Pourquoi ils refusent Edvige
De l’extrême gauche au Modem, des organisations syndicales aux associations, rarement décision du gouvernement n’aura soulevé contre elle une telle contestation. Trente-deux personnalités nous expliquent leur refus et leur crainte de ce fichage généralisé.
MARIE-GEORGE BUFFET, SECRÉTAIRE NATIONALE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS :
« À peu près tout le monde est concerné par Edvige : Edvige, c’est le droit pour l’État de ficher les personnalités politiques, associatives et syndicales, les enfants à partir de 13 ans, les personnes dites « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public », les personnes en contact avec ces dernières, et qui plus est en faisant état de leur vie privée ! Avec un tel outil, le gouvernement peut prétendre chercher juste à s’informer. La vérité, c’est qu’il franchit un pas de plus vers une société de contrôle généralisé. Devant un tel accroissement des pouvoirs d’exception des gouvernements, il convient évidemment de se mobiliser. »
FRANÇOIS HOLLANDE, PREMIER SECRÉTAIRE DU PARTI SOCIALISTE :
« Le gouvernement a choisi d’élargir les informations qui peuvent être répertoriées aux “origines raciales ou ethniques”, aux “opinions politiques, philosophiques ou religieuses”, à l’appartenance syndicale, aux informations sur la santé ou la vie sexuelle, le patrimoine, l’entourage d’une personne, y compris les mineurs à partir de treize ans. Une confusion inadmissible est ainsi faite entre l’exercice de la citoyenneté et des personnes susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. Le Parti socialiste demande non seulement le retrait des décrets, mais aussi l’ouverture d’un débat parlementaire sur les fichiers de renseignement. »
FRANÇOIS BAYROU, PRÉSIDENT DU MOUVEMENT DÉMOCRATE :
« Il y a une polémique et des discussions à propos de l’âge des mineurs concernés par Edvige. Mais l’objet principal du décret paru au JO cet été est le fichage de tous les élus de France ainsi que des responsables économiques, sociaux, syndicaux et religieux. Un grand pays moderne comme le nôtre ne peut pas accepter une telle atteinte aux libertés publiques. J’ai déposé un recours devant le Conseil d’État et adressé une lettre à tous les maires de France afin qu’ils me soutiennent dans cette démarche. »
NOËL MAMÈRE, DÉPUTÉ VERTS :
« Après les tests ADN, le fichier des empreintes génétiques, l’explosion de la vidéosurveillance, la chasse sans pitié aux sanspapiers, avec Edvige nous devenons, à l’insu de notre plein gré, les victimes d’une société libérale sécuritaire où les concepts de défense militaire et de sécurité des biens et des personnes fusionnent dans la traque d’un ennemi intérieur. En utilisant le 6e pouvoir, le pouvoir informatique, ce gouvernement veut transformer tous ceux qui, dès treize ans, pensent, luttent pour leurs droits, vivent différemment, en suspects potentiels. Ce totalitarisme technologique veut en finir avec la séparation des pouvoirs et contrôler notre intimité. Où s’arrêtera Sarkozy ? Face à Edvige, la désobéissance civile doit s’organiser. Nous sommes tous des dissidents ! »
OLIVIER BESANCENOT, PORTE-PAROLE DE LA LIGUE COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE :
« Avec Edvige, ce seront les supposées intentions de « porter atteinte à l’ordre public » qui seront mises en fiches. Le choix d’y inclure les mineurs à partir de treize ans signifie une criminalisation accentuée d’une partie de la jeunesse. C’est un pas de plus vers un état liberticide et totalitaire. Être élu, s’engager, manifester, résister devient source de suspicion. Toute la vie, y compris l’orientation sexuelle de ceux et celles qui feront ces choix – ainsi que leur entourage –, sera mise en fiches, décortiquée et consultable à tout moment par la police et la gendarmerie. Une urgence : se mobiliser. »
ARLETTE LAGUILLER, PORTE-PAROLE DE LUTTE OUVRIÈRE :
« Il n’est pas acceptable que le gouvernement veuille, entre autres, ficher dans Edvige des jeunes dès l’âge de treize ans sous prétexte qu’ils pourraient devenir des délinquants ou qu’ils auraient participé à une manifestation. Pas plus qu’il n’est tolérable que ceux qui ont une activité militante figurent dans une liste établie en secret par les services de police ou encore que soient introduites dans un tel fichier des informations concernant la santé ou les orientations sexuelles. Ce pouvoir est-il si peu sûr de lui pour craindre sa population au point de l’espionner et de la mettre en fiches ? »
BERNARD THIBAULT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CGT :
