L’Humanité des débats
L’Union européenne peut-elle se passer de la Russie ? Entretiens croisés
avec : Thomas Gomart, directeur du Centre Russie-Nouveaux États Indépendants (NEI) de l’Institut français de recherches internationales (IFRI), enseignant à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1). Pierre Moscovici, député, responsable des questions internationales au Parti socialiste.Jacques Sapir, économiste spécialiste de la Russie, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) (2). Francis Wurtz, député européen, président du groupe Gauche unie européenne-Gauche verte nordique (GUE-GVN).
Dans le contexte de la crise autour de la Géorgie, l’Union européenne vous paraît-elle défendre le droit
international ?
Jacques Sapir. Le respect du droit international aurait dû impliquer normalement une condamnation explicite par l’UE du fait que
les troupes géorgiennes ont ouvert le feu délibérément sur des forces d’interposition présentes avec un mandat de l’ONU, ainsi qu’une condamnation du bombardement délibéré d’une population
civile lors de l’attaque sur Tskhinvali. Faute d’une position ferme sur ce point, et de la demande au gouvernement géorgien de permettre une enquête sur les crimes de guerre commis dans la nuit
du 7 au 8 août lors de ce bombardement, la légitimité de l’Union européenne en matière de droit international paraît bien faible. La présence de militaires appartenant à un pays de l’OTAN (les
États-Unis) au sein des unités géorgiennes qui ont ouvert le feu sur les populations civiles ossètes et les troupes russes, aurait aussi mérité une déclaration de la part de l’Union européenne
si le respect du droit international avait bien été le souci principal de cette institution.
Pierre Moscovici. C’est une crise complexe. Incontestablement, le président géorgien a commis plus qu’une maladresse. Mais la riposte russe a été plus que disproportionnée. Il y a dans cette affaire, de la part de la Russie, des violations du droit international très préoccupantes : agression d’un État souverain, annexion de deux provinces, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, qui ne peuvent pas être raisonnablement considérées comme des États. Et Nicolas Sarkozy, qui préside actuellement l’Union européenne, a fait preuve, dans un premier temps, de complaisance vis-à-vis de la Russie. Aujourd’hui, après le Conseil européen du 1er septembre, la position de l’UE me paraît plus équilibrée. Sans rompre le dialogue, option qu’elle ne peut de toute façon se permettre, l’UE a adopté une certaine fermeté. Sa décision de reporter les discussions pour un partenariat renforcé me semble une réponse adaptée.
Francis Wurtz. La résolution qui a été votée mardi dernier à une très large majorité au Parlement européen était totalement unilatérale, sans un mot de condamnation de l’attaque géorgienne. Le Parlement européen rappelle même la perspective d’adhésion de la Géorgie à l’OTAN. Il évoque la possibilité de boycotter les jeux Olympiques de Sotchi, etc. En comparaison, la déclaration du sommet européen est meilleure que ce qu’on pouvait craindre. Le Conseil a su résister aux pressions des « jusqu’au-boutistes », qui voulaient une condamnation unilatérale et des sanctions contre la Russie. En revanche, ce qui est regrettable, c’est que le Conseil européen n’a pas fait ressortir toutes les formes d’irresponsabilité politique dans la région. Évidemment qu’il fallait condamner le caractère « disproportionné » de la riposte russe, l’occupation prolongée de certains secteurs stratégiques du territoire géorgien, ainsi que la reconnaissance unilatérale des deux régions séparatistes. Mais il est indispensable de mesurer l’impact extrêmement négatif de la stratégie occidentale de confrontation dans la région au cours des dernières années. Je pense évidemment à l’attitude des États-Unis, mais aussi au suivisme de l’Union européenne : stratégie d’élargissement de l’OTAN jusqu’aux portes de la Russie, l’installation du bouclier antimissile, sans oublier l’effet désastreux qu’a eu le bombardement de la Serbie en 1999 par l’OTAN ; et, d’autre part, la reconnaissance unilatérale en 2007 de l’indépendance unilatéralement proclamée du Kosovo.
