Drogues : les jeunes accros de plus en plus tôt
Éviter l’entrée dans l’engrenage de l’alcool ou des stupéfiants, notamment des plus jeunes, telle est la priorité que s’est fixée le plan gouvernemental 2008-2011 de lutte contre les drogues et les toxicomanies, présenté hier. « Nous savons aujourd’hui que nous n’en aurons jamais fini avec les drogues, a souligné Étienne Apaire, président de la MILDT (1). Le plan vise donc à donner à l’ensemble de la société la force de dire "non". » Dotées d’un budget de 87,5 millions d’euros sur quatre ans, s’ajoutant au budget consacré par plusieurs ministères à ces thématiques, les quelque 200 mesures et recommandations insistent sur la prévention. Avec, comme première cible, les ados.
200 000 « cannabiculteurs »
« Le rajeunissement de l’âge moyen d’initiation aux différentes substances psychoactives (onze ans pour l’alcool, douze ans pour le tabac, quatorze-quinze ans pour le cannabis) est l’une des tendances récentes les plus préoccupantes, note la MILDT. Or, il est établi que plus le démarrage des consommations est précoce, plus les risques ultérieurs de dépendance sont importants. »
Les nouvelles priorités s’intéressent avant tout à l’abus d’alcool. Et, plus particulièrement, aux pratiques en vogue chez les étudiants de « binge drinking », cette mode anglo-saxonne qui consiste à se soûler le plus vite possible. Les solutions ? Renforcer les interdictions de vente aux moins de dix-huit ans et bannir la pratique des « open bars » (entrée payante et boissons à volonté). Autre idée : proscrire la consommation d’alcool sur la voie publique et aux abords des établissements scolaires.
Concernant le cannabis, la MILDT ne propose pas de faire évoluer la loi de 1970, comme l’avait laissé entendre Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Mais souhaite, tout de même, rendre systématique la réponse judiciaire en développant les « stages de sensibilisation » aux dangers des stupéfiants. De même, le plan souhaite mettre à contribution les dernières évolutions technologiques (détection aérienne, appareils infrarouges, amplificateurs de bruit…) pour lutter contre la culture illicite de cannabis. La France compterait près de 200 000 « cannabiculteurs » qui produiraient près de 32 tonnes par an, soit plus de 10 % des quantités consommées. La MILDT prévoit, enfin, de tripler le nombre de jeunes bénéficiant des « consultations cannabis » pour le porter de 40 000 à 120 000.
L’essor de la cocaïne
Côté répression, le plan préconise de surveiller de près l’essor, sur Internet, du commerce de drogues, psychotropes et autres produits présentés comme ayant des propriétés stupéfiantes. Il prévoit aussi d’améliorer la saisie et la confiscation pénales, notamment par le biais d’accords bilatéraux. « En dépit d’évolutions juridiques notables, les sommes confisquées en France dans le cadre d’affaires de stupéfiants restent très en deçà des résultats obtenus par plusieurs de nos voisins européens », déplore la MILDT.
À propos des soins et de l’insertion sociale, la MILDT veut renforcer les capacités d’hébergement, notamment par le développement de nouvelles communautés thérapeutiques, et prévoit de nouvelles modalités de prise en charge des usagers de cocaïne, dont le nombre ne cesse de croître.
(1) Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies.
Laurent Mouloud
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