Editorial par Maurice Ulrich
Agir
L’État sarkozien est à double face.
Ultralibéral d’un côté. Affectant la compassion de l’autre. À peine avions nous découvert les incroyables ravages de
la tornade à Hautmont que la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, était déjà sur place et annonçait comme une manne généreuse une aide d’urgence de 300 000 euros. Diable, se dit-on
avant un rapide calcul. 428 euros par maison détruite, ça ne fait pas lourd du mètre carré. On apprenait dans la foulée que « pour mettre en oeuvre au plus vite » des procédures
d’indemnisation, François Fillon promettait une réunion avant fin août. Au plus vite, soit donc, au mieux, dans trois semaines. Le premier ministre a une conception élastique du temps et
relative de l’urgence, qui n’est pas celle des centaines de familles désormais sans abri.
L’État sarkozien a un problème et doit affronter une contradiction.
Interventionniste et autoritaire, court-circuitant le dialogue social dès lors qu’il s’agit de mettre en question les solidarités collectives et en pièces le modèle social français, il se doit
en même temps - d’autant plus - de paraître proche des peines de ceux que le sort laisse désarmés et incertains, qu’il s’agisse d’un drame familial, d’une catastrophe naturelle, voire d’une
fermeture d’entreprise, quand la manifestation de son empathie ne saurait remettre en cause les intérêts de ses dirigeants, comme de ses actionnaires. Mais comme il ne s’agit de rien d’autre
que de paraître, il le fait au moindre coût.
L’État sarkozien se voudrait à l’opposé de ce que l’on a appelé l’État providence.
Il serait, selon ses théoriciens, un État réactif, rejetant les chapes de plomb des législations contraignantes, des charges sociales écrasantes, des appareils syndicaux prisonniers de concepts
éculés. Il n’y aurait plus désormais que le face-à-face de l’homme seul (mais libre), avec son patron, les forces de la nature, la maladie. Face à la mort et au tirage du loto. L’amour, la vie
sont précaires disait en substance la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, pourquoi pas le travail… Pour une famille dans la peine on peut verser une larme et même lui faire un don quand
tournent les caméras.
« Quelques aumônes que l’on fait à un homme nu, dans les rues, ne remplissent point les obligations de l’État, qui doit à tous les citoyens une subsistance assurée », écrivait Montesquieu dans De l’esprit des lois. Et l’État doit cela aux citoyens, parce qu’il ne peut être la propriété d’une faction ou d’un clan, d’un parti ou d’intérêts privés, parce que l’État n’est vraiment lui-même que lorsqu’il est l’expression de la volonté publique, qu’il est la puissance publique, c’est-à-dire l’expression de la libre association des citoyens. L’État providence est d’une certaine manière une chimère du libéralisme. La construction par les citoyens de la chose publique, de la chose politique, n’est pas la providence mais leur maison commune.
Sommes-nous loin de Hautmont ? Certes non.
Car d’où vient que Mme Alliot-Marie annonce comme cela 300 000 euros dérisoires et comme tirés d’un chapeau. Pourquoi n’annonce-t-on pas immédiatement un classement en catastrophe naturelle, ouvrant la voie aux remboursements des assurances quand il s’agit, avec une aveuglante évidence, d’une catastrophe naturelle ?
Les hommes et les femmes de la ville sinistrée ont été victimes d’une catastrophe mais ne sont pas des « victimes ». Ce sont nos concitoyens. Alors que s’exprime largement une véritable solidarité populaire, nous demandons à notre État - car c’est notre État -, d’assumer les responsabilités qui lui ont été confiées pour débloquer sans délai des indemnisations, mettre les assurances face à leurs devoirs qui ne sont pas seulement de gagner de l’argent, aider à la reconstruction.
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