Thomas Gomart. L’Union européenne est parvenue à obtenir un cessez-le-feu, ce n’est pas rien ! Au niveau du droit
international, la Russie déploie un argumentaire qui consiste à dire aux Occidentaux : vous utilisez le droit international quand cela vous est utile ; vous avez frappé la Serbie en
1999 sans mandat de l’ONU et en 2007 vous avez reconnu unilatéralement l’indépendance du Kosovo… Cet argumentaire est en partie recevable. Mais je crois qu’il y a deux grandes différences par
rapport à ces deux situations. La première, c’est que l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie a été l’aboutissement d’un processus de présence militaire pour tenter de désarmer les
protagonistes, de les séparer, etc. L’usage de la force n’a eu lieu qu’au terme de ce processus. La deuxième différence, c’est que l’indépendance du Kosovo a été présentée par l’UE comme l’une
des conditions majeures pour une intégration éventuelle de la Serbie dans l’Union. Dans le cas de la Géorgie et plus généralement dans son voisinage, la Russie n’a tout simplement rien à
proposer, si ce n’est du bilatéralisme.
Diriez-vous que la crise actuelle constitue une nouvelle illustration de la puissance russe, ou plutôt qu’elle révèle l’impuissance de la
diplomatie de l’Union européenne ?
Jacques Sapir. Si la Russie avait été la puissance que l’on décrit parfois, il est douteux que les autorités géorgiennes eussent
tenté cette attaque. La crise actuelle traduit plus une croyance en la faiblesse de la Russie, ainsi qu’une surestimation de la part des Géorgiens de leurs forces ainsi que du soutien qu’ils
pouvaient espérer de la part des États-Unis. Le fait est que l’attaque géorgienne a eu lieu quelques jours après les manoeuvres conjointes « Instant Response 2008 » entre forces
géorgiennes et américaines, et la déclaration du président Saakachvili affirmant que les forces armées géorgiennes étaient les meilleures du Caucase.
Pierre Moscovici. On sait que l’Union européenne est divisée en deux grands groupes : l’un, incluant plus ou moins la France, se veut conciliant avec Moscou ; l’autre, dans lequel on trouve notamment la Pologne mais aussi la Grande-Bretagne de Gordon Brown, défend une attitude beaucoup plus agressive. Le premier ministre britannique a même évoqué l’idée que l’adhésion de la Russie au G8 soit suspendue. Mais cette division européenne est moins forte qu’en 2003, lors du déclenchement de la guerre en Irak. Pour prendre un exemple frappant, on constate que Silvio Berlusconi n’est pas aujourd’hui, au sujet de la Russie, dans la logique d’alignement sur Washington qui était la sienne en 2003. Au final, je trouve que l’Union européenne se trouve actuellement dans une situation d’équilibre. Mais il ne faut pas s’arrêter là ! Si la Russie persiste dans son attitude, il faudra envisager des réactions plus importantes. En même temps, l’Union européenne n’est pas Zorro. Il ne faut pas entrer dans une logique de guerre froide avec la Russie ou se placer dans le sillage de la politique américaine. L’UE doit se positionner avec ses propres valeurs, des valeurs de paix, de démocratie, de respect de l’intégrité territoriale et d’attachement au multilatéralisme.
Francis Wurtz. Le plan en six points défendu par la présidence française de l’Union européenne n’était pas parfait, mais il était réaliste. Il a eu des effets positifs : le cessez-le-feu, un retrait de l’essentiel des troupes et l’acheminement de l’aide humanitaire. Cependant, ne perdons pas de vue le hasard de calendrier, qui a facilité les choses : que se serait-il passé si la crise avait été déclenchée quelques mois plus tôt, en pleine présidence Slovène ? La diplomatie européenne reste à construire. Quand au fond, j’insiste sur ce point : l’ensemble de la stratégie européenne dans la région est en cause. C’est de là qu’il faut partir pour définir une diplomatie européenne solide et indépendante.