« Si la CGT a signé le recours contre Edvige, c’est qu’il en va de principes fondateurs de la République. Les militants savent qu’ils sont fichés par les renseignements généraux mais avec ce fichier, tous ceux qui s’investissent dans la vie de la cité ou de l’entreprise peuvent l’être aussi… Tous ceux qui seront en contact avec une personne fichée pourront être surveillés : les enfants, la famille, les amis. Lorsque l’on sait que cela peut être utilisé pour l’accès à certains emplois, cela devient intolérable. Edvige est incompatible avec la liberté de conscience et celle d’adhérer à l’organisation syndicale de son choix qui est garanti par la Constitution. Ce fichier ne sert que le rêve totalitaire du tout sécuritaire. »
ANOUSHEH KARVAR, SECRÉTAIRE NATIONALE EN CHARGE DES QUESTIONS DE SOCIÉTÉ ET DES LIBERTÉS PUBLIQUES À LA CFDT :
« Le fichage des militants politiques, syndicaux, associatifs est très inquiétant pour de multiples raisons. Et notamment parce qu’il risque de décourager toute volonté d’engagement militant, dans une période où justement, nous avons besoin de renouveler nos forces. Comment imaginer qu’un salarié, un délégué syndical ou du personnel ait envie de s’impliquer dans la défense des droits dans son entreprise s’il craint d’être fiché ? Plus largement, Edvige est une menace pour toute forme d’engagement citoyen. »
ALAIN OLIVE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UNSA :
« L’État doit garantir la sécurité des citoyens mais il doit tout autant veiller à leur vie privée. Il lui appartient donc de trouver un équilibre entre la défense de l’ordre public et le respect des libertés individuelles. Or, le fichier Edvige permet désormais de ficher toutes les personnes engagées dans la vie de la cité. Trop, c’est trop. Les données recueillies sont disproportionnées au regard des finalités. D’ailleurs, la CNIL maintient ses réserves sur des points essentiels du dispositif touchant à l’âge des mineurs, aux garanties entourant les données recueillies, aux niveaux de sécurité technique et aux conditions d’accès. C’est ce constat qui a conduit notre organisation, fortement attachée aux valeurs républicaines, à signer l’appel demandant l’abandon du fichier Edvige. »
BERNARD VAN CRAYENEST, PRÉSIDENT DE LA CFE CGC :
« Si nous savons tous que les technologies modernes permettent de nous localiser en permanence et de connaître nos modes de vie et de consommation (carte de crédit, téléphonie mobile, ordinateur, vidéosurveillance…), tout ceci est parfaitement encadré et contrôlé par, notamment, la CNIL. Les fichiers ne peuvent être conservés plus de 48 heures ou une semaine. S’il est normal que nos services de renseignements et de police puissent travailler pour assurer notre protection, nous ne pouvons comprendre que tout citoyen qui s’engage dans la vie publique, associative, syndicale fasse l’objet d’un fichage, sauf à admettre que tout citoyen est obligatoirement fiché. Je pensais que cela était l’apanage des régimes totalitaires. »
GÉRARD ASCHIERI, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FSU :
« “ Edvige” simple réactualisation de textes déjà existants ? En fait un risque inquiétant d’aggravation des atteintes aux libertés publiques et aux droits individuels. L’engagement militant et l’exercice des droits démocratiques les plus élémentaires peuvent encourir le soupçon de porter atteinte à l’ordre public et ceux qui les exercent sont menacés de voir leur vie privée ou celle de leurs proches enregistrée dans un fichier de police. Comment admettre que ce fichage concerne des enfants dès treize ans, avec des données stockées à vie, et qu’il soit possible de collecter des données comme les origines raciales ou ethniques ou relatives à la santé ou à la vie sexuelle ? Chacun peut imaginer où pourrait nous conduire cette course folle… »
HÉLÈNE FRANCO, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DU SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE :
« Ce fichier tentaculaire est un pas de plus vers une société de surveillance généralisée. Le gouvernement semble trouver cela tout à fait normal, mais il faut savoir que la France fait plutôt figure d’exception, parmi les démocraties du monde, pour avoir une police politique avec autant de moyens. Sur le fond, on aurait pu souhaiter que les progrès technologiques – que nous saluons – s’accompagnent de progrès en matière de droits et de libertés. Avec Edvige, c’est exactement le contraire : les technologies progressent et les droits des citoyens régressent ! Enfin, la question de l’utilisation à terme de ce fichier doit interpeller tout le monde : qu’aurait fait un régime comme celui de Vichy avec un tel outil ? »
