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International - Article paru le 19 août 2008 dans l'Humanité

Confusion autour du retrait russe

Géorgie . À l’instar de Washington, Berlin et Paris haussent le ton envers le Kremlin, qui annonce avoir engagé son repli. Le conflit ranime les dissensions au sein du pouvoir ukrainien.

« Conformément au plan de paix, le retrait des forces russes de maintien de l’ordre a commencé aujourd’hui », a affirmé, hier sans autre précision, le chef adjoint d’état-major russe, le général Anatoli Nogovivtsyne, lors d’une conférence de presse. Sur le terrain, la situation restait cependant confuse et les informations contradictoires quant à un retrait effectif.

Dimanche, le président Medvedev avait annoncé que ce retrait débuterait lundi après-midi, après s’être entretenu avec Nicolas Sarkozy. Le chef d’État français avait alors mis en garde son homologue russe contre « les conséquences graves d’une non-exécution rapide et complète de l’accord sur les relations de la Russie avec l’Union européenne ».

Un penchant atlantiste

Nicolas Sarkozy est revenu sur le conflit d’une manière inédite pour un chef d’État qui préside de surcroît l’UE, à savoir sous la forme d’une tribune publiée par le Figaro dans sa page « Opinions », intitulée « La Russie doit se retirer sans délai de Géorgie ». Il écrit en substance : « Ce point n’est pas négociable à mes yeux. Il doit concerner toutes les forces russes qui sont entrées en Géorgie depuis août. Si cette clause de cessez-le-feu n’est pas appliquée rapidement et totalement, je serai amené à convoquer un Conseil européen extraordinaire pour décider des conséquences à en tirer. »

La tonalité du texte tranche singulièrement avec les déclarations tenues à l’égard des autorités russes lors de sa visite à Moscou, le 12 août dernier. Ce durcissement de ton donne le sentiment d’un Nicolas Sarkozy cherchant à garder la main sur le dossier russo-géorgien, afin de ne pas être dépassé sur sa droite. Depuis que Washington, par la voix de George W. Bush et de sa secrétaire d’État Condoleezza Rice, a haussé le ton envers Moscou, Londres et surtout Berlin se sont mis en ordre de marche.

Moins d’une semaine après la médiation de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel s’est empressée en effet de marquer sa différence avec le président français. Rompant avec l’ostpolitik de ses prédécesseurs sociodémocrates et du démocrate-chrétien Helmut Kohl, elle paraît s’être laissé entraîner par son penchant atlantiste. Le moins qu’on puisse dire est que sa déclaration à Tbilissi en faveur d’une adhésion de la Géorgie à l’OTAN n’a pas dû aller droit au coeur du président Medvedev.

Les propos de la chancelière allemande, qui surviennent après la mise en place d’un bouclier antimissile en République tchèque et bientôt un autre en Pologne, dénoncés par Moscou, risquent de renforcer le contentieux russo-occidental et d’envenimer le dossier déjà très lourd de la bataille d’influence que se livrent les uns et les autres dans le Caucase et en Asie centrale.

Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, qui ne s’est jamais caché de jouer la carte de la stratégie américaine dans la région pour s’imposer lui-même à la tête du pays, a déclaré pour sa part : « Nous ne voulons pas aggraver la situation internationale, mais nous souhaitons que l’on nous respecte, notre État, notre nation, nos valeurs. » Avant de menacer de « riposte foudroyante » quiconque « pense qu’il peut tuer impunément nos citoyens, tuer des soldats et des officiers qui servent dans les forces de maintien de la paix ».

Les dommages collatéraux

En attendant, le conflit entre la Russie et la Géorgie a provoqué des dommages collatéraux en Ukraine :  le président, Viktor Iouchtchenko a accusé son premier ministre, l’ancienne égérie de la Révolution orange, Ioulia Timonchenko, de « haute trahison » à propos de la Géorgie. « Les agissements du premier ministre actuel portent les marques de haute trahison et de corruption politique », a affirmé dans un communiqué le chef adjoint de l’administration présidentielle, Andri Kyslynsky. « Nous avons déjà indiqué avoir des informations sur le travail systématique de Ioulia Timochenko pour les intérêts de la partie russe », a-t-il ajouté. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité ukrainien, Timochenko s’est abstenue lors du vote en faveur d’une mesure restreignant les mouvements de la flotte russe de la mer Noire, basée en Crimée, dans le sud de l’Ukraine.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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