Paysans et consommateurs au chevet de la PAC
Europe . Michel Barnier réunit un Conseil informel des 27 ministres de l’Agriculture ce week-end à Annecy. La Confédération paysanne y tiendra un contre-sommet.
Michel Barnier recevra à Annecy, dimanche à midi, les ministres européens de l’Agriculture et la commissaire Mariann Fischer Boel pour un sommet informel entre 27 pays consacré au bilan d’étape
de la politique agricole commune (PAC). Mais l’animation débutera bien plus tôt : les communistes organisent dès ce soir un débat avec des syndicalistes paysans (1). Demain et dimanche, la
Confédération paysanne coordonne deux journées d’animation dans le Parc des sports de la ville pour sensibiliser les citoyens sur le thème « L’agriculture est malade, soignons la
PAC ».
Aucune étude comparative
Il y a urgence en effet. Et pour soigner la PAC, le docteur Barnier ne propose qu’un traitement à la morphine après les amputations opérées sur la production agricole lors de la réforme de
2003. La Commission parle de bilan d’étape, sans fournir d’analyse crédible sur l’évolution de la PAC, sans tirer les conclusions de ce qui a mal fonctionné après trois ans de découplage
(déconnexion des aides versées aux paysans de la production elle-même). En pratique, la Commission propose de mettre fin au recouplage total ou partiel, choisi par certains pays membres de
l’Union lors de la réforme signée en 2003 et appliquée à partir de 2005 ou de 2006 selon les pays. Elle défend cette option sans avoir fait la moindre étude comparative entre les deux systèmes
en vigueur depuis 2005.
Production de viande en
recul
La France avait opté pour le recouplage partiel ou total des aides à hauteur du maximum autorisé. Sur une ferme céréalière de 200 hectares, 75 % des aides versées à l’agriculteur français
n’étaient plus conditionnées par un semis effectif de blé, de maïs, d’orge ou de colza. Mais il fallait semer pour percevoir le complément de 25 %. Dans un élevage ovin, la moitié du droit
à paiement unique (DPU) était conditionnée au nombre de brebis mères présentes sur l’exploitation. Pour les bovins à viande, le recouplage total conditionnait le versement du DPU au nombre de
vaches présentes sur l’exploitation.
Dans la plupart des autres pays membres de l’Union, il n’y avait plus aucune obligation de ce type. Il suffisait de s’engager sur un entretien sommaire des champs pour percevoir sa prime annuelle. En Italie, la production de blé dur a reculé de façon spectaculaire durant les trois premières années d’application de la réforme. Puis elle a augmenté de façon aussi spectaculaire en 2008, stimulée par les prix élevés de 2007 - année de petites récoltes au niveau mondial.
Dans tous les pays qui ont découplé les aides à l’élevage, les productions de viande bovine et de viande ovine sont en recul depuis trois ans, alors que l’Europe ne couvre plus ses besoins. En France, la production de viande bovine augmente légèrement. L’élevage ovin recule un peu moins que dans les autres pays, en dépit d’une conjoncture difficile. Un bilan d’étape digne de ce nom se devait de prendre en compte ces différences. Le document de la Commission ne le fait absolument pas.
Des modifications marginales
Il se dit que le président en exercice de ce Conseil informel, Michel Barnier, quitterait son ministère au début de l’an prochain pour se faire élire au Parlement européen. En attendant, il
tente de rassembler ses pairs dans un dispositif de prolongement provisoire de certains recouplages et dans des modifications marginales par rapport aux objectifs de dérégulation de la
Commission. Il ne s’oppose pas davantage à la suppression des quotas laitiers, tout en soulignant que leur suppression peut remettre en question l’existence même de la production laitière en
montagne et dans d’autres zones herbagères inconvertibles. Or la gestion des quotas demeure perfectible, pour promouvoir une production laitière répartie de manière plus harmonieuse sur le
territoire de chaque pays européen, en privilégiant la valorisation de l’herbe des zones agricoles inconvertibles en cultures. D’autant que l’on y produit aussi les meilleurs
fromages.
Pousser les feux de la
dérégulation
A contrario, supprimer les quotas, c’est prendre le risque de créer une situation ingérable avec des crises de surproduction laitière suivies de pénuries, comme on l’a vu récemment avec le
conflit sur le prix du lait entre la firme Entremont et les producteurs bretons. Enfermée dans ses dogmes, influencée par des lobbies potentiellement corrupteurs, la Commission pousse toujours
les feux de la dérégulation. Le président en exercice du conseil agricole acquiesce au lieu d’opposer à la technocratie bruxelloise une vision fondée sur le développement durable, un an après
le Grenelle de l’environnement en France.
(1) Ce soir, à partir de 18 h 30, salle Yvette-Martinet, avenue des Îles, à Annecy (Haute-Savoie).
Gérard Le Puill
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)