Avec un nouvel EPR, Sarkozy fait des étincelles
Le premier ministre François Fillon l’avait évoqué le 12 juin, le président Nicolas Sarkozy l’a confirmé hier lors d’un discours sur la politique énergétique de la France, au Creusot (Saône-et-Loire) : l’État construira une deuxième centrale nucléaire de type EPR, « indépendante de celle de Flamanville », en cours de construction. Le nouveau chantier devra être lancé en 2009, pour une mise en service en 2017. Le chef de l’État n’a en revanche pas précisé où ce réacteur pourrait être construit.
Nicolas Sarkozy a justifié cette décision essentiellement par la hausse du prix des hydrocarbures. « L’ère du pétrole accessible à tous, c’est fini. (…) Le nucléaire est plus que jamais une industrie d’avenir et une énergie indispensable. » Une comparaison étonnante, l’atome, en France comme ailleurs, ne prenant que rarement le relais du pétrole pour produire de l’électricité.
« Dans un contexte de lutte contre le changement climatique, le développement de notre capacité de production d’électricité nucléaire est une bonne chose », estime le député communiste de Seine-Maritime Daniel Paul. « Mais la puissance publique doit en garder le contrôle. » Même son de cloche de la part de la CGT, qui insiste sur le contexte « de creusement du déficit de production électrique prévu à moyen terme ».
Au bonheur de suez
La décision de construire un réacteur EPR supplémentaire « paraît déconnectée de toute analyse des besoins énergétiques de la France », assure de son côté Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, une agence de conseil dans le domaine de l’énergie. « En revanche, cela fait sens s’il s’agit de mettre en valeur Areva avant sa privatisation et alors que Suez investit dans le nucléaire. »
L’annonce a justement été accueillie avec enthousiasme par Suez, qui devrait fusionner avec GDF le 21 juillet, et par EDF. En début de semaine déjà, le futur PDG de GDF-Suez n’avait pas exclu de construire « un EPR, deux pourquoi pas », en Grande-Bretagne. Hier, son porte-parole a confirmé : « Suez veut être un opérateur en propre, producteur et exploitant, de centrales nucléaires de nouvelle génération à l’horizon 2017-2020. » De son côté, le groupe public EDF a réagi avec autant d’allant, se déclarant « prêt à s’engager dans ce projet ». Sans que cela corresponde à leur stratégie industrielle, assure Yves Marignac. Le chef de l’État, fervent promoteur de la libéralisation du marché de la production d’énergie, doit en tout cas se réjouir de cette compétition.
Un signal politique risqué
À un autre niveau, cette annonce contredit la feuille de route du Grenelle de l’environnement, qui donnait la priorité aux économies d’énergie et au développement des énergies renouvelables, ainsi que l’engagement du président de la République d’un « dialogue à cinq », avec les syndicats, les élus, les patrons et les associations. « Le président a déchiré la feuille de route et s’est assis sur le dialogue à cinq. Pour nous, le Grenelle est mort », confirme Yannick Jadot, de Greenpeace.
Cette décision est aussi un signal politique risqué envoyé aux vingt-six membres de l’Union européenne, au début d’une présidence française censée adopter le « paquet climat-énergie », un ensemble de directives fixant des objectifs audacieux en termes d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables.
Vincent Defait
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