EADS cloué au sol aux États-Unis
EADS n’avait assurément pas besoin de ça. L’avionneur devait déjà éponger les conséquences des retards dans la fabrication de l’A380 et des sérieux problèmes de gestion que cette affaire avait révélés. Depuis mercredi, il doit encaisser le verdict rendu par la Cour des comptes américaine (GAO) en faveur de son principal concurrent Boeing, qui contestait les conditions d’attribution par le Pentagone d’un méga contrat d’avions ravitailleurs. Le 29 février, l’armée de l’air avait choisi EADS et son partenaire américain Northrop pour renouveler sa flotte vétuste de « stations-service volantes ». Soit la bagatelle de 179 appareils, pour la somme totale de 35 milliards de dollars. Au terme d’une compétition de plusieurs années, l’armée américaine avait préféré le KC-45 d’Airbus, version militarisée de l’A330, au KC-767, dérivé du 767 de Boeing. La décision avait aussitôt été contestée par Boeing et avait suscité une levée de boucliers au sein du Congrès (le parlement des États-Unis).
Compétition serrée
Dans son jugement de mercredi, la Cour des comptes affirme que « l’Air Force a commis nombre d’erreurs significatives qui pourraient avoir affecté le résultat d’une compétition qui était serrée ». La Cour note sept points qui ont pu, à son sens, fausser la compétition. En particulier, elle a jugé que Boeing était moins cher que son rival sur toute la durée de vie du programme, après correction de certaines erreurs mises au jour lors de l’examen. En conséquence, elle recommande à l’Air Force de « rouvrir les discussions » avec les deux compétiteurs, « d’obtenir des propositions révisées », et de « prendre une nouvelle décision sur la sélection de son fournisseur ».
L’armée américaine a annoncé son intention d’étudier ces conclusions avant de décider ou non de relancer la compétition. Boeing s’est aussitôt félicité du verdict du GAO et s’est déclaré « impatient de travailler avec l’armée de l’air ». De son côté, Louis Gallois, le président exécutif d’EADS, a exprimé sa « déception », tout en réaffirmant que l’appareil proposé avec Northrop était de son point de vue « le meilleur ». Pour lui, la décision du GAO repose sur une « évaluation du processus de sélection » et pas sur les mérites de l’offre.
Ce rebondissement est le dernier en date d’une histoire qui en compte déjà de nombreux. Le contrat des avions ravitailleurs avait déjà été attribué à Boeing avant d’être annulé pour fraude et avait valu la prison à deux cadres de l’avionneur américain.
Le choix d’EADS en février avait été accueilli avec une certaine réserve par les syndicats en France. La contrepartie du contrat était l’implantation d’une chaîne d’assemblage des Airbus A330 cargo et MRTT (ravitailleurs) aux USA, dans l’Alabama, avec 1 000 à 1 500 salariés.
Stratégie risquée
La CGT métallurgie s’était inquiétée d’une « stratégie visant, d’une part, à rééquilibrer les activités civiles et militaires et, d’autre part, à poursuivre un redéploiement du groupe hors Europe ». Une « mondialisation de la production » portant « à terme, les germes d’un affaiblissement de l’emploi de toute la filière industrielle de l’aéronautique en Europe », et d’une perte de maîtrise des savoir-faire, jugeait la CGT. Le revers subi par EADS dans l’affaire des avions ravitailleurs illustre les risques inhérents à cette stratégie. Il pourrait aujourd’hui être utilisé par la direction du groupe pour durcir encore le plan Power 8 de fermetures de sites en Europe et de délocalisation d’activités vers les pays de la zone dollar.
Yves Housson
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