Thomas Gomart. Ce qui compte en diplomatie, ce sont les signaux, et les moments auxquels on les envoie. Le fait qu’il y ait eu ce
Conseil européen extraordinaire, le premier depuis la guerre d’Irak, illustre bien la gravité de la situation. Il traduit un resserrement des positions européennes, précisément du fait du
comportement de la Russie. Des pays comme la France ou l’Allemagne sont maintenant sur une ligne beaucoup plus dure. À l’inverse, des pays nouveaux membres de l’UE, qui étaient dans une
opposition presque idéologique à la Russie, sont aussi devenus plus réalistes en raison de la paralysie des États-Unis. Concernant la décision du Conseil de reporter la négociation d’un
partenariat renforcé, cela a valeur d’affichage, dans la mesure où le mandat délivré à la Commission a déjà fait l’objet d’un veto polonais pendant près de deux ans, sans que cela n’empêche
l’intensification des échanges commerciaux des deux parties.
L’interdépendance énergétique entre la Russie et l’Union européenne comporte-t-elle des failles ?
Thomas Gomart. L’UE est le premier partenaire commercial de la
Russie. Autrement dit, l’économie russe dépend en très grande partie du marché européen. En revanche, la Russie ne représente qu’environ 8 % du commerce extérieur de l’UE. Donc, on a une
première asymétrie à ce niveau. On en a ensuite une deuxième, qui concerne la nature des biens échangés : exportations énergétiques pour la Russie, exportations de biens de consommation et
de services côté européen. Cette double asymétrie donne une situation qui est, elle aussi, paradoxale. D’un côté, nous avons une très forte intensification de ces liens (le commerce entre les
deux parties avoisine maintenant 230 milliards d’euros annuels) ; de l’autre, un déficit pour l’UE, en raison précisément de la très forte tension sur les prix énergétiques. Je crois que
le vrai mot est bien celui d’interdépendance. Les deux parties ne peuvent pas se permettre de rompre les échanges, ni de les dégrader trop sévèrement.
Jacques Sapir. Il est clair que l’UE est à la fois le principal client et le principal fournisseur de la Russie. Cependant, dans un monde où les hydrocarbures deviennent rares, il y aura d’autres clients potentiels pour la Russie. Par ailleurs, l’UE va connaître plusieurs années de faible croissance alors que le marché russe est en pleine expansion. En fait, la croissance russe se fait d’ores et déjà sentir au sein de l’UE et elle contribue à la bonne santé économique de plusieurs pays. Parce qu’elle a été incapable de donner un véritable contenu à la notion de partenariat, parce que les directives européennes imbues de libéralisme rendent impossible une véritable politique industrielle, l’UE n’a rien à proposer de concret à la Russie aujourd’hui, qui, elle, cherche à reconstruire son industrie et qui mènera ce projet à terme, que cela plaise où non aux sectateurs du libéralisme à Bruxelles. Aujourd’hui, on doit bien constater que l’interdépendance entre l’UE et la Russie évolue de manière asymétrique au profit des Russes dans la mesure où les économies de l’UE ne sont plus les seuls partenaires possibles. Mais la faute en incombe à Bruxelles et non à Moscou… Fondamentalement, il convient de sortir du paradigme où l’on cantonnait la Russie au rôle de producteur de matières premières au profit de l’UE.
Pierre Moscovici. Les positions diplomatiques de l’UE et de la France en particulier ne peuvent être fonction des moyens de pression économique à disposition. Ceci étant dit, la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie est variable selon les pays. Pour la France, par exemple, le gaz russe ne représente que 21 % de la consommation. Par ailleurs, il faut être conscient que côté russe, même s’il y a des déclarations bravaches, la réalité est plus complexe. La Russie, avec une économie à ce point liée aux hydrocarbures, perdrait beaucoup si les États européens mettaient en place des stratégies pour s’en détourner au plan commercial. Donc, ne cédons pas au chantage.
