L’offensive anti-Morales s’intensifie

Bolivie . Les confrontations provoquées par les opposants au président de gauche ont fait huit morts. En signe de solidarité avec
son allié bolivien, Hugo Chavez renvoie à son tour l’ambassadeur américain.
Les violences ont fait au moins huit morts jeudi au cours de manifestations antigouvernementales, alors que les tensions diplomatiques des pays de la région avec Washington sont montées d’un cran. Les États-Unis ont en effet ordonné l’expulsion de l’ambassadeur de Bolivie en représailles à la décision du président Morales de déclarer persona non grata Philip Goldberg, le représentant américain à La Paz, accusé d’alimenter la stratégie de la confrontation des régions séparatistes dites de la « demi-lune » contre son gouvernement.
MENACE DE GUERRE CIVILE
Dans la province amazonienne de Pando, sept agriculteurs et un employé du gouvernement régional ont été abattus. « Nous parlons là d’un vrai massacre et le responsable est le gouverneur du Pando », a déclaré le vice-ministre des Mouvements sociaux, Sacha Llorenti. Depuis quatre jours, des affrontements et des manifestations sporadiques se poursuivent dans cinq régions (Santa Cruz, Tarija au sud, Beni et Pando et Chuquisaca) qui détiennent l’essentiel des richesses du pays (hydrocarbures, agriculture). Ils sont l’oeuvre de groupes et de commandos d’extrême droite organisés, comme l’UJC (Union Juvenil Crucenista). Dans plusieurs régions, ces manifestants se sont emparés de bâtiments des douanes, des impôts, de centraux téléphoniques ou même d’aéroports. Des manifestants ont aussi interrompu partiellement la fourniture de gaz naturel au Brésil et à l’Argentine, les pays voisins, en fermant les vannes d’un gazoduc et en provoquant une explosion dans une station de pompage.
Face à cette dangereuse - escalade, le chef de l’État bolivien a averti l’opposition que « la patience avait des limites », tandis que le gouvernement dénonçait une « menace de guerre civile » de la part de « groupes fascistes », particulièrement à Santa Cruz, capitale économique du pays et fer de lance de l’opposition à Evo Morales. Ce qui n’était au départ qu’une violente réaction de l’élite blanche et métis à un gouvernement qui entend donner au peuple bolivien la maîtrise de ses ressources naturelles, l’accès à une nouvelle démocratie et la reconnaissance des droits des Indiens formant la majorité du pays s’est transformé en un conflit fomenté par l’oligarchie et les gouverneurs des régions les plus riches. Cette stratégie de la confrontation-séparation fait écho au coup d’État contre Chavez en 2002 ou au lock-out pétrolier quelque mois plus tard. Elle est pilotée par les États-Unis par l’entremise de l’ambassadeur Goldberg. Le scénario est écrit pour renverser le gouvernement d’Evo Morales. À travers lui et la revendication des séparations régionales, la droite et l’oligarchie ne veulent rien céder de leurs richesses ni de leurs pouvoirs aux Indiens de l’Ouest andin.
Lors d’un meeting dans la capitale vénézuélienne, Hugo Chavez a exprimé sa solidarité avec son allié bolivien et a - ordonné à l’expulsion sous soixante-douze heures de « l’ambassadeur yankee à Caracas » et le rappel de l’ambassadeur vénézuélien à Washington. Il a en outre mis en garde la Maison-Blanche contre une éventuelle intervention militaire dans la région, soulignant dans un style sans précaution qu’il priverait alors le peuple américain de son pétrole : « Allez au diable yankees de merde ! (…) Allez vous faire voir 100 fois. Ici nous sommes les fils de Bolivar (…) Nous voulons être libres quoi qu’il se passe et quel qu’en soit le coût. » Il a également affirmé que la présence de deux bombardiers russes sur son territoire constituait un avertissement à Washington.
Loin d’avoir résolu le conflit, les résultats des référendums révocatoires du 10 août - confortant à la fois Evo Morales et les gouverneurs séparatistes - ont eu pour conséquence d’accentuer la polarisation politique. C’est dans ce contexte que le président brésilien Luiz - Inacio Lula a téléphoné à Evo Morales pour l’encourager au dialogue tandis qu’une délégation de représentants argentins, brésiliens et colombiens doit se rendre à La Paz pour jouer un rôle de médiation. C’est sur ce même registre que l’Union européenne a condamné les actes de violence, notamment ceux commis contre les projets de coopération et institutions relevant de pays de l’UE, et a appelé « toutes les parties » à favoriser la mise en place d’un « dialogue constructif ».
Bernard Duraud
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