Qui veut la peau du président indien ?

En dépit des appels au dialogue, le statu quo paraît inévitable. L’opposition ne voit pas la chose d’un si mauvais oeil. Analyse.
Haut la main, le président Evo Morales a été confirmé à son poste. Idem pour son numéro 2, Alvaro Garcia Linera. À trois exceptions près, les préfets, majoritairement issus des rangs de la droite oligarque, ont également réussi leur examen de passage. Les résultats des référendums offriront-ils l’occasion de tourner la page à des mois de crise ?
À juste titre, le chef de l’État se projette dans l’après, en insistant sur l’essentiel du message des urnes. « Avec respect, je veux dire au peuple bolivien que nous sommes ici pour continuer d’avancer dans la récupération de nos ressources naturelles, la consolidation de la nationalisation et la récupération de nos entreprises d’État », a-t-il déclaré. Mais rien est vraiment joué.
Ces trois dernières années, l’usufruit du patrimoine national a constitué le cheval de bataille du gouvernement Morales tant la récupération des profits de l’exploitation des ressources naturelles constituait le levier indispensable pour financer les réformes. En 2006, la nationalisation des hydrocarbures a contribué à poser la première pierre à l’édifice de la « révolution démocratique et culturelle », chère au Mouvement vers le socialisme (MAS). Puis ont vu le jour les allocations scolaires et les pensions de retraites, grâce à l’impôt sur les hydrocarbures (IDH), ou encore les campagnes d’alphabétisation et d’accès aux soins, grâce aux concours de Cuba et du Venezuela. Ces avancées sociales sont de véritables petites « révolutions » dans ce pays, le plus pauvre d’Amérique latine après Haïti, où l’immense majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour, mais dont le sol regorge de matières premières.
La spoliation des terres et les écueils du gouvernement de Morales, balançant entre justice sociale et réparation indigéniste, et dépourvu de majorité au Sénat, n’ont pas aidé à pousser davantage les transformations structurelles. C’était sans compter sur l’obstruction systématique de - Podemos (ultradroite) de l’ex-président Jorge Quiroga, fidèle parmi les fidèles des États-Unis.
L’opposition, de « bonne guerre » dans n’importe quel système politique, a pris, ici, la tournure de coups d’État institutionnels. Avec le concours des préfets et des Comités civiques, des brigades de choc racistes grâce auxquelles les confédérations patronales (agraire, gazière, pétrolière) entendent défendre leurs intérêts, les régions de l’Orient abritant le grenier du pays et les principales réserves d’hydrocarbures.
Toutes les manoeuvres ont été bonnes pour faire mordre la poussière au gouvernement : blocage des travaux de la Constituante, veto aux nationalisations et aux réformes… Le dernier mauvais coup en date a été l’organisation de consultations référendaires dont l’objectif est d’assurer à l’élite blanche et métisse la mainmise sur les richesses du pays. C’est dire si les antagonismes de classes et ethniques paraissent difficilement conciliables.
Faut-il alors réellement s’étonner des déclarations du préfet de Santa Cruz, chef des régions sécessionnistes ? « Ce gouvernement (…) totalitaire (…), incapable, nie le développement du peuple et ne cherche seulement qu’à concentrer le pouvoir (…), a déclaré, dimanche, Ruben Costas. L’attention aux retraités avec l’IDH (l’impôt sur les hydrocarbures) est un prétexte de la dictature masiste (du MAS - NDLR) pour détruire l’autonomie épartementale. »
Face à un tel degré d’intolérance, le dialogue risque de tourner court. Pourtant rien ne serait pire que le statu quo. Il pourrait surtout être fatal à Evo Morales, qui, faute de leviers économiques conséquents, serait dans l’incapacité de promouvoir de nouvelles réformes comme l’exigent ses bases sociales. C’est le scénario rêvé des autorités régionales et des principales confédérations. Et elles ne seraient pas les seules à se réjouir d’une éventuelle chute de « l’Indien ». Les États-Unis ont largement alimenté le délire séparatiste. D’abord avec les agissements de l’ex-ambassadeur américain en Bolivie, Philipp Goldberg, déjà rodé à l’exercice dans les Balkans. Puis avec le financement des groupes d’opposition. Morales isolé signifierait avoir de nouveau les coudées franches dans le pays. Dans le même temps, ce scénario casserait la dynamique régionale constituée de la Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela, qui se revendiquent clairement du socialisme.
Cathy Ceïbe
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