Francis Wurtz. L’interdépendance est évidente. Mais elle ne conduit pas de façon mécanique à telle ou telle attitude
politique. Par exemple, l’Allemagne, qui dépend à 40 % des hydrocarbures russe, s est plutôt favorable à une relat ion positive avec la Russie, alors que les pays baltes, dont la
quasi-totalité des besoins est assurée par les importations de Russie, sont plutôt favorables à une politique de confrontation absolue. Par ailleurs, ce n’est pas parce que nous sommes
interdépendants que nous sommes à l’abri des conséquences négatives d’une politique irresponsable. Nous sommes dans un monde très ouvert, dans lequel l’Europe doit abandonner toute espèce de
complexe de supériorité du genre : « Les Russes ont besoin de nos capitaux. » Les investisseurs en Russie peuvent venir d’ailleurs que de l’UE… Tout cela me conduit à prêcher en
faveur d’une relation de coopération mutuellement respectueuse, prenant en compte les intérêts légitimes des uns et des autres. Cela n’exclut nullement de condamner en toute clarté ce qui est,
à nos yeux, inacceptable. Mais il vaut mieux prévenir les crises que risquer de les attiser.
Existe-t-il aujourd’hui des coopérations russo-européennes, qui mériteraient d’être approfondies dans l’optique de relations
pacifiées ?
Francis Wurtz. Le 5 juin dernier, le président Medvedev a lui-même proposé à l’UE d’ouvrir des négociations pour conclure un
traité paneuropéen de sécurité et de coopération intégrant toutes les questions en suspens, questions de sécurité, de frontières, de désarmement des « conflits gelés » comme en
Ossétie du Sud… Et y compris la question de la garantie de l’approvisionnement énergétique. La seule réaction a été une réaction orale, de la France et de l’Allemagne, reconnaissant l’intérêt
de la proposition mais sans donner la moindre suite. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a quasiment écarté le sujet d’un revers de manche. Vraisemblablement, les
États-Unis n’étaient pas très favorables à cette idée, dont la concrétisation conduirait nécessairement à minorer le rôle de l’OTAN. Mais, justement, notre point de vue ne doit pas être
construit à partir des intérêts de l’administration Bush, mais exclusivement à partir de nos intérêts européens communs bien compris.
Jacques Sapir. Il y a de très nombreux domaines où des coopérations seraient non seulement possibles mais nécessaires. Dans le domaine économique, la mise en place d’un programme industriel d’efficacité énergétique en Russie, le développement de l’industrie aérospatiale et des biotechnologies, points sur lesquels l’industrie russe a de fortes compétences, sont des exemples. Politiquement, devant la faillite de la stratégie américaine de stabilisation de l’Afghanistan, nous devrions discuter d’une initiative commune avec la Russie et nous appuyer sur ce pays pour entamer un dialogue avec l’Organisation de sécurité de Shanghai dont le rôle est essentiel pour la stabilité de l’Eurasie.
Pierre Moscovici. Sur le long terme, compte tenu des données énergétiques, mais aussi de la donne géostratégique, nous avons besoin de relations positives avec la Russie. Il y a actuellement toute une série de domaines dans lesquels de solides rapports ont été noués. Il existe notamment une stratégie européenne de sécurité, qui reconnaît en la Russie un élément de la prospérité et de la sécurité de l’Union européenne. Et l’Accord de partenariat commercial (ACP), entré en vigueur en 1997, reste valable. La Russie ne peut pas être membre de l’Union européenne, mais on peut envisager d’aller vers un marché ouvert et intégré, un marché commun. Nous devons aussi travailler avec les Russes dans les domaines de la libre circulation des personnes, de la lutte contre le terrorisme et contre le crime organisé. Un espace de recherche, d’éducation et de culture est également à cultiver. Bref, il nous faut un cadre complet pour articuler toutes ces relations, c’est le but du projet de partenariat renforcé, qu’il ne faut pas enterrer, même s’il doit aujourd’hui être interrompu.
Thomas Gomart. L’erreur de l’UE, c’est de ne pas avoir anticipé le retour de la Russie comme puissance classique. Il faut déjà
prendre conscience de cela avant d’envisager des coopérations équilibrées. Tout le discours européen sur le voisinage, bâti sur une vision de la Russie comme pays à assister puis comme
superpuissance énergétique, traduit un vrai déficit d’analyse politique. Ceci étant dit, il faut également prendre en compte la crise économique mondiale. Si l’économie russe a un taux de
croissance florissant, elle reste vulnérable, notamment par son manque de diversification. Avec les événements de cet été, l’idée selon laquelle la Russie pourrait constituer un moteur pour la
croissance européenne dans un climat d’atonie générale peut être contrariée. Par ailleurs, des coopérations durables et équilibrées, gages de stabilité, supposent que l’Union européenne se
structure. Or c’est encore un prototype politique, qui se retrouve face à une puissance classique, laquelle, à certains égards, notamment dans son mode d’utilisation des ressources dans un sens
national et sa conception du recours à la force, se compare aux États-Unis.
