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International - Article paru le 12 août 2008 dans l'Humanité

La friction des empires

Le bras de fer entre Moscou et Washington s’exacerbe en arrière-plan du conflit pour le contrôle du Caucase, géostratégique et riche en hydrocarbures.

Les échanges venimeux entre Washington et Moscou se multiplient au Conseil de sécurité des Nations unies, convoqué à plusieurs reprises ces derniers jours pour tenter de parvenir à un accord de trêve entre belligérants géorgiens et russes. Zalmay Khalizad, le représentant des États-Unis à l’ONU, a accusé la Russie de mener une « campagne de terreur ». Ce à quoi le représentant russe a répondu par une fin de non-recevoir, pointant que le propos était « inacceptable, surtout dans la bouche du représentant d’un pays dont nous connaissons les agissements en Irak, en Afghanistan et en Serbie ».

Les deux grandes puissances retrouvent ainsi des accents dignes de la guerre froide, ce qui illustre, en fait, de manière très crue, le véritable arrière-plan du conflit. Ce sont les frictions de plus en plus fortes entre les empires qui émergent ainsi, Moscou et Washington tentant, de façon très classique, d’instrumentaliser les ambitions nationalistes des uns et les revendications séparatistes des autres.

L’escalade est d’autant plus grave qu’elle vise en premier lieu le contrôle des ressources en hydrocarbures de toute la région, selon que les considérables réserves pétrolières et gazières caucasiennes évacuées par pipeline transitent en évitant ou non un passage par la Fédération de Russie. Washington, qui a pris position en Géorgie, promettant son appui à Tbilissi pour accéder à l’OTAN, avance aussi les pions d’une stratégie impérialiste renouvelée visant, au-delà des enjeux énergétiques, « le containement » des puissances russe et chinoise. Les États-Unis s’efforcent ainsi depuis plus d’une décennie de constituer tout un glacis d’États amis aux flans des deux géants, y installant force bases militaires.

Même Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, pas franchement soupçonnable de faire preuve de tiédeur pour la cause atlantiste, reconnaissait hier l’ingérence de Washington, tant elle est manifeste. La médiation de l’Europe est vraiment souhaitable, a-t-il défendu sur les ondes de RTL, car les États-Unis sont « part du conflit d’une certaine façon ».

Voilà qui vient relever, à juste tire, l’énorme responsabilité de l’Union européenne, qui peut empêcher la fuite en avant dans un engrenage guerrier, extrêmement périlleux. Pour être à la hauteur, elle doit cependant oser jouer une partition originale, sa crédibilité de médiateur étant liée à sa capacité à faire preuve de moins de suivisme à l’égard des thèses de Washington.

L’Europe entretient certes des relations plus équilibrées avec la Russie que les États-Unis, mais elle n’a pas su s’opposer au déploiement de stations de radars antimissiles US sur son territoire, ce qui avait déjà contribué à relancer le climat de « guerre froide » avec Moscou. Il lui faut donc réviser son approche.

L’humanité est confrontée désormais à des défis carrément vitaux en matière sociale, écologique ou énergétique. Ils font émerger le besoin d’une conception des relations internationales tout autre que celle dictée par les vieilles logiques de puissance héritées des deux siècles derniers. L’Europe peut se saisir de cet enjeu, à condition de savoir faire preuve de la même fermeté à l’égard de Moscou que de Washington.

Bruno Odent

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Tag(s) : #Monde
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