Hortefeux fait interdire une manifestation imaginaire
Sans-papiers . Le ministre de l’Immigration censure un rassemblement, « non prévu » selon ses prétendus organisateurs, au Mesnil-Amelot.
Hortefeux prend Sarkozy au pied de la lettre. Pour conforter les déclarations du président de la République qui estime que plus
personne ne se rend compte que des gens manifestent, le ministre de l’Immigration a décidé d’interdire purement et simplement le rassemblement de soutien aux sans-papiers, samedi devant le
centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot. Une requête qu’il a confiée au préfet de Seine-et-Marne, à l’issue d’une réunion avec les forces de sécurité auxquelles il a demandé,
hier, d’« être extrêmement vigilantes sur les agissements des groupuscules » devant les CRA. Pour justifier sa décision, le ministre de l’Identité nationale estime qu’il y a « un
risque important de trouble à l’ordre public. L’État ne cédera pas, il y a eu des destructions partielles de CRA qui auraient pu mettre en cause des vies humaines », a-t-il ajouté,
précisant qu’il avait saisi la garde des Sceaux « des agissements d’une association dont le mot d’ordre est de brûler les centres de rétention ».
Une plainte « d’une exceptionnelle gravité », souligne Solange de SOS soutien aux sans-papiers. Directement visée, cette association est abasourdie par les propos du ministre.
« Nous n’avons jamais appelé à manifester samedi, affirme Rodolphe Nettier, son porte-parole. Ce que ne dément pas la préfecture de la Seine-et-Marne : « à ce jour, nous n’avons
pas enregistré de demande d’autorisation à manifester. Mais nous nous basons sur les déclarations antérieures de cette association qui a appelé à se rassembler toutes les semaines devant le
CRA », indique-t-elle. « Hortefeux veut focaliser les médias sur nous pour qu’on ne parle pas de ce qui se passe réellement à l’intérieur des CRA. On demande à la presse de ne pas se
laisser manipuler », affirme Rodolphe Nettier. Relativement nouvelle dans le mouvement de soutien aux sans-papiers, cette petite association a réussi à s’attirer les foudres du
gouvernement et de l’UMP en quelques semaines. La tension est encore montée d’un cran, samedi dernier, après les
départs d’incendies suivis de violences policières au centre du Mesnil-Amelot.
Ludovic Tomas
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