli Pour que la démocratie reprenne la main Avec Marc Monticelli, la conversation portera sur le « climat » à l’Université de Nice, un an après la loi Pécresse et l’apprêté des divisions, pas toujours très claires, qui avaient marquées les élections à la Présidence et au conseil d’administration de l’Université, entre deux listes, l’une conduite par monsieur Stéphan, enseignant chercheur, et l’autre par l’actuel président reconduit de l’Université, Monsieur Marouani. Pour Marc et pour la CGT il s’agissait plutôt de deux listes certes rivales, « mais pas réellement opposées ni l’une, ni l’autre à la loi LRU ». Ce sont plutôt « deux clans » qui se sont fait la guerre. Avec des haines et rivalités cuites et recuites qui ont laissé des traces et un climat qui reste assez détestables. « Avant, il arrivait qu’on s’engueule mais au moins on restait collègue ». Ces conflits ont souvent marqué l’éclatement des structures syndicales, des personnes affiliées au Snes-Sup, ou à la CGT, soutenant des listes différentes. Cette « perte de repères », ce glissement, « qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui résulte d’un délitement ou d’un détricotage des solidarités des 20 ou 30 dernières années », aboutissant à l’incapacité d’élaborer alors une liste qui aurait eu « du fond », et un vrai positionnement contre la loi LRU. Précarité Les premières victimes de ces dérives sont les personnels précaires, en très grand nombre dans l’Université. En si grand nombre que la CGT qui avait demandé à la Présidence de l’Université un « bilan social » a mis plus d’un an à obtenir la communication d’un document dont la Présidence elle-même reconnaît qu’il demandera des études ultérieures ». . Des services centraux aux laboratoires, il y a ainsi parfois pour les personnels administratifs et logistiques, une majorité de précaires. Parfois depuis plus de 10 ans voire 15 ans. Mais comme dit la Présidence de l’Université, dans un document du 16 juillet « Je tiens à vous rappeler que j’ai toujours veillé à assurer la meilleure gestion pour les agents contractuels, dans le respect de la règlementation en vigueur » et si cette gestion affecte « Une partie des agents non titulaires est affectée sur des moyens ouverts au budget de l’Etat, temporairement vacants ou sur des rompus de temps partiel »(…) « Une autre partie de ces agents est affectée sur des ressources propres de l’établissement et leur situation, variée, ne peut être examinée de façon globale. Bien évidemment chaque situation sera étudiée avec une attention particulière en fonction des intéressés, mais aussi de la nécessité du service, des besoins et des moyens disponibles, dans le cadre d’une gestion humaine des ressources de l’établissement ». « La précarité est devenue un mode de fonctionnement des laboratoires », enlever les précaires et ces structures seraient incapables de vivre. » explique Marc Monticelli. Cette précarité touche aussi les chercheurs, notamment les « post-doctorants » qui parfois depuis 4, 5, voire 8 ans sont en attente d’un emploi durable. La loi Pécresse ayant donné les moyens financiers à l’Agence Nationale de la Recherche qui finance des projets éligibles avec des crédits ponctuels, condamnant à la précarité des laboratoires de recherche asphyxiés en crédits récurrents, c’est-à-dire « pérennes ». Il en résulte également un mouvement de « domination du privé sur la recherche publique », des entreprises qui participent à des projets, en ayant de fait une tutelle indirecte. Et la recherche fondamentale se trouve prise à la gorge car n’intéressant que modérément les opérateurs privés. Pour Marc Monticelli, il en résulte à la fois un retard structurel sur d’autres pays, eux plus généreux avec leur recherche fondamentale comme aux Etats-Unis. Il en résulte aussi des ratés, comme, par exemple, dans son domaine informatique, l’achat d’un « calculateur national » de nouvelle génération, avec en même temps une pénurie de chercheurs pour s’en emparer, et le risque qu’une fois les chercheurs formés, cet outil soit déjà en phase d’obsolescence. Le pouvoir de la loi LRU Autre sujet abordé, les conséquences en terme de « pouvoir » de la loi LRU. Cette loi a fait des Président d’Université des « patrons pleins pouvoirs ». Emplois, personnels, budgets, stratégies, tout y passe. « Les conseils d’administration ont vu leur nombre d’élus diminuer. Ce qui peut être moins grave dans une Université qui exerce une seule thématique disciplinaire, mais est très handicapant pour une Université pluri-disciplinaires comme Nice, de plus éclatée en 8 sites. Sans compter une diversité d’organismes, CNRS, Instituts, Facultés, etc.. . Il y a forcement une diversité et une complexité qui n’est pas prise en compte ». Deux mises en perspectives préoccupantes. Ecartée du plan Campus (voir article ci-contre) par la ministre Pécresse, l’Université de Nice s’est vu décerné la mention de « campus prometteur », il y a à craindre que dans la vision du pouvoir, « l’avenir soit à dix grands campus structurant en France, Nice étant alors réduite à une complémentarité vis-à-vis de Marseille. ». Le besoin de reprendre l’ensemble du chantier universitaire. Pour Marc Monticelli, les dernières décennies ont vu « un CNRS rester dans son pré carré » et l’Université subir « une massification sans réelles nouvelles règles du jeu ». Pourtant, au delà des clichés sur l’échec universitaire, les formations universitaires sont performantes. Y compris par la capacité d’adaptation, de reconversion, qu’elles donnent à ces titulaires. A qui le « bagage universitaire » ne sert pas toujours dans la seule discipline apprise, mais à donner des aptitudes plus généralistes. Toute la question est de savoir si une vision alliant ambition, réelle autonomie, sécurisation des parcours de recherche et démocratisation peut reprendre la main, face à une volonté du capital de « remodeler » à sa main l’outil universitaire et de recherche, en asservissant ses finalités et ses personnels à la « main invisible » de la rentabilité privée.