JEAN-CLAUDE MAILLY, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE FO :
« Après le logiciel Ardoise, qui avait été finalement retiré par le ministère de l’Intérieur, le gouvernement revient à la charge avec le fichier Edvige. Cette mise en fiches des citoyens qui porte atteinte aux libertés individuelles et collectives est, pour Force ouvrière, totalement inacceptable comme est inacceptable que – fait sans précédent dans notre République – soit 13 ans catalogués comme des délinquants potentiels. Voilà une nouvelle brèche dans le principe républicain de la présomption d’innocence et dans les principes de non-discrimination et de violation de la vie privée. Ce fichier est une forme d’orwellisation de la société que Force ouvrière condamne fermement. C’est pourquoi, outre la saisine du Conseil d’État, la CGT-FO examine ce texte au regard des conventions internationales. »
PASCALE COTON, VICE-PRÉSIDENTE DE LA CFTC :
« En tant que syndicalistes engagés, nous savons tous que nous étions fichés par les renseignements généraux. Mais avec Edvige, la liberté de la personne sera vraiment atteinte. La crainte d’être fiché en cas d’adhésion à un syndicat ne fera pas augmenter les 8% d’adhérents en France. Qui prendra le risque de participer à une manifestation ou d’être membre d’un syndicat sachant que cette information pourra être inscrite sur sa fiche ? Rappelons que la consultation de ce nouveau fichier, au lieu d’être attribuée aux seuls membres des renseignements généraux, sera ouverte à tous les commissariats. Cela tente-til les Français que leur commissariat de police sache à quel syndicat ou à quelle association ils adhèrent ? Non ! »
ANNICK COUPÉ, PORTE-PAROLE NATIONALE – UNION SYNDICALE SOLIDAIRES :
« Edvige vient s’ajouter à la liste déjà longue de plusieurs dizaines de fichiers ciblant telle ou telle population. Mais une nouvelle étape est franchie : celle du soupçon généralisé. Nul besoin d’infraction pour être fiché : il suffit d’être suspect aux yeux de la police ! Tous les syndicalistes seront désormais considérés comme potentiellement porteur de trouble à l’ordre public. Il n’est pas étonnant que ce gouvernement veuille accélérer la surveillance généralisée et notamment de ceux qui ne sont pas résignés à avaler toutes les régressions sociales et la précarisation généralisée. Quand l’État social régresse, l’État pénal avance. »
JEAN-LOUIS BORIE, VICE-PRÉSIDENT DU SYNDICAT DES AVOCATS DE FRANCE :
« C’est le couronnement de la surveillance informatique, qui se manifeste déjà au travers d’autres fichiers pas ou peu contrôlés. C’est aussi un mélange des genres, avec une interconnexion entre le fichier des personnes susceptibles de troubler l’ordre public et le fichier classique des renseignements généraux. Il n’y a pas de limite aux possibilités de collecte d’informations. Potentiellement, c’est la généralisation de la surveillance électronique de toute la population. » AURÉLIE TROUVÉ, COPRÉSIDENTE D’ATTAC : « La DCRI a comme rôle d’identifier les "terroristes" qui mettent en danger la sécurité de l’État, mais aussi de s’informer sur les partis politiques, les associations et les syndicats et sur la vie privée de « personnalités ». Mélanger dans un même service de police, et dans un même fichier, les informations concernant le terrorisme et celles qui intéressent la vie politique est une atteinte supplémentaire à cette vie démocratique. »
PIERRIC ANNOOT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU MOUVEMENT JEUNES COMMUNISTES DE FRANCE :
« Edvige constitue une dérive ultrasécuritaire inacceptable, qui comprend un amalgame entre espionnage, criminalité et activités politiques. L’État sécuritaire s’immisce maintenant jusque dans notre intimité. Rappelonsnous les nombreuses sanctions judiciaires à l’encontre de lycéens lors des derniers mouvements, à qui l’on reprochait le simple fait d’avoir manifesté. Non content de criminaliser l’activité politique et militante, la droite tente maintenant de l’empêcher ! »
PATRICK PELLOUX, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DES MÉDECINS URGENTISTES DE FRANCE :
« On pouvait comprendre que la démocratie se protège, jusqu’à un certain point. Mais Edvige, c’est le contraire d’une surveillance intelligente et républicaine. Ficher un syndicaliste comme moi peut être normal. En revanche, qu’on s’inquiète de ma vie sexuelle, familiale, de mes amitiés, non ! Autre problème : qui fiche ? C’est un métier de ficher. Là, n’importe qui peut le faire, avec les dérapages qu’on imagine. C’est une dérive véritablement scandaleuse. »
