Quand Marek Halter et Alain Minc en appellent à la raison
Dans le concert des thèses manichéennes mais très répandues sur les raisons du conflit caucasien, les discours ostensiblement différents jettent forcément un pavé dans la mare. Invité de France Inter, hier matin, l’écrivain Marek Halter a réfuté l’idée convenue selon laquelle le président géorgien aurait fait preuve d’« aventurisme militaire ». Selon lui, les agissements de Mikhaïl Saakachvili ont été dictés par les États-Unis : « La stratégie américaine depuis longtemps était d’encercler la Russie d’abord pour contrôler l’acheminement du pétrole et cela passe par la Géorgie, et le fameux pipeline » reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie, a-t-il affirmé. Et de relever l’autre pendant des visées de Washington : « Le président Bush voudrait que la plupart des anciens pays membres de l’Union soviétique adhèrent à l’OTAN avant qu’il quitte le pouvoir. Pour cela il fallait créer une tension, un conflit, entraîner la Russie dans une guerre pour montrer à tous les dangers que représente la patrie de Gazprom » (allusion au géant gazier russe).
Hier encore, l’ancien président du conseil de surveillance du Monde, Alain Minc, s’est fendu, dans les colonnes de Libération, d’une réponse à une tribune d’André Glucksman et de Bernard-Henri Lévy publiée dans ce même journal, le 14 août. Ces derniers, pour qui la question de savoir « qui a tiré le premier » est « obsolète », avaient fait preuve d’une capacité à enfiler les poncifs antirusses à la vitesse des tirs d’un Kalachnikov, avant d’en appeler à une intervention autrement plus musclée de « l’Union européenne et des États-Unis pour bloquer l’invasion de la Géorgie, leur amie ».
« Géorgie : SOS raison », plaide Alain Minc face au « SOS Géorgie ? SOS Europe ! » lancé par les deux autres intellectuels qui, selon lui, rejoindraient « par un étrange détour la position des néoconservateurs américains, dont l’inculture historique a été à l’origine de si nombreuses erreurs ». Et d’interpeller : « Que répondre aux Russes quand ils nous jettent à la face le Kosovo ? Nous avons fait prévaloir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sur l’intégrité territoriale de la Serbie (…). Quel argument avons-nous pour refuser aux Ossètes et aux Abkhazes le droit
à l’autodétermination ? » Avant de conclure : « Demander à l’Europe, comme le font nos deux philosophes, une position manichéenne, c’est contribuer à son éclatement, donc offrir aux Russes ce qu’ils attendent… »
S. E.
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