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Politique - Article paru le 8 juillet 2008 dans l'Humanité

Le réflexe d’un président en échec

Droite . Retour sur l’opération de diversion d’un président de la République chef de clan en délicatesse avec l’opinion.

Son goût de la provocation et sa stratégie de la tension faisaient office de signature du candidat UMP à l’élection présidentielle. Devenu président de la République, Nicolas Sarkozy ne s’en défait pas. Quitte à apparaître comme le président d’un camp. Il en a donné une nouvelle illustration, samedi, devant le conseil national de l’UMP consacré à la présidence française de l’UE, en affirmant, goguenard et revanchard, que, « désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ». Une sortie d’abord destinée à ressouder une droite déboussolée par l’impopularité de l’exécutif et inquiète de la fracture chaque jour plus explicite entre l’Élysée et Matignon. La méthode a été maintes fois éprouvée, on se souvient de la déclaration précipitée de l’Élysée, le 15 mai dernier, sur la mise en place d’un service minimum à l’école, annonce destinée à éclipser le succès de la journée de grève dans la fonction publique, particulièrement suivie par les personnels de l’éducation nationale.

La sortie de samedi sur les grèves relève aussi de la gesticulation d’un président qui n’a rien à répondre à l’exaspération grandissante, sur fond de crise économique profonde et durable. Ayant dilapidé, avec la distribution de cadeaux fiscaux aux privilégiés et aux grands groupes, les maigres marges de manoeuvre que lui laisse le corset de la rigueur budgétaire imposée par Bruxelles, Nicolas Sarkozy se retrouve pieds et poings liés, alors même que se multiplient les conflits sur les salaires. « J’ai le sentiment que le président de la République fait une opération diversion parce qu’il a bien du mal à démontrer en quoi sa politique réussit. Ni sur le pouvoir d’achat, ni sur l’emploi, ni sur la croissance, ni sur le bien-être des Français en général, on ne peut dire qu’il y a quelque chose dont il pourrait se vanter auprès de son parti politique », a réagi, hier, Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT.

L’opération de diversion visait également à détourner l’attention du sujet même de la grand-messe organisée ce week-end par l’UMP. Que faire du traité de Lisbonne, après le rejet irlandais qui le rend, formellement, caduc ? Voilà une sérieuse épine dans le pied de celui qui se vantait, il y a quelques semaines encore, d’avoir « relancé l’Europe » en revendiquant la paternité de ce traité qui recycle le projet de Constitution européenne, déjà désavoué par les urnes françaises et néerlandaises. Avant même de commencer, la présidence française de l’Union, qui devait être un moment phare du mandat de Nicolas Sarkozy, tourne au fiasco, empêtrée dans une contradiction majeure : celle d’une construction européenne qui joue les dogmes ultralibéraux contre les aspirations des peuples.

Cette volonté du président d’élever des écrans de fumée se double de la même brutalité et du même esprit de division que sur d’autres dossiers, comme l’avenir de l’audiovisuel public. Inquiet de l’image de « chef de clan » dans laquelle se complaît le président de la République, Stéphane Le Foll, porte-parole du PS, a dénoncé hier une façon de gouverner fondée sur « la provocation permanente ». « Selon moi, un président de la République ne devrait pas utiliser l’humiliation à l’égard de ce qui fait la France, il devrait au contraire respecter et rassembler », a également mis en garde François Bayrou, président du Modem. À la veille du Congrès de Versailles qui doit examiner la révision de la Constitution voulue par l’Élysée, de telles inquiétudes sur l’exercice sarkozyen du pouvoir s’expriment jusque dans les rangs des députés UMP.

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Politique
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