MOULOUD AOUNIT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU MRAP :
« On est, une fois de plus et une fois de trop, dans une obsession maladive sécuritaire. Ce fichier représente une atteinte sans précédent aux libertés individuelles. Si ce projet passe, cela ouvre une brèche dans la mise en place d’une sorte de présomption de la culpabilité généralisée. En même temps, on est dans l’instauration de critères discriminatoires que notre République réfute. Il y a une urgence absolue à s’y opposer. Il faut casser cette dynamique de fichage généralisé. »
JEAN-MARIE BARBIER, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DES PARALYSÉS DE FRANCE :
« Avec Edvige, toute personne qui descend dans la rue est de fait accusée de troubler l’ordre public. Ce n’est pas acceptable. D’autant que ce fichier intègre des éléments relatifs à la santé. Vous imaginez ce que cela peut vouloir dire pour des personnes en situation de handicap, les nouvelles barrières que cela peut constituer pour elles. Pour couronner le tout, les conditions d’accès à ce fichier sont beaucoup moins sécurisées qu’auparavant. »
JOSÉ BOVÉ, MILITANT ALTERMONDIALISTE :
« Une société policière s’installe dans le pays. Avec comme volonté de systématiser le fichage des militants et des personnes jusqu’à l’âge de 13 ans. Toutes les personnes qui s’engagent, à quelque niveau que ce soit, politique, associatif ou syndical, et jusque dans les lycées et collèges, sont visées. C’est une volonté totalitaire de mettre tout le monde en fiches et de rentrer dans la vie privée des personnes pour exercer sur elles des pressions éventuelles. On ne peut pas séparer le fichier Edvige des autres fichiers qui se répandent, comme le fichier ADN, et du développement de la vidéosurveillance. Nous entrons dans une société où chacun vit sous l’oeil de big brother. »
JEAN-PIERRE DUBOIS, PRÉSIDENT DE LA LIGUE DES DROITS DE L’HOMME :
« Les fichiers des renseignements généraux existaient auparavant. Mais là, on atteint un degré de technologie extrêmement dangereux. Outre les données collectées, ce fichier effectue un incroyable mélange entre des personnes que la police soupçonne d’être des délinquants et… des citoyens actifs, engagés ! Veut-on dire, par là, que tout militant est un délinquant potentiel ? Autre point scandaleux : le gouvernement a publié ce décret pendant les vacances, sans saisir le Parlement. Comment une telle mesure peut-elle être adoptée sans débat ? »
PIERRE HENRY, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE FRANCE TERRE D’ASILE
« Quand la maîtrise de la technologie s’allie à l’absence d’éthique et à la volonté de contrôle, il y a une possibilité de dérives vers une société de surveillance totale. Le fichier Edvige est un projet global de société qui altère les droits des individus et nourrit les lobbies industriels en leur donnant une place prioritaire. »
RICHARD MOYON, MILITANT DU RÉSEAU ÉDUCATION SANS FRONTIÈRES :
« En rassemblant le maximum d’informations sur le maximum de gens, ce fichier désigne clairement l’ennemi : le militant, voire le militant potentiel. C’est l’oeuvre d’une droite policière décomplexée. Cela s’inscrit dans un contexte de fichage généralisé, de poursuites des militants, notamment les soutiens des sans-papiers. On parle de Sarkozy “ l’Américain ” ; c’est tout à fait ça, mais tendance Guantanamo ! »
EMMANUEL BLANC, PRÉSIDENT DE GAY’LIB, MOUVEMENT ASSOCIÉ À L’UMP :
« Nous comprenons la nécessité d’établir des fichiers pour des raisons d’“ordre public”, mais nous ne voyons pas en quoi les critères retenus ici permettraient en quoi que ce soit d’améliorer la sécurité. En quoi l’orientation sexuelle ou l’état de santé d’un individu peuvent-elles être utiles à « l’information du gouvernement ou à la prévention des troubles à l’ordre public ? »
ÉLISABETH ROUDINESCO, PSYCHANALYSTE, HISTORIENNE DE LA PSYCHANALYSE :
« Avec Edvige, il ne s’agit pas de lutter contre le terrorisme, il s’agit de mettre chaque citoyen sous surveillance. Au nom d’une idéologie obsessionnelle de la statistique et de l’évaluation, on décide de prélever l’ADN des étrangers ou on prétend prévoir par avance qui sera suicidaire, qui va devenir dangereux pour lui-même ou pour les autres : ça n’est pas faire de la prévention, c’est bâtir une société de surveillance dans laquelle il n’y a pas de place pour le sujet libre et responsable
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