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« Tiens, voilà du Darcos »


vendredi 5 septembre 2008 / "le Patriote"


Alors que l’école devrait être le creuset de l’épanouissement de tous les enfants, et de la formation de chaque jeune, cette rentrée scolaire est marquée par les anxiétés que génère un système scolaire sous le feu du libéralisme économique.

« Concurrence » entre établissement dans le contexte d’une carte scolaire supprimée et « concurrence » entre les enfants pour la notation et une sorte de « lutte des places ». Individualisation des responsabilités, y compris dans l’échec scolaire, au mépris de ce qui fait problème et « système » dans le parcours éducatif et la reproduction des inégalités sociales. Paupérisation de l’école soumise aux fourches caudines de la RGPP et de ses suppressions de postes. Enfin volonté, de la maternelle à l’Université de reconfigurer le système éducatif, en fonction des besoins, actuels et contradictoires, du capitalisme d’aujourd’hui.

Le « sarkozysme » idéologique dont le ministre Darcos est un héraut, habille l’école des marchands de mots d’ordre qui ne mangent pas de pain ainsi : « l’école nouvelle génération ». Elle manie une démagogie en direction des parents, sur le nombre d’heures de cours par exemple, et un populisme de bon aloi contre les « pédagogistes ». Vis à vis des enseignants un mélange de « carottes » ( primes et heures supplémentaires) et de « bâtons », obligation de se déclarer individuellement 48h à l’avance pour faire grève et détérioration des conditions de travail.


Primaire : la pire des réformes


Que ce soit par suppression du samedi matin, ou réduction du nombre de jours de cours, tous les enfants passent donc à la semaine de 4 jours. Ils auront donc 840 heures de classe contre 918 l’année dernière. Certes chacun et chacune peut avoir sa préférence concernant le samedi matin. On peut comprendre le souhait de familles, notamment recomposées, de disposer d’un week-end plein. Mais cette réforme se fait en conservant la plus longue journée d’école d’Europe et le nombre de jours de classe le plus faible : 140. S’ajoute à cette journée, transport et devoirs. Pire, comme il est prévu « deux heures de soutien » pour 15% des élèves, sans réels moyens (1)cette journée risque d’être encore plus longue pour les élèves en « soutien ». Alors qu’ils présentent souvent des difficultés plus grandes de concentration. Tous les chronobiologistes le disent, en CM1, la durée de concentration d’un enfant ne peut dépasser 5h. En gardant la journée d’école la plus longue, cet « enseigner moins pour apprendre mieux » est la pire des impostures : une imposture contre les enfants eux mêmes.


L’inégalité sanctuarisée


Seront d’abord victimes les enfants dont les conditions sociales et culturelles sont les plus fragiles. A cela s’ajoutent d’autres éléments, notamment sur les nouveaux programmes sur lesquels les enseignants alertent à juste titre. Et aussi des inégalités moins connues : par exemple des écarts moyens allant de 1 à 10 entre les communes pour le budget « livres et fournitures scolaires » par élève.

Sous le vocabulaire de « à chacun sa réussite », l’Etat accélère à nouveau la différenciation entre les publics, en rejetant de façon accrue la responsabilité d’un échec sur « l’individu » enfant et sa famille. Il faudra d’ailleurs regarder de très près, à tous les niveaux de l’enseignement, le fonctionnement des dispositifs de « soutiens individualisés ». Comme si « l’échec scolaire » n’était qu’un problème d’absence de réussite individuelle et non pas un problème de « système ». S’attaquer à l’échec scolaire, ce sont des classes dédoublées par exemple, et une conception de la pédagogie d’ensemble conçue pour que, l’enfant puis le jeune, se mette en situation d’un travail d’apprendre, de maîtriser des connaissances et des pratiques. La pédagogie, si décriée par le ministre, a d’ailleurs élucidé « qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent » (2). Mais cela Darcos s’en fout !


Réforme des lycées


L’enseignement secondaire a supporté le principal des suppressions de postes depuis deux ans. Collèges et lycées ont connu des coupes sombres, en personnels enseignants et aussi en personnels de Vie Scolaire, documentalistes, conseillers d’orientation, etc…. A nouveau plus de 13.000 emplois seraient supprimés en 2009, après 11.000 en 2008 [dont un total sur les deux ans de plus de 13.000 postes en lycées et collèges]

Il en résulte à la fois suppressions d’options, classes chargées et multiplications des heures supplémentaires pour les enseignants restants. Dans la foulée des discours de Sarkozy en avril, le ministre Darcos met en chantier une « réforme des lycées » avec la volonté de vouloir aboutir dès la rentrée 2009. [ce qui pour concevoir une nouvelle architecture des lycées, refondre les programmes de seconde, faire les formations des enseignants à cette nouvelle donne et produire les nouveaux livres et outils pédagogiques en temps et en heure, est une « cagade » assurée]. Pourquoi tant de précipitation et s’agit il principalement de permettre aux lycéens et aux enseignants de travailler mieux ? Au delà des considérations très vagues, et toujours nourries de bonnes intentions, on peut en douter.


