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Médias - Article paru le 15 septembre 2008

Fête de L’Humanité

Une Fête à l’heure du développement durable



Le cru 2008 a eu un goût de bio. Des allées aux espaces de débats, l’enjeu de concilier progrès social et défis environnementaux s’est exprimé avec force.

Il est rond, il est long, il est blanc et il a fait figure de symbole, cette année, à la Fête de l’Huma. Un emblème léger, certes, mais tout de même : le gobelet consigné que les badauds ont eu autour du cou, tels des saint-bernard leur tonnelet de rhum bio, marquait l’entrée dans une ère nouvelle : celle d’une Fête épurée de ses déchets inutiles.

Pas d’effet de mode là-dessous. La prise de conscience, plutôt, d’une possibilité d’agir, chacun à son niveau. Le nôtre particulier, qui ne compte pas pour rien. Et plus sûrement encore celui de politiques internationales dont dépend l’avenir immédiat de la planète.

Le rendez-vous de 2008 a fait ainsi du développement durable l’un de ses thèmes centraux, décliné au cours de débats interrogeant nos modes de production et de consommation. Avec une question redondante : peut-on concilier l’indispensable préservation de l’environnement et le nécessaire développement de la planète ? Car les données se rapprochent et se confrontent, quand 30 % de l’humanité consomment 80 % des ressources planétaires. Ressources énergétiques, bien sûr mais également alimentaires, dont la crise a focalisé de nombreuses discussions (lire ci-contre). « Absorber moins de 1 400 calories par jour, cela s’appelle la faim », notait ainsi Marcel Mazoyer, professeur émérite à l’Institut national agronomique de Paris-Grignon, invité samedi au village du monde. « Elle touche à ce jour un milliard et demi d’êtres humains, qui vivent avec moins de 1 euro par jour. » Alors que la consommation d’énergie se répartit selon un ratio similaire, le lien entre inégalités sociales et environnementales est marquant. « La crise écologique arrive à ce moment particulier où les inégalités planétaires se ressentent de la façon la plus forte et la plus insupportable », notait ainsi Nicolas Hulot, dimanche à l’agora. « La rareté écologique touche les plus précaires », poursuivait-il.

Pauvreté et crise environnementale s’articulent et s’autoalimentent : un constat qui laisse envisager les solutions. D’abord parce que la précarité n’est pas un déboire climatique mais le fruit de modèles économiques construits en connaissance de cause. « Le libre-échange agricole met en concurrence les paysans des pays émergents avec les grandes productions européennes qui disposent des meilleures terres, des meilleurs outils et des meilleures bêtes », expliquait encore Marcel Mazoyer. Acculé, le paysan africain finit par rejoindre des bidonvilles en expansion constante. Déjà, les déserts écologiques provoquent des déplacements de populations dont on prévoit une forte croissance dans les années à venir. « Quand des millions de gens se précipitent vers les villes, cela déstabilise des pays entiers », notait Jean-Claude Mairal, vice-président du conseil général d’Auvergne. Au point, parfois, de déclencher des conflits.

Imposer d’autres modèles économiques que ceux de l’OMC ou de la FAO, donc, pour vaincre la précarité. Et parce que ces modèles parasitent l’environnement lui-même. Éloquent : le développement de l’agro-business et des immenses monocultures qui phagocytent terres après terres l’Amérique latine. « Le Brésil consacre 21 millions d’hectares de soja, 6 millions d’hectares de canne à sucre et autant d’eucalyptus », explique Douglas Estevam, responsable du Mouvement des sans-terre brésilien. Destiné au bétail européen ou à fabriquer un agrocarburant dont l’efficacité s’avère toute relative, cette mégaproduction bouffe sur celle destinée à nourrir les populations. Surtout, elle se développe en totale insouciance de l’impact écologique. Monsanto et d’autres grandes filiales ont déjà obtenu la libéralisation de soja OGM et usent massivement de pesticides. En outre, « l’eucalyptus consomme considérablement d’eau et s’avère destructeur pour la biodiversité. C’est une monoculture absolue qui détruit tout l’écosystème », conclut le jeune Brésilien.

Lutter contre la faim et pour l’environnement va de pair : comme d’autres, il en est convaincu et prône un modèle agricole privilégiant les productions vivrières à l’échelle familiale. « Mais les productions d’une quinzaine d’hectares n’ont pas besoin du marché international pour s’écouler. » Et cela, l’OMC n’est pas prête à l’admettre.

Marie-Noëlle Bertrand

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Tag(s) : #Environnement
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