Sarkozy, la passion du renseignement
L’emprise de l’Élysée sur ce secteur sensible est de plus en plus forte.
Vous connaissez Bernard Bajolet ? Vous, non. Mais lui vous connaît peut-être. Depuis le mois d’août, ce diplomate, ancien ambassadeur de France en Irak et en Algérie, est le premier « coordonnateur du renseignement » français. Un nouveau poste créé tout spécialement par Nicolas Sarkozy. Bernard Bajolet, cinquante-neuf ans, sera le « point d’entrée » auprès du président de la République des différents services de renseignement relevant des ministères de l’Intérieur, de la Défense, de l’Économie et du Budget. « Vous coordonnerez et orienterez l’action… Vous leur transmettrez mes directives », précise la lettre de mission que lui a remise Nicolas Sarkozy. Cette nomination n’a rien d’anodin. Elle témoigne de la nouvelle emprise directe de l’Élysée sur le renseignement. Jusqu’ici, ce secteur « sensible » dépendait traditionnellement du premier ministre. Mais dans la même lettre de mission, le chef du gouvernement n’est mentionné qu’au septième paragraphe, dans le cadre d’une « étroite » coopération - seulement. En revanche, c’est bien Nicolas Sarkozy, déjà chef des armées, qui devient le grand ordonnateur du renseignement français. Prochainement, le comité interministériel du renseignement (CIR) devrait d’ailleurs être remplacé par un Conseil national du renseignement (CNR). Conseil qui, bien entendu, sera présidé par… le chef de l’État.
Cette centralisation du pouvoir est inédite sous la Ve République. Et révèle la passion constante du chef de l’État pour le renseignement. En octobre 2002, il est à peine nommé au ministère de l’Intérieur, et l’une de ses premières décisions, sous couvert de « transparence », fut de supprimer les « notes blanches » des renseignements généraux, ces petites notes sans en-tête ni signatures. Les notes ne sont plus « blanches ». Mais n’ont jamais été aussi nombreuses…
L. M.
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