Jean-Claude Verez Interroger la notion d’autonomie « Evidement le mot clé dans la loi LRU est autonomie », explique Jean-Claude Verez. La question est forcement quelle autonomie et le sens à donner à ce mot ? « Dès que des Universités sont plus autonomes, elles sont plus concurrentes entre elles ». De plus en plus, « il faudra nouer des contrats de recherche avec des partenaires publics ou privés » et bien sur « selon que les Universités se trouvent dans un bassin d’emplois et d’activités plus ou moins riches déjà elles ne partent pas sur un même pied d’égalité ». De ce point de vue « Toulouse avec l’environnement Airbus, ou Nice avec Sophia-Antipolis sont plutôt avantagées ». L’autonomie est un « processus où chaque Université va chercher à accroître son poids (nombre d’étudiants) et sa notoriété (publications, contrats, qualité de la recherche). La question de savoir si cela peut tirer l’ensemble vers le haut reste posée ». Néanmoins le processus en cours tend à promouvoir des « pôles d’excellence », dotés de personnel et de laboratoires aussi compétents que possible, et visant les dimensions européennes et internationales. « Le choix revient pour toute Université à se concentrer sur une (ou deux) filières d’excellence ou à rechercher l’excellente partout ? Dans les faits, le choix est dicté par les moyens dont dispose chaque université. Toutes les Universités ne peuvent accéder à un niveau global d’excellence ». Evidemment cela pose la question de la nouvelle organisation des études dite LMD (Licence, Master, Doctorat) qui entraîne le risque de voir « des Universités de premier rang allant jusqu’au Doctorat, et d’autres limitées au Master, voire même au seul niveau Licence ». Avec les risques concomitants que cette inégalité se redouble d’inégalités en moyens, en inégale attraction pour les étudiants et les enseignants-chercheurs. Le risque existe bien donc « d’un système à deux voire trois vitesses », même si les défenseurs de la loi LRU disent « qu’il existe déjà dans les faits ». Cette inquiétude pouvant « être redoublée pour les disciplines et filières, notamment en Sciences Humaines qui sont a priori sans intérêt ou sans liens directs avec le secteur privé, et qui par ailleurs voient leurs débouchés se réduire avec le recul de l’emploi public. On peut penser à la Philosophie, la Sociologie, ou les Lettres Modernes par exemple. » Pour Jean Claude Verez l’interrogation va jusqu’à se demander « s’il n’aurait pas fallu réfléchir à des dispositifs de « numerus clausus » à l’entrée de certaines filières », « afin de mieux orienter les flux d’inscription », comme cela se fait en Médecine. Pour lui, l’Université a du faire face « sans fermer ses portes » à l’irruption de nouveaux bacheliers, la part d’une génération obtenant le bac ayant triplé en quelques 30 ans. Il souligne qu’aucune autre structure n’a été soumise à un tel choc démographique, et qu’au regard de celui-ci, et de la faiblesse des moyens de l’Université il convient de relativiser le discours convenu sur le taux d’échec à l’Université. En même temps, il voit bien que, pour des raisons évidentes, les notions de sélection et de « numerus clausus » n’ont pas bonne presse. Enseignant-chercheur. Ce métier soulève plusieurs contradictions. « Ce qui est fondamental pour l’évolution d’une carrière, c’est la recherche, et le fait de pouvoir publier dans un certains nombre de revues précises, des articles, des travaux, qui se trouvent ainsi reconnus et labellisés ». Or pour les personnes qui exercent des fonctions transversales de « Doyen », de « directeur de laboratoire », etc…il y a de plus en plus de taches administratives, de courses aux contrats et aux financements... autant de charges réelles à la fois peu reconnues, voire même pénalisantes au final pour une carrière. D’autres interlocuteurs, notamment dans le monde de la recherche, avait attiré notre attention, sur cette enflure bureaucratique qui gagnait différentes sphères du monde universitaire. Revenant à l’Université de Nice, il évoque « ses atouts », affirmant que face à d’autres Université, c’est par la « vocation internationale de l’Université » que tout se jouera. Ce qui permettait d’évoquer aussi les défis linguistiques…vaste programme.

http://www.le-patriote.info/spip.php?article1864

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Tag(s) : #Education
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