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Vers un démantèlement du CNRS ?


vendredi 19 septembre 2008, par
Julien Camy / "le Patriote"



Le Gouvernement veut totalement modifier le statut du Centre National de la Recherche Scientifique. Par la mise en place d’une gestion des UMR par les Universités et la réorganisation de l’organisme en instituts. L’avenir du CNRS semble incertain.

Depuis quelques mois, Nicolas Sarkozy en parlant de « vieux statut mité » ne cache plus son opinion sur le sujet. Ce qu’il souhaite pour le CNRS, c’est, encore une fois, une rupture radicale. Cet organisme ne conserverait alors que la gestion des personnels et serait piloté par l’Etat. La volonté du gouvernement serait donc de ramener les UMR (Unités Mixtes de Recherche) sous la tutelle des Universités par un mandat de gestion unique. Le CNRS ne serait alors plus qu’une agence de moyen, dont les sujets de recherche seraient contrôlés en grande partie par les politiques. Gestion des UMR par l’Université de Nice : un échec Destiné à faciliter et harmoniser la gestion financière et administrative des personnels, le mandat de gestion unique, mis en place par l’Université de Nice et le CNRS fin 2005, permet de désigner un seul opérateur de gestion par unité de recherche, quel que soit le statut des personnels (1) et l’origine des fonds. L’Université de Nice est alors devenue opérateur de recherche pour 8 UMR sur 17. Depuis, les deux personnalités à l’origine du projet sont parties. Nicole Aballéa a été affectée à un autre établissement, « remerciée » selon certains. Puis, la mésentente grandissante entre le président de l’Université, Albert Marouani, et Nicolas Glaichenhaus à l’initiative de ce pari et à l’époque vice-président recherche, a conduit ce dernier à démissionner de son mandat électif en octobre 2007, après le retrait de ses délégations de signature dès avril 2007. Sans les deux coordinateurs du projet, le pilotage de la réforme est laissé à l’abandon : il n’y a plus de réunions, ni de comités de pilotage et surtout, plus d’interlocuteurs du côté de l’Université. Depuis la rentrée 2007, certains directeurs de laboratoires gérés par l’Université qualifient la situation de « catastrophique », au point qu’ils donneraient tout pour sortir du mandat de gestion unique. En effet, si la totalité des directeurs en mandat de gestion CNRS souhaitent renouveler le mandat de gestion dans les mêmes conditions, sept directeurs sur les huit (le huitième n’a pas répondu à notre connaissance) en mandat de gestion Université revendiquent avec force l’arrêt du mandat de gestion unique et le retour à une double gestion. Par ailleurs, l’Université de Nice a le projet de privatiser la gestion de la recherche pour les laboratoires en mandat de gestion CNRS en passant un contrat avec la filiale privée de l’Université de la Méditerranée PROTISVALOR. Il est à craindre à terme la fin du CNRS en région. Et d’autres questions se posent ? Cette filialisation ne peut elle pas être l’amorce d’une « privatisation à bas bruits » ? Et quel pourcentage cette filiale prélèvera t elle sur les contrats ? La réorganisation du CNRS en instituts La ministre de la Recherche a également ordonné au CNRS, par lettre de mission adressée à leur direction, de restructurer l’organisation interne de cet organisme en instituts qui pourront devenir autonomes et n’auront de compte à rendre qu’au ministère. La direction du CNRS, en a préparé la mise en place. Si ces modifications structurelles ne sont pas de simples changements de noms, elles pourraient alors préfigurer le démantèlement de l’organisme. Pour imposer le pilotage scientifique des futurs instituts, le ministère ne cache pas son intention d’imposer des conseils scientifiques composés seulement de membres nommés (ou a minima d’un tiers d’élus). Cette vision qu’à la ministre et son cabinet d’un fonctionnement de la recherche réduite au pilotage par le politique constitue une nouveauté dans l’histoire des sciences. Cette idéologie visant à contraindre la libre pensée scientifique se répand dans nos pays occidentaux et constitue un grand danger pour l’évolution de nos sociétés. 200 directeurs de laboratoires et responsables d’instances scientifiques, réunis le 18 juin à Paris, ont réaffirmé comme principe fondamental que, comme dans tous les pays développés, l’activité scientifique ne peut être soumise à un pilotage étroit par le gouvernement. Pour l’enseignement supérieur et la recherche, après la mise en place de l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche), l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur), la loi LRU (relative aux Libertés et Responsabilités des Universités) ou loi Pécresse, ce projet d’instituts constitue une menace supplémentaire.

Bertrand DHORNE (1) Le choix du gestionnaire (université ou CNRS) se fait en fonction de la majorité des effectifs statutaires de l’unité.


Qu’est-ce que le CNRS ?

Le Centre National de la Recherche Scientifique est un organisme public placé sous la tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Créé par un décret du Président de la République Albert Lebrun, le 19 octobre 1939, le CNRS a pour vocation, à cette époque, de regrouper tous les organismes d’État, non spécialisés, et de coordonner les recherches à l’échelon national. Avec plus de 32 000 personnes, un budget 2008 de 3,277 milliards d’euros, une implantation sur l’ensemble du territoire national, le CNRS exerce son activité dans tous les champs de la connaissance, en s’appuyant sur plus de 1200 unités de recherche et de service. Le CNRS développe, de façon privilégiée, des collaborations entre spécialistes de différentes disciplines, et tout particulièrement avec l’Université, ouvrant ainsi de nouveaux champs d’investigations qui permettent de répondre aux besoins de l’économie et de la société. Le CNRS compte 19 délégations en région qui assurent une gestion directe et locale des laboratoires et entretiennent les liens avec les partenaires locaux et les collectivités territoriales. Les laboratoires situés dans les Alpes-Maritimes et le Var sont presque tous des Unités Mixtes de Recherche, associées aux Universités de la région comme celles de Nice-Sophia Antipolis, Toulon ainsi que diverses grandes écoles, instituts et aux autres établissements de recherche. Avec 9 laboratoires et près de 850 personnes, chercheurs, techniciens et administratifs, le CNRS est l’un des principaux acteurs de la recherche sur la Côte d’Azur. Il couvre les principales disciplines scientifiques et fonde sa stratégie de développement sur des partenariats actifs avec tous les acteurs régionaux de la recherche mais également avec les institutions politiques locales et régionales, comme les mairies et les conseils généraux et régionaux de sa circonscription.

http://www.le-patriote.info/spip.php?article1863

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Tag(s) : #Services publics
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