vendredi 22 août 2008 / "le Patriote"
Jamais encore les chiffres n’avaient été aussi alarmants : en 2008, 42% des Français ne sont pas partis – et ne partiront pas – en vacances. C’est pourquoi le Secours populaire mène, de mai à août, chaque année, ses campagnes vacances, afin de permettre aux personnes défavorisés sur ce point (isolés, jeunes, personnes âgées) de partir au moins pour quelques jours ou de participer à des activités culturelles, artistiques et sportives. Le but de ces initiatives ? Il est à la fois simple et louable. Comme l’explique Jean-Marc Martoglio, secrétaire général de la fédération des Alpes Maritimes, « elles permettent à des personnes qui ne partent jamais en vacances de sortir de leur quotidien, de voir autre chose, d’oublier leurs soucis. » Un droit fondamental et reconnu par la constitution depuis 1936, qui reste pourtant bafoué pour des raisons matérielles. « Nous vivons dans un département somptueux, et certains enfants qui vivent dans l’arrière-pays n’ont jamais vu la mer. » Faire voir du pays, ouvrir leur regard sur d’autres manières de vivre, leur faire découvrir d’autres horizons… ces jeunes qui n’ont jamais l’occasion de voir autre chose que leur quartier peuvent, le temps d’une journée ou de quelques semaines, s’évader un peu, grâce au travail bénévole des membres du Secours populaire.
Anna fait partie depuis plusieurs années de ces enfants qui profitent de la période estivale grâce aux actions du Secours populaire. Elle a séjourné deux années de suite dans une famille d’Antibes qui l’accueille et la fait participer à toutes les activités qu’elle ne peut pas pratiquer chez elle. « On visite des choses que je ne vois pas d’habitude, des musées par exemple. On fait des randonnées, on s’amuse, on part en camping… » Le succès de cette opération « familles de vacances » est en grande partie à attribuer à Pascale Chenevas-Paule, la coordinatrice, qui travaille en collaboration avec assistantes sociales, maires des communes et autres membres de l’association. Car inviter chez soi des enfants inconnus pour deux semaines exige des références, des compétences, de la motivation. Extraits de casier judiciaire, visite des installations, rien n’est négligé. Et surtout pas le caractère, à la fois des accueillants et des accueillis. Il serait dommage de gâcher cette unique chance de se ressourcer dans l’année pour une incompatibilité d’humeur. Le traitement de chaque dossier est individuel : « il n’est pas question de faire de l’accueil en masse. » Pas question non plus de traiter ces enfants qui n’ont pas les moyens de partir comme des exclus. L’effet recherché est inverse. Car le rôle des vacances n’est pas seulement la détente : elles servent aussi de lien social, et celui qui n’a rien à raconter sur ce qu’il a fait pendant l’été en retrouvant ses camarades de classe sera inévitablement traité différemment et écarté des conversations.
C’est aussi à ça que servent les Journées des Oubliés des Vacances. En 2008, au programme : découverte du parc OK Corral dans les Bouches-du-Rhône, le 23 août. Nul doute qu’en rentrant, les enfants auront des rêves de cowboys plein la tête et des tonnes d’anecdotes à raconter sur les Indiens. Et l’année prochaine, dans le cadre de la campagne vacances, c’est un millier d’enfants de 6 à 12 ans (dont 250 du département) qui devrait découvrir la Corse et participer à des activités nautiques pendant un séjour de deux journées. Les contacts ont été pris avec diverses structures afin de négocier les tarifs groupe. Car parmi les obstacles à surmonter, le Secours populaire doit faire face à un éternel manque de moyens, au niveau économique, certes, mais surtout au niveau humain : malgré le nombre important de bénévoles dans le département (près de 1500 personnes se relaient pour aider les personnes en difficulté), l’aide n’est pas suffisante, et l’association aurait besoin de plus de monde pour fonctionner efficacement. D’autant que les Alpes Maritimes souffrent d’un cruel déficit dans la classe des 20-35 ans et qu’on ne peut logiquement pas demander à quelqu’un qui travaille gratuitement de consacrer tout son temps libre à une cause, certes noble, mais aussi très exigeante.
Séverine DEGALLAIX
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