La Poste menacée de privatisation
Un projet mortifère pour le service public : les premières réactions à la révélation de préparatifs d’un changement de statut de La Poste sont convergentes. La direction de l’établissement a confirmé l’information publiée samedi par le Monde : le président Jean-Paul Bailly a « mis à l’étude la transformation du groupe, aujourd’hui doté du statut d’exploitant autonome de droit public, (…) en une société anonyme (SA) ». Un projet « élaboré depuis plusieurs mois dans la plus grande discrétion », et, faut-il le préciser, sans la moindre concertation avec les organisations syndicales. La Poste a préféré s’entourer d’autres conseils, en particulier la banque d’affaires Rothschild. L’adoption du statut de société anonyme, avec un capital détenu par des actionnaires, est présentée comme une nécessité pour faire face à la libéralisation totale du marché du courrier, prévue en 2011. La transposition en droit français de la troisième directive européenne prévoyant cette ultime étape de la libéralisation pourrait intervenir début 2009. En même temps que sa mutation en SA, La Poste pourrait annoncer une « ouverture du capital limitée », avec une « part significative d’actions réservées aux salariés ». Histoire de rassurer, une source proche du dossier, citée par le Monde, précise : « L’État restera majoritaire dans le capital. » Interrogé par l’AFP, l’entourage de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a indiqué que « rien n’(était) décidé ». Avant d’ajouter : « La plupart des entreprises européennes ont fait évoluer leur statut, (…) certaines allant même jusqu’à l’entrée en Bourse, comme en Hollande ou en Allemagne. »
Le scénario ressemble comme deux gouttes d’eau à celui mis en oeuvre ces dernières années pour France Télécom puis EDF. Prenant appui sur des directives de l’UE livrant au marché des domaines de service public, les gouvernements successifs (Jospin en 1996 pour France Télécom, Raffarin en 2005 pour EDF) ont transformé ces entreprises publiques en groupes privés, sous prétexte de leur permettre de faire face à la concurrence. Aujourd’hui, Jean-Paul Bailly invoque le poids de la dette de La Poste, qui la pénaliserait, par rapport à ses concurrents, pour financer son développement.
Le minimum, pour envisager un changement de statut de l’établissement, serait de faire un bilan sérieux des précédentes opérations similaires. Le passage en société anonyme « serait ni plus ni moins une privatisation de l’entreprise qui n’aurait alors plus rien à avoir avec le service public. Or, on connaît aujourd’hui les effets de la privatisation sur les salariés : chez France Télécom, ça a débouché sur des milliers de suppressions d’emplois, et qui continuent », observe la secrétaire générale de la CGT poste, Colette Duynslaeger. Ce changement de statut, « quelle que soit la part du capital détenue par l’État, (…) pousserait inévitablement (La Poste) dans une logique exclusivement financière, une logique incompatible avec le service public », renchérit SUD PTT. FO et la CFTC dénoncent « une déclaration de guerre contre les salariés de l’entreprise », la CFDT accuse la direction de « tentative de coup de force ». « La Poste doit rester publique et ne pas être offerte en pâture aux appétits voraces du marché », déclare de son côté le PCF, en faisant valoir qu’elle est « un des seuls services de proximité qui demeure sur un territoire de plus en plus exsangue en termes de service public ».
Yves Housson
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