Mahmoud Darwich. Nous serons un peuple
Le village du livre de la Fête de l’Humanité mettra à l’honneur cette année la littérature arabe. La soirée sur la poésie palestinienne, qui était prévue dans ce cadre, prendra la forme d’un hommage à Mahmoud Darwich, en présence d’Elias Sambar, son traducteur, et de Farouk, son éditeur. C’est par ailleurs avec l’autorisation d’Actes Sud que nous publions ci-après l’un de ses derniers poèmes dont la parution est prévue au printemps 2009. Un entretien avec le poète, paru cette année dans l’Humanité Dimanche, sera mis en ligne dans la rubrique village du livre du site de la fête.
Si nous le voulons
Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.
Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’actions de grâce à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.
Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés.
Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.
Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu…, que l’individu s’attachera aux petits détails.
Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée… et plus belle !
Nous serons un peuple lorsque la police des moeurs protégera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades dans les rues.
Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.
Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autoriséà psalmodier un verset de la sourate du rahmân dans un mariage mixte.
Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur.
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