Un enjeu budgétaire direct


Avec les suppressions de postes de cette année on est un peu « au bout » de ce qu’on peut supprimer à structure scolaire inchangée au niveau des enseignements obligatoires. En avril dans une intervention télévisée Sarkozy avait dit lui même qu’il réformerait le lycée « pour pouvoir supprimer des postes ». Et, une agence de presse AEF, citée par Le Figaro du 26 août indique que « la réforme des lycées permettraient d’économiser de 16000 à 17000 postes sur trois ans ».

L’argument « massue » étant cette ânerie répétée en boucle par le tandem Sarkozy-Darcos « les lycéens français feraient 36 heures de cours par semaine ». Une étude publiée par la revue de la FSU, « Pour », à l’automne 2007 montrait que les horaires réels sont de l’ordre de 29h dans les séries générales, et 34h pour les seules séries technologiques, horaire du au nombre d’heures de travaux pratiques ou d’atelier. ( mais il y a alors nettement moins de travail hors classe).

Ce même numéro de la revue « Pour » révélait qu’un audit du ministère du budget proposait de plafonner à 900-950 par an le nombre d’heures de cours dans les filières générales (contre une moyenne de 1050 environ à l’heure actuelle, sans les enseignements optionnels). A ce compte là, les suppressions de poste peuvent effectivement se multiplier et se ramasser, comme les feuilles mortes, à la pelle.

Il y a bien des choses à changer au lycée pour répondre aux défis d’aujourd’hui, mais cette optique budgétaire est mortifère, surtout quand on sait que « le temps est la ressource essentielle pour apprendre »(3)


La démographie


Du Ministre jusqu’au Recteur de l’Académie de Nice, on cherche à justifier les suppressions de poste par la démographie. Selon le Recteur 323.031 élèves auront fait leur rentrée mardi 2 septembre dans les écoles, lycées et collèges de l’Académie soit « 1842 de moins », dit il, que l’an dernier, « correspondant aux suppressions de postes intervenus ». Or répartis dans l’ensemble des classes des établissements de l’Académie, ces 1842 élèves de moins, représente une diminution infime par classe. Alors même que l’Académie de Nice est dernière en France pour le taux d’encadrement en lycée par exemple. Bref rien qui ne puisse justifier la disparition de 185 emplois (et de près de 400 postes en moins dans les faits ) dans les lycées et collèges de l’Académie. D’autant qu’il semble que, dès cette année, les effectifs en lycée repartent à la hausse.

Mais plus profondément, l’Insee comme l’Ined s’accordent pour dire qu’après quelques années de tassement, les effectifs scolarisés vont repartir à la hausse en France. Ceci du fait du rythme des naissances soutenu depuis 1999-2000. Le nombre moyen d’enfants par femme ayant atteint à nouveau en 2007 le nombre de 2.

Or plutôt que de mettre à profit la pause des effectifs scolaires pour repenser la scolarité permettant de faire qu’une « massification des effectifs » gagne le pari de devenir une véritable « démocratisation de la réussite pour tous », le pouvoir aura fait l’inverse : s’acharner à détruire des postes. ( près de 100.000 adultes en moins dans les établissements scolaires depuis 2002 !).

C’est grave pour la destruction de savoirs et de compétences humaines. C’est grave pour de jeunes étudiants qui n’auront plus trouver les postes au concours pour un débouché professionnel. C’est grave pour la faiblesse dans laquelle cela place le pays pour faire face au nouveau tournant démographique.

On a souvent dit des enseignants, qu’ils avaient été les « hussards de la République ». En tout les cas rien ne les porte en cette rentrée à être les « légionnaires de Darcos ». Au contraire c’est ensemble avec les parents d’élèves, les jeunes, les étudiants, les élus locaux, qu’il faut construire les mobilisations, les actions et les propositions pour relever le défi d’une école de la réussite pour tous. Jean Paul Duparc

(1) « Qu’ils se débrouillent » dit élégamment Darcos aux enseignants et aux collectivités locales. (2) Philippe Mérieux (3) Bruno Suchaut (CNRS)

http://www.le-patriote.info/spip.php?article1807

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Tag(s) : #Education
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