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Politique - Article paru le 7 juillet 2008 dans l'humanité

Editorial par Pierre Laurent

Irrespirable

Avant de s’envoler pour le G8 au Japon, Nicolas Sarkozy avait organisé samedi au conseil national de l’UMP un exercice collectif d’autocélébration de sa politique. « Ça marche et on continue », ont martelé en substance les intervenants sur tous les sujets, que ce soit sur l’Europe où les contradictions ont été niées voire méprisées avec l’arrogance coutumière de la droite sarkozyste, ou sur la situation sociale où, à écouter le chef de l’État, « quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit », comme si l’autopersuasion présidentielle suffisait à faire disparaître le malaise politique et social. En fait, faute de se montrer réellement convaincant, le président de la République a repris une méthode dont il estime qu’elle lui a réussi : jouer le matamore et montrer ses muscles. Violent avec la gauche, ressortant des vieilles lunes anticommunistes, dédaigneux avec les mouvements sociaux, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois confondu agressivité et efficacité. À ceux qui doutent, constatent l’accumulation des mauvaises nouvelles ou évoquent « le manque de chance », il réplique une première fois : à ceux-là, « je dis que je suis quand même président de la République ». Puis, emporté par son élan, une deuxième fois : à ceux-là, je dis que « je suis quand même président de l’Union européenne », oubliant juste de préciser que, dans ce second cas, il n’y est pour rien puisque la rotation de la présidence se fait automatiquement entre pays et que cela ne lui donne en rien les pleins pouvoirs sur le devenir de l’Union. Mais qu’importe : dans l’imaginaire sarkozyste, la force et l’omnipotence tiennent lieu de panthéon. On s’étonne après cela que la tentation du pouvoir personnel ne soit pas loin.

Le problème, c’est que ce volontarisme autoritaire n’a jamais rien résolu, et encore moins quand la crise prend racine dans le divorce désormais patent entre les attentes du pays et la réalité de la politique incarnée par Nicolas Sarkozy. La première année du quinquennat montre cet échec avec éclat. Le sondage CSA publié hier par le Parisien-Aujourd’hui sur la décision prise par Nicolas Sarkozy de reprendre en main la nomination du PDG de la télévision publique en dit long sur ce point. Avec 71 % d’hostilité, un niveau exceptionnellement élevé, la mesure suscite un véritable phénomène de rejet. Et c’est précisément la prétention présidentielle à avoir la main sur tout qui cristallise l’inquiétude. Cela devrait conduire tout le monde à réfléchir aux conséquences qu’aurait l’adoption de la réforme des institutions voulue par le président pour reformater l’exercice du pouvoir à sa convenance.

Pour l’heure, à l’UMP c’est donc « cause toujours, on continue ». D’ailleurs, a lancé Patrick Devedjian pour expliquer l’incompréhension des Français sur la télévision publique, « l’hypocrisie du système actuel les abuse ». C’est comme pour le traité européen, ceux qui ne sont pas d’accord n’ont rien compris, c’est bien connu. Un jour sur le mode de la conviction, un autre sur le registre de la force, le pouvoir sarkozyste mise en fait sur une idée principale : faire croire au caractère inéluctable de la politique qu’il met en oeuvre.

C’est à cela qu’il convient de s’attaquer dans la durée, aussi bien par l’action que par le débat d’idées, en faisant valoir d’autres choix et d’autres moyens de les mettre en oeuvre. C’est possible. Le succès du numéro spécial que nous avons publié le 2 juillet dernier sur l’argent en est un témoignage. Au moment où le chef de l’État s’emploie à tout contrôler et va chercher à occuper tout le terrain estival comme il l’a fait l’an dernier, continuer à lire, à diffuser, à faire circuler l’Humanité est un bon moyen de maintenir respirable l’air de notre démocratie.

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Tag(s) : #Politique
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