L’Union européenne devrait-elle, selon vous, renforcer sa politique de voisinage en direction de l’Est ? Selon quelles
modalités ?
Pierre Moscovici. Je n’ai pas là-dessus de sentiment définitif.
S’agit-il d’une politique permettant d’étendre les mécanismes du marché à l’égard de nos voisins, ce qui semble être l’ambition de Nicolas Sarkozy ? Ou bien faut-il l’appréhender comme un
préalable à l’élargissement, un pas vers l’élargissement ? On pense alors aux pays du Caucase, mais aussi à l’Ukraine. Cette perspective est-elle crédible, et souhaitable ? Concernant
la Géorgie, un renforcement de ses liens avec l’Union européenne serait un geste appréciable. Il faut aider ce pays, l’aider à retrouver une meilleure gouvernance. Personne ne peut dire que le
président géorgien se soit comporté de façon inspirée. La politique de voisinage peut être une piste.
Francis Wurtz. Il faut savoir ce qu’on entend par politique de voisinage. Ce doit être une politique de paix, de coopération, de développement, fondé sur l’esprit de responsabilité, et non la provocation. Une telle politique de voisinage avec la Géorgie, j’y suis favorable, mais il ne faut pas céder à cet empoisonnement de l’atmosphère que suscitent certains régimes des nouveaux pays membres. Il ne faut pas se laisser entraîner dans une voie qui peut être dangereuse et qui est de toute façon sans aucun rapport avec les intérêts à long terme de l’Europe.
Thomas Gomart. Dans la guerre de Géorgie, les responsabilités sont partagées entre les Géorgiens, les Russes, les Américains et les Européens. Et pour ces derniers, je pense qu’une part de leurs responsabilités est d’avoir, avec la politique européenne de voisinage, toujours éludé la question de l’adhésion. Sommes-nous capables de dire un vrai « oui » ou un vrai « non » à ces pays ? Si les Européens peinent à répondre, c’est aussi parce qu’ils ont toujours pensé la politique européenne de sécurité commune (PESC) dans un cadre transatlantique, dépassant leurs responsabilités de sécurité.
Jacques Sapir. Compte tenu de la paralysie actuelle de l’UE, de nouveaux élargissements ne sont pas souhaitables. En
fait, on attend un bilan objectif de la politique d’élargissement qui est une des raisons de la crise actuelle de l’UE. Ce qui est non seulement souhaitable, mais en réalité nécessaire, compte
tenu du rôle économique que la Russie va jouer en Europe dans les prochaines années, c’est l’élaboration d’une véritable stratégie commune avec ce pays que ce soit dans la construction de
véritables politiques industrielles, dans la politique monétaire car la Russie détient une masse considérable de réserves de change et de capitaux, et dans les politiques de valorisation de la
recherche. Au-delà de la crise géorgienne, la véritable question est de savoir s’il y a encore une volonté pour construire des stratégies économiques au sein de l’UE. Le bilan de ces dernières
années est ici très négatif. L’UE est plus un frein qu’un instrument pour la mise en place de véritables perspectives stratégiques. Peut-être le temps est-il venu de réexaminer sans tabou le
bilan réel de l’Union européenne et de se demander si cette institution n’est pas devenue un obstacle à une véritable intégration européenne qui ne saurait exclure la
Russie.
(1) Dernier ouvrage : Russian Civil-Military Relations : Putin’s Legacy, Washington, Carnegie, 2008.
(2) Le Nouveau XXIe siècle - Du siècle « américain » au retour des nations.
Éditions Seuil (2008), 255 pages, 19 euros.
Entretiens réalisés par Laurent Etre
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