L’Humanité des débats
L’Union européenne peut-elle se passer de la Russie ?
Rappel des faits La crise autour de la Géorgie témoigne de l’urgence d’une diplomatie européenne unie et indépendante des États-Unis vis-à-vis de la Russie.
Le 7 août, la Géorgie, fidèle alliée de Washington dans la région du Caucase, lance ses troupes contre la région séparatiste
d’Ossétie du Sud, soutenue par Moscou. Très rapidement, certains évoquent des relents de « guerre froide ». Il est vrai que la Russie riposte de façon disproportionnée.
Sous prétexte de défendre la stabilité régionale, elle maintient son armée en territoire géorgien, en contradiction avec l’accord de cessez-le-feu qu’elle a pourtant signé le 16 août, à
l’invitation pressante de l’Union européenne et de son actuel président, Nicolas Sarkozy. Elle n’hésite pas non plus à reconnaître unilatéralement l’indépendance des deux régions séparatistes,
l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Ces démonstrations de puissance, en tant que telles, ne peuvent qu’être réprouvées. « Tant que le retrait des troupes russes dans les positions antérieures
au conflit n’aura pas été réalisé, les négociations en vue du partenariat sont reportées », a donc déclaré lundi dernier le président français, à l’issue du sommet exceptionnel de l’Union
européenne.
Cependant, la Russie peut très bien s’accommoder d’un statu quo quant à ce fameux partenariat, qui n’est autre qu’un projet de zone de libre-échange. Principal fournisseur énergétique de l’UE,
elle est déjà en contrat avec Gaz de France, l’italien ENI, l’allemand E-on, et entend bien profiter au maximum de
la libéralisation en cours des marchés de l’énergie dans l’Union européenne. Le libre-échange, qui n’a jamais été autre chose que la loi du plus fort en économie, est donc déjà bien installé
dans les rapports UE-Russie.
En fait de « guerre froide », c’est au retour de la Russie dans les affaires du monde que l’on assiste. Et ce retour rend caducs les schémas post-guerre froide, la volonté d’un monde
unipolaire, qui ont présidé dans les années 1990 aux relations avec une Russie alors affaiblie. La diplomatie européenne doit compter avec la Russie. Et sa capacité à promouvoir concrètement et durablement la paix dépend pour beaucoup du modèle économique auquel on choisit de
l’articuler.
Laurent Etre
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