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Politique - Article paru le 29 août 2008 dans l'Humanité

Editorial par Maurice Ulrich

Tabou

Il y avait hier dans les commentaires concernant le RSA comme une crainte mêlée à la trouble jouissance de la transgression d’un tabou majeur. La droite sarkozyste veut taxer le capital ! À tel point que la gauche, prise de vitesse, ne saurait plus à quel saint Marx se vouer… Elle en rêvait, Sarkozy le fait, et l’un des fidèles du chef de l’État, Christian Estrosi, en enfourchait tout aussitôt son destrier de défenseur des justes causes : « Une fois de plus, le président de la République n’hésite pas à prendre les mesures courageuses qui s’imposent, sans tenir compte des vieux clivages idéologiques qui ont trop longtemps paralysé ce pays… »

À l’inverse, d’autres s’insurgent. La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, jusque-là favorable au RSA - ce qui se comprend dès lors qu’il ne coûterait rien du tout aux employeurs -, rejetait dès son annonce cette taxation qui va pénaliser les entreprises, donc l’emploi, donc la croissance et donc, in fine, le pouvoir d’achat… Beau numéro de contorsionniste. Sachant qu’elle est tout autant hostile aux augmentations de salaires - qui pénalisent les entreprises, donc l’emploi, donc la croissance, etc., - on a quelque peine à voir d’où viendraient les hausses de pouvoir d’achat qu’elle affirme souhaiter. Le MEDEF - ce n’est pas nouveau - veut le beurre et l’argent du beurre…

Mais voici que semble donc s’ouvrir un débat au sein de la droite elle-même. Il y aurait les courageux, les révolutionnaires qui n’hésiteraient pas à bousculer leur propre camp, et les autres, frileux, coincés de la cassette, enragés du dividende. En réalité c’est un peu comme au catch. Grimaces, et cris de douleur sont d’autant plus véhéments que les coups ne font guère de mal. Car qu’en est-il réellement ? Le RSA était une des promesses du candidat Sarkozy. Il devint emblématique de l’ouverture quand son promoteur, Martin Hirsch, fut appelé au gouvernement. Il fut mis en doute au cours des derniers mois quand on nous assura que les caisses étaient vides. Et voilà, ça y est, et comment ! Mais qui va payer ? Les plus riches, les détenteurs de matelas de stock-options ? Oui, mais ceux-là ont déjà largement bénéficié du paquet fiscal de juillet 2007, le bouclier fiscal les protège. En revanche la taxation va concerner les intérêts d’assurance vie et des plans d’épargne logement… C’est cela, taxer le capital ?

Nul, il est vrai, ne saurait nier que le RSA puisse soulager des plus démunis, voire constituer un accompagnement vers le retour à l’emploi - cela, toutefois, est déjà moins évident. Mais cette mesure n’est en aucun cas une politique de l’emploi. Les chômeurs et les bénéficiaires du RMI n’attendent pas, dans leur masse, une assistance, mais un travail, rémunéré comme tel, avec un salaire digne. Le RSA, quand bien même, encore une fois, il peut être bienvenu pour ceux qui en bénéficieront, tend à baisser le coût du travail au profit du patronat - ce pourquoi Mme Parisot y est favorable, d’autant plus qu’il ne lui coûterait absolument rien - mais sa logique profonde, c’est la création d’une couche nouvelle de travailleurs échappant au droit du travail, dépendant du bon vouloir ou du bon coeur des employeurs, dans un entre-deux permanent entre l’allocation de solidarité et un semblant de salaire, dans un entre-deux entre la pauvreté sans travail et la pauvreté avec. Une politique de l’emploi appelle une vraie taxation des revenus financiers et des dividendes, et une réorientation du crédit, c’est-à-dire une contribution efficace du capital à l’économie réelle. Le chef de l’État, n’a pas choisi ces mots-là au hasard. Il répond à une opinion choquée par les profits record et les salaires insensés de certains, alors qu’elle voit baisser son pouvoir d’achat. Il pense ainsi devancer la crise et la rigueur en faisant mine de briser le tabou de la droite : « Taxer le capital » ? Mais comment donc… Alors allons-y.

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Tag(s) : #Politique
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